LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Place de la République

4 min
À retrouver dans l'émission

11 janvier 2015
11 janvier 2015 Crédits : Stephane Mahe - Reuters

Il y a un an, la gigantesque marche du 11 janvier prend son départ de la Place de la République, un lieu de mémoire ainsi renouvelé

Dans sa rétrospective des lieux emblématiques des attentats de janvier 2015, Le Monde s’arrête aujourd’hui sur le lieu de rassemblement et de départ de toutes les grandes manifestations citoyennes. Aline Leclerc et Lucie Soullier ont arpenté cette place devenue depuis les attentats un mausolée à ciel ouvert et qui n’était avant sa réhabilitation qu’un grand carrefour réservé à la circulation des voitures. « Il fallait rendre l'esplanade aux Parisiens, et les laisser se l'approprier. La place devait pouvoir accueillir les grands événements mais aussi les petites choses, plus intimes », leur ont confié les deux architectes qui ont repensé l’espace. Ils ne croyaient pas si bien dire… L’heure est au recueillement, aux messages déposés comme des ex-votos, un dispositif anarchique et intime au centre duquel Marianne brandit son rameau d'olivier. L’un des passants rencontrés fait part de son émotion, « lui qui a participé à tant de manifs ici et avoue son " rapport affectif à la place de la République " il est stupéfait : " C'est la première fois que je la vois comme ça. » La transformation a également frappé l’historienne Danielle Tartakowsky, « qui constate une " réécriture de la place et de son marquage symbolique " depuis les événements de janvier. " Qu'une émotion ou une mobilisation collective donne un nouveau sens à un espace, cela s'est déjà vu… Mais, à ce point, c'est exceptionnel " , souligne-t-elle en rappelant comment, en 1936, le Front populaire victorieux avait défilé devant le mur des Fédérés, au Père-Lachaise" en arborant les portraits des révolutionnaires de 1789, pour ainsi associer tous les morts à leur victoire, et par là même, à la vie. Ce qui surprend place de la République, c'est qu'un lieu de vie devienne un lieu de mort " conclut l’historienne. Alors qu'aucune des victimes du terrorisme en 2015 n'y a été tuée.

Dans les pages Idées de Libération , « en haut de la pile » on trouve le livre d’Anaïs Ginori sur Le Kiosquier de Charlie

Alors qu’il vient, quelques heures plus tôt, de vendre leurs journaux quotidiens à deux familiers du quartier – Cabu et Wolinski – le kiosquier de Saint-Germain-des-Prés se fait braquer sa voiture, en rentrant chez lui, par les frères Kouachi qui sortent tout juste de la rue Nicolas-

Appert où ils ont abattu les dessinateurs de Charlie. L’histoire n’a pas échappé à la correspondante du quotidien italien La Repubblica , qui a été l’une des premières journalistes à arriver sur les lieux de l’attentat car elle habite à côté. Mêlant à son enquête des éléments de son histoire personnelle, la petite-fille de journaliste grandie au milieu du papier imprimé a fait de son livre une ode à la presse écrite. Laquelle assume sa mission de débat et d’espace public dans L’Humanité , organisant et relayant une série de tables-rondes sur la démocratie en déclinant les trois termes de la devise républicaine, avec notamment Michèle Riot-Sarcey, Cynthia Fleury ou Pierre Rosanvallon.

La revue Esprit change de peau et d’équipe de direction, sans pour autant perdre son âme. Elle revient sur les violences de l’année passée.

Pour Antoine Garapon, il faut les interpréter dans l’optique de la mondialisation, qui « brouille toutes les catégories antérieures en donnant à la violence une dimension hybride – à la fois locale et globale, archaïque et post-moderne, délinquante et sacrée, individualiste et politique, psychologique et eschatologique ». Et dans une contribution empreinte de sensibilité Véronique Nahoum-Grappe revient sur cette confusion orchestrée du global et du local lors des attentats de Paris. « Il y a comme un trouble de la contemporanéité » ajoute-t-elle en désignant les Parisiens plongés dans l’événement et à la fois restés en dehors comme « spectateurs ». « Un soir, un matin », quelque temps plus tard, aux obsèques de la jeune fille de proches et de ses amis en l’église Saint-Germain-des-Prés, la cérémonie lui apparaît comme « un chemin possible quand il n’y en a plus ». « Il y a des voix, des chants qui entrent partout – je cite – dans les arrière-cours encore planquées, les recoins d’enfance oubliés. Elles sont comme des aiguilles de miel et de feu qui se saisissent d’un vivant, et le jettent par la fenêtre hors de tout cadre, au dessus du vide de tout ce que l’on n’a jamais compris. » Là, « ce qu’il y a d’inconsolable dans le malheur » échappe à « la nuit des temps » grâce à la musique.

Jacques Munier

Anaïs Ginori : Le kiosquier de Charlie

Equateurs

charlie
charlie

Patrick tient le kiosque de Saint-Germain-des-Prés. Tous les jours, les dessinateurs Cabu et Wolinski viennent lui acheter les journaux. Le 7 janvier 2015, le rite est identique, comme le café du matin. Les deux dessinateurs prennent ensuite le chemin de la rédaction de Charlie Hebdo, sans savoir que la mort les attend.

Quelques heures plus tard, alors qu’il rentre tranquillement chez lui, près des Buttes-Chaumont, Patrick se fait braquer sa voiture par … les frères Kouachi, qui lui laissent la vie sauve : les deux tueurs entament leur folle cavale, qui s’achèvera dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële.

Parce que « tout est signe et tout signe est message », Anaïs Ginori raconte les extraordinaires coïncidences de cette tragédie qui changea le visage de la France et nous en donne une lecture captivante: elle est l’une des premières journalistes arrivée au siège de Charlie après la fusillade. Mais elle choisit très vite de faire un pas de côté pour raconter ce que n’ont pas eu le temps de découvrir les chaines d’info en continu.

Le Kiosquier de Charlie décrit aussi la paradoxale renaissance de « l’âge de papier » alors qu’un journal pleure ses morts, la résistance miraculeuse de l’imprimé contre la barbarie. Récit décalé, enquête pleine de révélations et de témoignages surprenants, Le Kiosquier de Charlie est une petite mythologie de Paris et de l’écrit.

Présentation de l’éditeur

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......