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Donald Trump le 7 novembre

Par-delà le vrai et le faux

4 min
À retrouver dans l'émission

« Peut-on être élu sans raconter n’importe quoi ? » C’est la curieuse question qui s’affiche en couverture de l’hebdomadaire Le Point.

Donald Trump le 7 novembre
Donald Trump le 7 novembre Crédits : MANDEL NGAN - AFP

Sous son aspect provocant, elle renvoie à ce qu’on appelait avant la « langue de bois » des politiques. Avant, c’est-à-dire avant Donald Trump. Car un pas décisif a été franchi par le milliardaire populiste durant sa campagne et certains s’engouffrent déjà, en France comme ailleurs, dans la brèche. L’expression « langue de bois » désigne un discours convenu et sans grand contenu, finalement assez inoffensif et immédiatement repérable. Avec certains arguments de la campagne pour le Brexit, on était déjà passé à autre chose : le mensonge bouffon. Comme la polémique lancée par Boris Johnson sur la courbure des bananes imposée par les normes européennes. Ou les 350 millions de livres sterling versées chaque année à l’Union européenne par le Royaume-Uni, selon Nigel Farage. La rédactrice en chef du quotidien The Guardian, Katharine Viner avait alors conclu à l’avènement d’un nouveau régime de la parole politique, celui de la « post-vérité ». Que le caractère « viral » de la diffusion en réseaux sociaux parvient à imposer comme l’évidence. Peter Sloterdijk ajoute dans Le Point : « La politique devient de plus en plus irrationnelle et dictée par les émotions. On ne peut plus se fier au principe de majorité intelligente. D’ailleurs regardez les taux de participation : peut-on encore parler d’une majorité de citoyens qui votent ? » Pour le philosophe, « l’atmosphère de nos démocraties ressemble à celle d’un pavillon de cancérologie où les patients ne font plus confiance au médecin ». Du coup ils placent tous leurs espoirs dans « les guérisseurs miraculeux ». Le « charisme de l’incompétence », appuyé par un discours simpliste et le vocabulaire d’un enfant de 10 ans, gros mots inclus, « place ceux qui écoutent Donald Trump devant un choix : ou c’est un idiot, ou c’est un messie. La moitié de l’Amérique qui votait s’est résolue à miser sur sa fonction messianique ».

« Vers une politique post-vérité ? » La question est également posée dans Le Monde, en pages débats

Pour Pascal Engel, spécialiste de philosophie du langage, la « post-vérité » va au-delà du recours au mensonge en politique, car le menteur se réfère encore à la vérité, il a besoin qu’on croie que ce qu’il dit est vrai. Mais qui peut croire, même parmi les électeurs de Trump les plus rednecks, que son mur mexicain sera payé par ses voisins ou qu’Hillary ira en prison ? De fait, il se moque qu’on le croie ou non, « il est juste un bonimenteur, un baratineur. Il pratique ce que le philosophe Harry Frankfurt appelle le bullshit, l'art de dire des conneries » sans avoir cure ni du vrai ni du faux. « Le bullshitter n'a qu'un objectif : gagner. Il bluffe, comme au poker. Il ne demande pas qu'on croie ce qu'il dit, mais qu'on croie en lui. » Aujourd’hui beaucoup misent sur son pragmatisme. « Mussolini disait : " William James m'a appris que l'action doit être jugée par ses résultats. " Le trumpisme est un pragmatisme vulgaire » conclut Pascal Engel.

Pourtant de nombreux signes montrent qu’il mettra en œuvre ses mesures les plus radicales

De la santé au terrorisme ou à la torture en passant par l’économie et l’environnement, L’Obs les passe en revue. Et s’il est vrai que l’Obamacare, la réforme de l’assurance-maladie, pourrait être en partie sauvée, ou que Trump a baissé la garde concernant le mur et qu’il ne veut plus mettre Hillary en prison, les expulsions massives d’immigrés restent à l’ordre du jour, de même que la mise en cause du droit à l’avortement ou les baisses d’impôts qui vont renforcer les inégalités. Ce qui fait dire à Eric Le Boucher dans Les Echos que le populisme, ça finit toujours mal – l’histoire en témoigne – et le coût de l’échec est infligé aux catégories sociales qui espéraient en bénéficier. Mais le signe le plus flagrant de la continuité entre la campagne et la politique assumée du futur président reste la nomination comme conseiller principal à la Maison-Blanche de Stephen Bannon, patron du site d’extrême-droite Breitbart News et directeur de campagne du candidat. Il a d’ailleurs annoncé son intention d’ouvrir des bureaux à Paris ou Berlin, pour soutenir notamment la candidature du Front national aux présidentielles et décomplexer les néo-nazis allemands. Comme le rapporte le New York Times, « le site se targue d’être en phase avec ses lecteurs. Ses articles aux titres toujours très évocateurs – Paris transformé en zone de guerre par la violence des migrants – sont très commentés par les lecteurs qui n’hésitent pas à parler de « racailles » de migrants ou de « médias aux mains des juifs ». L’arrivée de Bannon à la Maison-Blanche est saluée comme l’intronisation de son site d’information en « une sorte d’organe de presse officiel ». Courrier International qui relaie l’article du quotidien new-yorkais l’a titré « Une " Pravda" américaine ? » Rappelons que le mot « pravda » signifie en russe « vérité »…

Par Jacques Munier

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