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On achève bien une campagne

Paysage après campagne

5 min
À retrouver dans l'émission

À force de les voir et revoir, certains promènent un regard vaguement ému sur les panneaux électoraux...

On achève bien une campagne
On achève bien une campagne Crédits : Thomas Wirth - AFP

C’est qu’ils nous sont devenus familiers, bornant les trottoirs des écoles comme des paravents qui invitent au recueillement dans l’isoloir… « On se croyait peuple flétri, demandeur de knout nationaliste, de régression thatchérienne et de dégagisme antieuropéen. Et nous voilà ressuscités en une tendre jeunesse du monde collaboratif par la grâce de l’élection d’un seul » s’exclame Luc Le Vaillant dans les pages idées de Libération. Avant de relever « deux ou trois images qui témoignent de l’état de confusion mentale et d’espoir mêlés du vieux pays macronisé ». Il y a le petit chaton blanc, la mascotte du récent parti animaliste qui « vous regarde avec son air penché depuis l’aire d’autoroute où l’abandonner vaut désormais crime contre l’humanité ». Le miniparti Allons Enfants, qui réserve ses candidatures aux 18-25 ans, semble lancer un message au Président en fin de trentaine, qui « tient du mimétisme côté attrape-tout et bons sentiments. Europe à revivifier, contrat de travail unique, accueil des réfugiés, énergie renouvelable et quota de jeunes comme il y a la parité féminine ». De quoi donner une tonalité affective à l’élection qui a vu s’éloigner la moitié de nos concitoyens : « Dans un brouillard rosé, c’est comme si flottait un désir d’avenir neuneu couplé avec un besoin d’affirmation adulescent, une rêverie câline d’entraide universelle masquant un pousse-toi de là que je m’y mette ».

Le taux d’abstention de plus de 51% continue d’alimenter les commentaires

Pour Jérôme Jaffré dans Le Figaro, c’est « un record absolu, toutes les Républiques confondues ». D’après lui, ce sont les moins de 35 ans et les catégories populaires qui forment le gros des déserteurs. Lassitude, distance « de ceux qui n’ont pas envie de soutenir le président mais qui n’éprouvent pas encore l’envie de se mobiliser contre lui » fermeraient le ban dans une nouvelle sorte de ni-ni. Et comme on ne peut pas couper son vote en deux, le seul moyen pour « un électeur prêt à voter pour En Marche mais qui ne souhaite pas qu’il ait la majorité absolue » est donc d’aller à la pêche ou à Roland-Garros. Le politologue remarque lui aussi « un petit vent d’espoir qui se lève. Aux législatives de 2012, l’attente d’une d’amélioration de la situation du pays n’était que de 23%, aujourd’hui selon Opinion Way elle s’élève à 35% ». Mais il doit à la vérité de reconnaitre que « la grande force de la République en Marche réside d’abord dans la faiblesse de ses adversaires : ils sont à terre et divisés ». Car « 32% des voix pour le parti présidentiel aux élections législatives, ce n’est pas un score énorme. Depuis 1981, la moyenne est entre 35 et 40. Le parti de Sarkozy avait fait 42% en 2007. La différence aujourd’hui est que les adversaires sont incapables de s’entendre. Emmanuel Macron bénéficie donc de la puissance de la Ve République avec le scrutin majoritaire qui amplifie les mouvements et d’un dégagisme à la Beppe Grillo ».

La dite « société civile » présente dans ses rangs lui a d’ailleurs servi d’argument pour justifier le renouvellement de la classe politique

Car elle « permet de laver plus blanc la sphère politique », résume Gautier Pirotte dans l’hebdomadaire Le un. Mais le sociologue, auteur d’un ouvrage sur le sujet, y voit une « entourloupe » : « ce n’est pas la société civile contestataire ou celle qui se présente comme un contre-pouvoir », celle qui pourrait faire reculer Trump aux Etats-Unis et dont Tocqueville, déjà, avait souligné l’importance face aux dérives de la « tyrannie de la majorité ». Aujourd’hui son chantier prioritaire, comme le rappelle Sylvain Cypel « est la régularisation des 11,5 millions de sans-papiers insérés dans l’économie américaine et que Trump a promis d’expulser ». Quant à Beppe Grillo, il ne fait plus rire en Italie, même si la force de la société civile y est avérée, notamment depuis qu’un petit groupe de catholiques idéalistes a créé la communauté de Sant’Egidio, qui se bat sur tous les fronts : soutien scolaire, aide aux personnes âgées et aux sans-abri, visites aux prisonniers, accueil des migrants…

Pour la future majorité, on évoque déjà le casse-tête de l’attribution des postes clés à l’Assemblée

« Car la matière parlementaire et législative est complexe, touffue, répond à des codes et à des exigences corsetés – rappelle Patrick Roger dans Le Monde. Et avec une Assemblée composée pour une très large part de novices, il va falloir pour certains postes très exposés des élus déjà suffisamment rodés. » Et puis, où donc va se réunir le futur groupe des nouveaux députés LRM, crédité de 415 à 455 sièges alors que la plus grande salle a une capacité de 350 personnes. La revue Commentaire publie le témoignage éloquent de Bruno Durieux sous le titre Le spleen : « Quel député ne s’est pas agacé des pénibles et parfois insupportables consignes de vote, de l’ennui terrifiant des séances publiques où se récitent d’interminables litanies dans un hémicycle vide, de la vanité des travaux en commission préemptés par les spécialistes des administrations ; quel député n’a pas également souffert de solitude ? » Bon courage, les Marcheurs !

Par Jacques Munier

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