LE DIRECT
L'équipe de France à l'entraînement

Planète foot, le monde en bleu

5 min
À retrouver dans l'émission

Un journal des idées tout en bleu pour entonner le dithyrambe « so foot » des écrivains au ballon rond

L'équipe de France à l'entraînement
L'équipe de France à l'entraînement Crédits : Olivier Lejeune - Maxppp

On commence par le tacle de Karim Benzema et la polémique engendrée, où Kamel Daoud voit un modèle dans Le Point : « elle commence par un propos, se greffe sur un non-dit général, procède par la citation choc et aboutit à du brouhaha avant de s’éteindre dans la baisse de la libido nationale. C’est une sorte de guerre lasse. » Une guerre bien française en l’occurrence, où l’on peut à nouveau vérifier que le racisme est le polyvalent « fonds de commerce à usage personnel ou communautaire ». Nul ne songe à en nier l’existence, mais l’avant-centre du Real Madrid ne peut se prévaloir de sa découverte, ni même de « la légitimité de s’en réclamer victime ». Et son propos est jugé « désastreux », car « il va donner des arguments aux radicalismes » de tout poil. « C’est un procès cruel contre Deschamps que de l’accuser de racisme », estime Vincent Duluc dans Les InRocKuptibles. Le patron du foot à L’Équipe, qui publie un livre sur les sélectionneurs de l’équipe de France – Au cœur des Bleus chez Stock – rappelle que Didier Deschamps est l’un de ceux qui a le plus défendu Benzema. « Ce que traduit en revanche la sortie de Canto – ajoute-t-il – c’est que l’illusion de la France black-blanc-beur, qui était la bulle de savon de 1998, n’existe plus dans la tête des gens. » Pire : « on va avoir une manif des Bretons introvertis parce que Gourcuff n’est pas là »

« Plus foot tu meurs », Marianne Payot a lu pour L’Express le livre de Gigi Riva, Le dernier pénalty, publié au Seuil

Faruk Hadzibegic, qui rata le tir au but devant assurer le passage de la Yougoslavie en demi-finale du mondial 1990, aurait peut-être évité le conflit et les massacres – rêve les yeux grands ouverts le rédac’chef de L’Espresso, par ailleurs passionné de foot et à l’époque grand reporter sur zone… Car « dans les Balkans, la guerre est la continuation du sport par d’autres moyens ». Faruk, le Bosniaque de Sochaux a, sans le savoir, tourné la page de la convivialité ethnique, l’utopie en pratique dans le pays de Tito. « Peut-être que nous n’aurions pas eu la guerre, si nous avions gagné la Coupe du monde » se confie-t-il. « Peut-être pas, mais je ne peux pas m’empêcher de l’imaginer. Et donc, quand je suis allongé dans mon lit et que je ne dors pas, je me dis que les choses auraient pu s’arranger si nous avions gagné la Coupe du monde. » Bonne nuit, la Yougoslavie…

L’histoire nous ramène à L’angoisse du gardien de but au moment du pénalty, dont parle le livre de Peter Handke

« Si le gardien de but connaît l’avant-centre, il sait quel coin il choisit en général. Mais l’avant-centre, lui, peut très bien prévoir le raisonnement du gardien de but. Le gardien de but continue donc à chercher, et se dit que cette fois le ballon ne va pas venir dans le même coin. Oui, mais si l’avant-centre suit toujours le raisonnement du gardien de but et se prépare à shooter vers le coin habituel ? » On s’en souvient, le gardien au pull jaune reste droit et immobile, et l’avant-centre lui tire le ballon dans les mains… La fable est édifiante, elle illustre le jeu à qui perd gagne mais pour Philippe Delerm c’est surtout le tireur qui subit la pression, notamment quand il s’agit d’un tir au but. Goal ou martyr, lui rétorque Eduardo Galeano dans l’anthologie littéraire publiée en Folio/Gallimard (La littérature marque des buts) ; cerbère ou garde-barrière, comme on l’appelle en Amérique latine, « on dit que là où il met les pieds, l’herbe ne repousse pas ». La gadoue, la gadoue, c’est la bonne place au football assure Céline dans Mort à crédit. Tenir les buts ça permet de réfléchir. « Au coup de sifflet les morveux ils s’élançaient dans la bagarre, ils labouraient toute la mouscaille à s’en retourner les arpions, ils chargeaient dans la baudruche à toute foulée dans la glaise, ils s’emplâtraient, ils se refermaient les deux châsses, la tronche, avec toute la fange du terrain… » Il y a plus angélique, comme vision des choses, celle de Marguerite Duras, par exemple, dans son entretien avec Michel Platini, ou la lettre à René Char de Nicolas de Stael qui a peint toute une série de footballeurs au Parc des Princes, « Des anges sur la pelouse » : « Entre ciel et terre, sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscle voltige en plein oubli de soi… Quand tu reviendras, on ira voir des matches ensemble… » Albert Camus est très présent, qui confesse dans La chute, n’avoir jamais été aussi sincère et enthousiaste qu’au temps où il jouait au foot, ou bien au régiment, quand il faisait du théâtre pour le plaisir : « Il y avait dans les deux cas une règle du jeu, qui n’était pas sérieuse et qu’on s’amusait à prendre pour telle. » Raymond Aron lui-même a parlé du foot, pour y distinguer l’agon – c’est la lutte et c’est le meilleur qui gagne – et l’alea, le hasard, un mixte où il voit le symbole de la condition humaine. On finit en poésie, Ludovic Janvier, Doucement avec l’ange : « Platini qui plonge à serrer le cœur et cloue sans fin cloue la foudre au ventre des filets but ! »

par Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......