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"Le problème de la police, c’est la justice !" Le 19 mai devant l'Assemblée

Police et justice

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Le ministre de l'Intérieur a porté plainte contre Audrey Pulvar, la candidate PS en Île-de-France, l'accusant de «diffamer la police». Son avocat a répliqué avec une plainte pour «diffamation et dénonciation calomnieuse».

"Le problème de la police, c’est la justice !" Le 19 mai devant l'Assemblée
"Le problème de la police, c’est la justice !" Le 19 mai devant l'Assemblée Crédits : A. Gyori - Getty

On se souvient qu'elle avait jugé "assez glaçante" la manifestation de policiers, "soutenue par l'extrême droite, à laquelle participe un ministre de l'Intérieur, qui marche sur l'Assemblée nationale pour faire pression sur les députés en train d'examiner un texte de loi concernant la justice". Dans Libération, le constitutionnaliste Dominique Rousseau cite les propos d’un dirigeant syndical lors de cette manifestation : "Si cette mobilisation s’avère efficace et très forte, les digues céderont, les digues, c’est-à-dire, les contraintes de la Constitution". Et il approuve la formule  : oui - écrit-il - "une Constitution, c’est une contrainte".

Ou pour le dire avec les mots de Camus : une Constitution, ça empêche. Ça empêche de porter atteinte à la liberté d’expression ; ça empêche un homme ou une institution de concentrer entre ses mains tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire ; ça empêche de porter atteinte au droit de grève ; ça empêche de mettre en prison les gens sans base légale précise ; ça empêche de porter atteinte à l’indépendance de la justice...

Lors de la manifestation, les policiers l’ont prise pour cible, une posture qui "résiste peu à l’épreuve du réel", soulignent Chloé Pilorget-Rezzouk et Lilian Alemagna dans Libération, en citant un ancien parquetier francilien.

Nous sommes les maillons d’une même chaîne pénale. La justice n’est là que pour juger ce qui est récolté et préparé par les services de police. Mais le magistrat arrivant en bout de chaîne, c’est le coupable idéal.

D’ailleurs, au même moment, le ministre de la Justice qui présentait son projet de loi à l’Assemblée, rappelait dans l’hémicycle que "132 000 peines d’emprisonnement fermes ont été prononcées en 2019, alors qu’elles étaient 120 000 en 2015", et qu’"entre 2002 et 2020, avant le confinement, la population carcérale a augmenté de près de 25 000 personnes, avec les problèmes de surpopulation déplorés sur tous ces bancs". Et le sociologue Christophe Mouhanna se demande si les déclarations outrancières de certains syndicats de policiers ne sont pas une manœuvre pour galvaniser leurs troupes et consolider leur pouvoir. 

En parlant ainsi de la justice, on détourne le regard de tout ce qui dysfonctionne aujourd’hui dans la police.

Dans L’Obs, la Conférence nationale des premiers présidents, qui rassemble les chefs de juridiction du siège de toutes les cours d’appel de France et des territoires d’outre-mer, a publié une tribune en forme d’Appel à refonder le pacte républicain pour la justice.

La justice a un besoin impérieux de ne plus être l’otage de joutes électorales et de quitter ce théâtre incessant de polémiques, d’accusations et d’incompréhensions.

Le texte dénonce le fait "que des lois nouvelles, toujours plus nombreuses, soient conçues sur un mode incantatoire, en réponse à tout nouveau fait divers, plutôt que préparées avec l’expertise des professionnels concernés et dans l’arbitrage nécessaire entre la complexification croissante de la procédure exigée par la protection légitime des droits humains et les attentes fortes de la société en matière de lutte contre la délinquance et d’efficacité des enquêtes". 

Les juges sont habitués à être présentés comme les boucs émissaires d’une délinquance qu’aucune société n’a jamais réussi à éradiquer.

"Nous arrivons quand le mal est fait : la justice applique la loi, elle ne la fait pas", rappelle la procureure de la République de Bobigny, Fabienne Klein-Donati dans Le Monde. Et elle souligne que les politiques présents à la manifestation des policiers "représentent la République : ils devraient donc se démarquer lorsqu’il y a des attaques contre elle et ses institutions".

Tous ces élus qui étaient dans la rue, ce sont eux qui font la loi.

Auteure de Poursuivre (Éditions des Équateurs), procureure de la République dans un département "très jeune, très peuplé, très pauvre" - la Seine-Saint-Denis - où les mineurs représentent 21 % des mis en cause, elle évoque l’aggravation de la violence chez les jeunes, le plus souvent entre eux. Comme en miroir de celle qui inonde les écrans de télévision ou les réseaux sociaux. 

Bien sûr, nous travaillons aussi sur la prévention mais, malheureusement, nous arrivons quand le mal est fait. Et qui travaille sur la racine des problèmes ?

Elle pointe, au-delà de la question lancinante des moyens tout en reconnaissant les efforts accomplis, le recours trop systématique à la justice.

Aujourd’hui, nous sommes saisis de tout. Les gens attendent une réponse à tous leurs problèmes, ici, alors qu’il y a des choses qu’ils pourraient régler eux-mêmes en dehors du tribunal. C’est le paradoxe de la justice : on nous met au pilori, mais on attend tout de nous.

Par Jacques Munier

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