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Kiev: assaut d'une Femen contre le patriarche Kirill, 07/2012

Politique et religion, l'équation infernale

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L’offensive contre l’état islamique, même menée à son terme, ne résoudra pas tous les problèmes : ni ceux de la région, ni la menace du terrorisme djihadiste

Kiev: assaut d'une Femen contre le patriarche Kirill, 07/2012
Kiev: assaut d'une Femen contre le patriarche Kirill, 07/2012 Crédits : Gleb Garanich - Reuters

C’est ce que montre Dominique Moïsi dans Les Échos. « On ne peut que soutenir le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lorsqu’il écrit – dans le court essai intitulé « Qui est l’ennemi ? » – que face aux développements du terrorisme djihadiste, « nous n’avons pas d’autre choix que de nous impliquer ». Mais le faire présuppose une compréhension et une prise en compte de la complexité extrême des enjeux de la région. » L’action militaire ou humanitaire sont vaines en l’absence d’une réflexion politique. Dans les coalitions qui se sont formées contre Daech, les intentions divergentes des Occidentaux d’une part, des Turcs et des Arabes sunnites de l’autre, des Iraniens et des Russes, d’une autre encore, « font au moins autant parti du problème que de sa solution ». « Tant que des troupes chiites soutenues par l’Iran seront en contrôle de populations sunnites soi-disant libérées par elles – insiste le politologue – tant que les forces du régime de Bashar Al Assad se retrouveront au pouvoir dans des territoires martyrisés par elles, on ne progressera pas vers des solutions stables et durables. » En Syrie l’appui conjoint russo-américain à l’offensive sur Raqqa, la capitale de l’état islamique, illustre plutôt une rivalité dans la perspective d’un futur équilibre régional, les Russes jusqu’à présent tournés exclusivement contre les opposants au régime de Damas et non contre l’état islamique cherchant là une bien tardive légitimité. Les populations qui se sont soulevées contre la dictature de Bachar Al Assad et se sont retrouvées sous la domination de Daech ne souhaitent pas le retour au statu quo ante. « L’autoritarisme – conclut Dominique Moïsi – n’est pas le rempart face au fondamentalisme. L’origine du problème ne saurait être perçue comme sa solution. »

Politique et religion, l’équation n’a pas fini de produire ses effets délétères

Dans la revue Commentaire, la spécialiste du monde russe Françoise Thom dénonce la forfaiture de la rencontre à Cuba entre le pape François et le patriarche Kirill, envoyé spécial du régime Poutine pour relancer son entreprise de discrédit de la démocratie libérale. Dans le portrait qu’elle fait du prélat orthodoxe dont la carrière a pris son envol dans la période soviétique, elle cite notamment un transfuge du KGB qui témoigne de la mainmise du pouvoir sur l’Église russe, dont le patriarche a été l’un des auxiliaires les plus zélés. Devenu milliardaire en bâtissant un empire du tabac et de l’alcool grâce aux exemptions fiscales accordées par le président Eltsine à l’Église orthodoxe, Kirill donne aujourd’hui des leçons sur « la consommation effrénée caractéristique des pays les plus développés » dans la déclaration commune signée avec le pape. « Dans le régime poutinien, l’Église orthodoxe remplit le même rôle que le département de propagande (Agitprop) en URSS » assure Françoise Thom, qui évoque une plaisanterie circulant en Russie à propos de cette Église, fiancée du Seigneur devenue l’épouse du Kremlin. Mais le patriarche, acharné contre les Pussy Riot et qui a fait adopter une loi dite de « défense des droits des croyants » faisant du blasphème un délit passible de poursuites, est de plus en plus contesté au sein de l’Église orthodoxe

Dieu n’est pas mort, les pages idées de Libération s’interrogent sur le malaise français de la laïcité devant le « retour du refoulé »

Deux anthropologues rappellent « que «croire» est la chose la mieux partagée par l’humanité. Créer des dieux et vivre avec eux d’intenses relations est non seulement une activité universelle mais aussi une capacité inventive qui est le propre de l’humanité. En conséquence, les religions ne peuvent être des choses uniquement privées, car elles sont au fondement du social ». La laïcité doit reconnaître ce fait et s’employer à organiser la coexistence des religions, sans oublier « qu’en Europe et en Amérique du Nord, ce furent des réveils spirituels qui conduisirent au pluralisme religieux et à la sécularisation ». Christophe Pons et Adriane Luisa Rodolpho estiment qu’une conception renouvelée de la laïcité doit passer par « la reconnaissance la plus large possible, pour briser les postures de condescendance en accueillant les religions et les philosophies comme un patrimoine commun de l’humanité ». Et par « la possibilité d’un discours sur «l’acte de croire» qui remplace l’actuel «devoir de silence» de nos institutions. Là encore, l’anthropologie a quelque chose à dire en rappelant qu’aucune société ne laisse jamais ses enfants sans enseignements sur le croire. Si beaucoup sont discutables, il est peut-être temps pour nous d’en parler, a minima pour dire que «croire» n’est ni grave, ni dangereux, ni interdit, ni obligatoire. » L’éthique de la discussion appliquée au domaine des croyances : telle est peut-être la formule contemporaine de la laïcité.

Par Jacques Munier

Poutine est-il derrière la rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou ? Par Isabelle de Gaulmyn, La Croix, 6 février 2016

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