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Où sont passés les Guignols?

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Ce courant d’air frais dans la vie politique, ce miroir irrévérencieux et sans complaisance tendu au pouvoir nous manque. Sous le titre « A tchao bonsoir. Comment la World Company a tué Canal » on peut suivre dans l’enquête des Inrockuptibles la chronique de « l’été meurtrier » qui a eu raison de cette tranche pétillante, réactivant jour après jour l’esprit de la caricature – une tradition bien française dans la ligne de Daumier, d’Hara Kiri et de Charlie hebdo. « Il faut éviter l’irrévérence car c’est segmentant. Il ne faut pas diviser la société française » prétend le bras droit de Vincent Bolloré, le nouveau patron de la chaîne. Pourtant le rire est une catharsis, l’arme de tous ceux qui subissent le pouvoir et ses pantalonnades tragi-comiques. Une nouvelle formule devrait démarrer au milieu du mois d’octobre mais selon le boss, « ce n’est pas la politique française qui va être virale sur le net. Il faut injecter des figures de la pop culture ». On aura donc droit à Kim Kardashian ou Justin Bieber, et il est désormais interdit de moquer Cyril Hanouna, qui devra – je cite – se « faire passer pour un demeuré » tout seul comme un grand dans sa lucarne, sur l’autre chaîne du groupe. C’était pourtant la garantie et la légitimité des Guignols de pouvoir se moquer tous azimuts en commençant par les leurs. Pierre Lescure, Alain De Greef, et même l’ex-patron Bertrand Meheut avaient leur marionnette. Nul doute que celle de Vincent Bolloré, qu’on surnomme désormais « le grand saigneur » dans les couloirs de la chaîne cryptée, ne soit escamotée à jamais.

Les pages Débats du Monde relaient la tribune du collectif « Informer n’est pas un délit » et de Reporters sans frontières, alors que Vincent Bolloré est auditionné aujourd’hui par le CSA

L’appel enjoint l’instance de faire respecter à cette occasion le principe de l’indépendance éditoriale des médias, « pilier de notre démocratie », face aux multiples entorses au droit à l’information perpétrées par le nouveau patron : déprogrammation de documentaires d’investigation sur le Crédit Mutuel, la BNP ou l’Olympique de Marseille au prétexte qu’on ne se fâche pas avec ses partenaires et que – je cite « la direction tient avant tout à défendre les intérêts du groupe Canal et estime qu'il est donc préférable d'éviter certaines attaques frontales ou polémiques, à l'encontre de partenaires contractuels actuels ou futurs. » La marge ainsi définie est large car – je cite l’appel « les intérêts du groupe Bolloré touchant de nombreux secteurs, notamment en Afrique, un journaliste de Canal ou d'i-Télé pourrait-il, par exemple, travailler en toute indépendance sur la prochaine élection présidentielle ivoirienne ou sur les conditions de travail dans les plantations contrôlées par la holding luxembourgeoise Socfin, dont Vincent Bolloré est actionnaire ? » Et que dire de nos échéances électorales à venir dans ces conditions ?

Dans les pages Champs libres du Figaro , un prêtre, Pierre-Hervé Grosjean, clame son indignation devant le sort réservé en Arabie saoudite au jeune Ali Mohammed al-Nimr, seulement coupable d’avoir manifesté contre le régime

« Il a 21 ans. Aujourd’hui, si rien n’est fait, il doit être décapité, puis son corps sera exposé crucifié, « jusqu’au pourrissement ». Et ce n’est pas par les barbares de Daech mais « par un de nos alliés – rappelle-t-il. Un de nos partenaires commerciaux les plus importants. Un de nos « pays amis » que nos présidents successifs visitent souvent. » En fait le crime d’Ali Mohammed al-Nimr est d’être chiite et le neveu d’un opposant célèbre au régime. La sentence qui le frappe peut être exécutée à partir d’aujourd’hui, alors que l’Arabie saoudite vient de prendre la tête du Conseil des droits de l’homme, une instance de l’ONU. « C’est donc désormais un diplomate saoudien qui est à la tête du groupe qui doit choisir les experts chargés d’observer et rapporter les atteintes aux droits de l’homme dans le monde – relève ce prêtre, qui note aussi que « L’Arabie saoudite ne reconnaît aucune liberté religieuse sur son sol mais finance des mosquées partout dans le monde. »

Jacques Munier

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