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Du Mouvement du 22 mars à mai 68

Où va la gauche?

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Le débat télévisé de la présidentielle suscite de nombreux commentaires politiques

Du Mouvement du 22 mars à mai 68
Du Mouvement du 22 mars à mai 68 Crédits : UPI/AFP - AFP

À commencer par celui du politologue Sudhir Hazareesingh, qui porte dans Le Monde un regard à la fois concerné et distancié sur la campagne. Le professeur à Oxford, qui a publié plusieurs livres sur l’histoire politique française, et notamment Ce pays qui aime les idées (Flammarion), souligne à son tour la décomposition du système bipolaire, accentuée par « la radicalisation des positions, une des constantes de la rhétorique française, accentuée par la logique des primaires, qui conforte généralement les candidats insurgés », comme en témoignent « les choix de Fillon et de Hamon, incarnations de la rupture au sein de leur famille politique – à tel point que nombre de républicains et de socialistes peinent à se retrouver dans leur candidat officiel ». Mais il observe avec finesse que « cette radicalité des candidats est émoussée par leur refus d'assumer pleinement leurs positions respectives. Marine Le Pen masque son extrémisme par un discours souverainiste et identitaire ; François Fillon cache son libéralisme économique, et son conservatisme social, derrière une rhétorique de " réforme ". Même Jean-Luc -Mélenchon donne à son " insoumission " une image plus négative que positive : on est moins dans la vision d'un lendemain qui chante que dans un refus, une " insurrection contre la monarchie présidentielle " qui s'appuie sur l'imaginaire historique de la Révolution de 1789. » Enfin, la débâcle annoncée de la bipolarisation de la vie politique laisse apparaître un nouveau clivage : « celui qui oppose les visions ouvertes et fermées de la nation », dans la foulée du débat autour des thèses déclinistes.

Un nouveau clivage qui n’est pas sans rappeler celui qui a divisé le Parti socialiste lui-même, en opposant deux gauches dites aujourd’hui « inconciliables »…

Les larges extraits du discours de Michel Rocard, prononcé au congrès de Nantes en 1977, l’illustrent parfaitement. L’hebdomadaire Le un publie aujourd’hui cet acte de naissance de la « deuxième gauche » : contre une culture politique jacobine, étatique et protectionniste, il défendait alors une position décentralisatrice, libératrice, notamment des « dominés » – les femmes ou les « minorités mal accueillies dans le corps social : jeunes, immigrés, handicapés », ainsi que l’autonomie à l’égard « du règlement et de l’administration » pour les « collectivités de base », ce que Michel Rocard résumait dans le concept d’autogestion. Mais dans le même temps, l’un des artisans de l’union de la gauche, des radicaux au PC autour d’un programme commun, en appelait à l’unité, dans la perspective de l’exercice du pouvoir. Et il énonçait les conditions pour « reconstituer une "société civile" comme dit Gramsci ». Aujourd’hui, deux de ses poulains les plus connus se déchirent au risque de désintégrer le Parti socialiste dans leur différend. Pourtant, estime Vincent Martigny « c’est une ineptie de parler de deux gauches irréconciliables, comme l’a fait Manuel Valls ». Revenant au contexte de la campagne présidentielle, notre confrère de L’Atelier du pouvoir sur France Culture, politologue à l’École polytechnique et au CEVIPOF, souligne qu’« entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, il y a moins de différences qu’entre les leaders de la gauche communiste et de la gauche socialiste d’hier. » Au passage, il rappelle les valeurs communes à la gauche, une mise au point utile alors qu’on parle (Laurent Bouvet) d’une « gauche castor » exclusivement vouée à faire barrage au Front national : « la volonté de changer, l’insatisfaction à l’égard du système actuel », la réduction des inégalités et la critique de la seule dimension gestionnaire de l’exercice du pouvoir, l’écologie et la propension « à repenser la politique ».

Où va la gauche et dans quel ordre, deux revues s’inquiètent de son avenir

La revue Mouvements (La Découverte) ouvre le lourd dossier des renoncements de la gauche de gouvernement. Dominique Méda dénonce notamment son oubli du travail. « De la sécurisation des parcours des salariés, on est passé à la sécurisation des employeurs. » La sociologue vise la loi El Khomri, qui aurait « résolument tourné le dos à la justice sociale en faveur d’une politique sociale-libérale ». Abandonnant ainsi ses électeurs traditionnels et ses grandes thématiques : travail, salariat, protection, petites retraites, sécurité sociale, redistribution. Et dans un long éditorial, la Revue du crieur en appelle à « la gauche qui manque » et dénonce « la paralysie de l’hémisphère gauche ». « De même qu’on ne peut faire la paix qu’avec ses ennemis, on ne peut penser d’alliances qu’avec des dissemblables »…

Jour anniversaire du Mouvement du 22-Mars, né à Nanterre il y a bientôt 50 ans, signe avant-coureur de mai 68, et qui rassemblait dans des joutes nocturnes et indécidables, des anarchistes, des situationnistes, des trotskistes et des mao-spontex. Daniel Cohn-Bendit y fait ses premières armes.

Par Jacques Munier

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