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Pentecost, 1630, by Giovanni Lanfranco

Pentecôte, le partage universel

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C’est la Pentecôte, l’occasion de revenir sur l’origine et le sens de cette fête chrétienne.

Pentecost, 1630, by Giovanni Lanfranco
Pentecost, 1630, by Giovanni Lanfranco Crédits : DeAgostini - Getty

Le terme vient du grec pentêkostê qui signifie "cinquantième". Car dans la tradition chrétienne, c’est cinquante jours après la Résurrection de Jésus que ses disciples, réunis pour la fête juive de Chavouot, reçoivent "la force du Saint-Esprit". Dans Le Monde, la théologienne Odile Flichy rappelle que l’apôtre Luc "relate les faits avec le lexique habituel de la théophanie : l’Esprit saint se manifeste par du bruit, du vent et des langues de feu. Ces dernières signifient que, désormais, les apôtres pourront s’adresser à tous les peuples d’une façon qu’ils comprendront". Les Actes des apôtres précisent que les disciples se mettent alors à parler toutes les langues, et qu’ils reçoivent le message de la Résurrection. L’événement confirme les propos du Christ consignés au début des Actes.

Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. (Act. 1, 8)

C’est ainsi qu’est annoncé le caractère essentiel du témoignage pour l’évangélisation - témoignage sur la vie et la résurrection de Jésus - mais aussi sa vocation à l’universalité. "Tout l’itinéraire suivi dans les Actes, de Jérusalem à Rome, montre cette ouverture progressive sur l’universel." Les Actes nous disent aussi que ce jour-là, les apôtres ont fait beaucoup de conversions, puisqu’ils pouvaient s’adresser à tous en toutes langues. Lors de la fête juive de Chavouot, qui ouvre la saison des moissons et célèbre la transmission de la Torah à Moïse, les pèlerins de Judée et de Galilée affluaient à Jérusalem. Voire même, si l’on en croit les Actes, des "Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et de la Cyrénaïque…" Autant dire que pour les apôtres ce jour-là, le monde était soudain tout entier à leur porte !

Kαθολικός (katholikos), "universel"

Odile Flichy souligne le cas de Paul, converti lors du célèbre épisode sur le chemin de Damas. Dans tous ses voyages missionnaires, il "se rend d’abord à la synagogue avant d’aller parler aux non-juifs", comme le rapporte Luc. 

Quand il s’adresse aux juifs d’Antioche (chapitre 13), il rappelle le lien entre l’Évangile et l’Ancien Testament, soulignant que Dieu avait promis un descendant à David et leur parlant de la notion de salut qui leur est familière. En revanche, quand il discourt devant les philosophes grecs (chapitre 17), il ne fait référence ni à la Bible ni à Jésus. Il attire leur attention sur le « dieu inconnu » de l’un de leurs autels en leur expliquant qu’il s’agit du Seigneur du ciel et de la terre qu’il vient leur annoncer.

La Pentecôte marque aussi les débuts des premières communautés chrétiennes, réunies par la prière, le partage du pain et des richesses, la communion fraternelle et la prédication. Il s’agit de montrer que "le témoignage évangélique ne consiste pas seulement en de bonnes paroles, mais se réalise aussi en actes". De là naîtra l’Église, du grec ekklesia, qui signifie assemblée, puis, face aux risques de division avec l’émergence de mouvements hétérodoxes, la référence au caractère "catholique", c’est à dire "universel" - katholikos. Dans La Croix L’Hebdo, le sociologue des religions Hans Joas évoque cette dimension "universelle", qui n’est pas propre au christianisme et concerne peu ou prou toutes les religions. Il souligne la tension qui les traverse entre ce qu’il appelle l’universalisme moral et les formes particularistes qui le menacent. 

Les Évangiles radicalisent l’universalisme moral, qu’ils héritent de la Bible hébraïque, et qui porte une impulsion en direction de l’universel.

Pour le christianisme, par exemple, "dans les années 1950 et 60, aux États-Unis, on trouvait des chrétiens à la fois aux côtés de Martin Luther King et dans le camp des défenseurs de la ségrégation raciale". Cette tension illustre le caractère pluraliste du christianisme, mais aussi la menace qui pèse sur la force de son message, comme en Pologne, "pays encore intensément chrétien", où la fusion entre le nationalisme réactionnaire et le catholicisme a fait fuir de nombreux fidèles. C’est dans l’élément de l’universel que le dialogue entre les religions, mais aussi entre croyants et non-croyants reste possible. Pour l’auteur de La foi comme option (Salvator) "nous vivons désormais dans un âge de la contingence", "un temps où la foi n’est plus de l’ordre du nécessaire et de l’évidence". Et c’est l’occasion de dépasser l’argument d’autorité pour se retrouver sur l’essentiel : le message universel

Par Jacques Munier

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