LE DIRECT

Où sont passés les migrants?

4 min
À retrouver dans l'émission

Frontière greco-macedonienne, 4 décembre
Frontière greco-macedonienne, 4 décembre Crédits : Yannis Behrakis - Reuters

La crise des migrants est passée dans l’angle mort mais elle n’a pas disparu pour autant

« Les guerres civiles n’ont pas seulement été plus cruelles et plus sanglantes que les précédentes – écrit Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme – elles ont entraîné l’immigration de groupes qui n’ont été accueillis nulle part. Une fois qu’ils ont quitté leur patrie, ils se sont retrouvés sans patrie (…) une fois qu’ils ont été privés des droits que leur humanité leur conférait, ils se sont retrouvés sans droits, la lie de la terre… Le moindre événement a pris le caractère inéluctable d’un jugement dernier, jugement qui ne serait l’œuvre ni de Dieu ni du diable, mais ressemblerait plutôt à l’expression de quelque irrémédiable et stupide fatalité. » La philosophe fait ici allusion à la somme des démissions qui conduira dans les années 30 ces « sans-droits » de la spoliation à la liquidation physique mais le passage est cité par Pierre Hazan dans les pages Idées de Libération à cause de l’analogie frappante avec la situation actuelle des réfugiés de la guerre syrienne. À l’époque dont parle Hannah Arendt des mécanismes de protection des minorités menacées avaient pourtant été mis en place par la SDN et dûment ratifiés, et notamment le passeport Nansen pour garantir un statut aux apatrides. Mais malgré la solennelle mise en garde de Léon Blum en 1936 face à l’afflux des réfugiés espagnols à l’adresse de ceux qui voulaient fermer les frontières, leur opposant que la lâcheté ne pourrait leur assurer la sécurité, on laissa faire la « stupide fatalité » et « si la guerre s’en prit d’abord aux plus vulnérables – les sans-droits - elle n’épargna pas pour autant les autres ». Même si, en dépit des barbelés dont s’entoure la Hongrie de Viktor Orban, l’Europe n’est plus la même que dans les années 30, « rejeter des individus hors de la société – conclut Pierre Hazan – ce n’est pas seulement les condamner à la précarité de la vie nue, c’est aussi subir pour la majorité le rétrécissement des valeurs démocratiques. Léon Blum avait raison : la lâcheté n’assure jamais la sécurité. »

Ça s’applique aussi à notre attitude face au terrorisme, où le courage de la clairvoyance est préférable à la peur d’un illusoire repli sur soi

Dans les pages Forum de La Croix , l’économiste Bernard Perret croise les références à René Girard et Woody Allen pour diversifier les grilles d’analyse « parce qu’on ne peut expliquer dans les mêmes termes les dérives suicidaires de jeunes en perte de repères et le projet totalitaire des dirigeants de l’État islamique ». Dans L’Homme irrationnel , le dernier film de Woody Allen, un prof de philo revenu de tout et dépressif reprend goût à la vie en fomentant le meurtre d’un juge qui s’apprête à saccager l’existence d’une femme en lui retirant injustement la garde de ses enfants. Le conte moral, qui illustre le lien entre nihilisme et meurtre purificateur, renvoie au mécanisme anthropologique de la violence symbolique étudié par René Girard, cette propension à ériger la mise à mort, la stigmatisation ou l’exclusion en solution finale pour rendre le monde vivable. Aujourd’hui, poursuit l’économiste, « le terrorisme n’est pas un moyen parmi d’autres au service d’un but politique rationnel : il procède d’un fantasme de régénération sociale par la violence. Si la religion est bel et bien l’un des ingrédients du phénomène, c’est en tant qu’elle fournit des schèmes de pensée et des éléments de langage propres à légitimer ce délire purificateur. »

Dans Les Échos un autre économiste, Nicolas Bouzou, récuse l’idée selon laquelle le terrorisme serait « l’avatar de sociétés en déliquescence »

En matière de pauvreté, de santé, d’espérance de vie notre modernité continue, bon an mal an, à maintenir sa progression. « En Europe – je cite – les taux annuels d’homicide pour 100.000 personnes sont inférieurs à 5, soit une division par 10 depuis la Renaissance. Pour le terrorisme en tant que tel, à moins de vivre en Irak, on en meurt très peu dans le monde, 60 fois moins que de suicides et 180 fois moins que de diarrhées. » Et dans ces mêmes pages Idées et débats du quotidien, Yann Verdo nous met en garde : les anxiolytiques favorisent la maladie d’Alzheimer. Un effet secondaire à rappeler d’urgence à tous les forcenés du déclinisme qui seraient tentés par la thérapie de l’extrême-droite : n’oubliez jamais

Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......