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Politique fiction

5 min
À retrouver dans l'émission

Le tour que prend la campagne suscite des commentaires chez les intellectuels

Pour Jean-Luc Nancy, dans les pages idées de Libération, le fait que ces derniers mois, plusieurs personnalités se soient retirées du jeu avant même les élections – et Fillon en prend le chemin – est le signe que « la politique devient la mise en scène de sa propre impossibilité », et qu’elle consiste aujourd’hui davantage « à démontrer que rien n’est gouvernable ». La marge de manœuvre se réduisant à mesure de l’emprise croissante d’une économie mondialisée, c’est la politique elle-même qui serait en passe de devenir un emploi fictif. « Les gouvernails sont remplacés par des pilotes automatiques implantés dans des firmes, de préférence transnationales, ainsi que dans les organes fonctionnels afférents (techno-scientifiques, financiers, lobbyistes, idéologiques). Comme le rôle imaginaire des gouvernails – safrans manœuvrés par de vaillants loups de mer – reste important pour persuader les gens qu’ils sont représentés et gouvernés en conséquence, les péripéties politiques sont d’autant plus spectaculaires et d’autant plus prisées qu’elles doivent masquer la machinerie des pilotes. » Et quand bien même chacun d’entre nous peut le constater, s’y résigne, s’en désole ou s’en offusque, « une nouvelle élection vient assurer qu’on va tout redresser. Aussi, les redressements se font-ils de plus en plus tordus ». Pour le philosophe, « des candidats improbables pour des votes fiévreux, précipités, dépourvus d’information et de réflexion » en arrivent à susciter leur propre destitution aussitôt élus, comme aux États Unis. « Mais on est en train d’inventer mieux : l’autodestitution avant élection, pour cause de scandale politico-financier. » Le pli est pris : « lorsque surgit un nouveau, pas encore destitué, pas même situé, dont on pourrait exploiter le succès de confiance – quitte à retoucher, à retailler, à peaufiner –, on s’empresse de le restituer aux mânes des utopies depuis longtemps destituées ». Au final on risque ainsi le pari « d’une République décidément et ouvertement fictive, clairement exclusive, officiellement destituante de toute politique et instituante d’une police à plein-emploi ».

Pour Roger Pol-Droit dans Les Echos, l’image du château de cartes s’impose, comme dans la série américaine du même nom

« L’incertitude est totale, la fragilité politique extrême. Comme dans une série télévisée à rebondissements, les trajectoires bifurquent. » À cette différence près que dans House of Cards la puissance des Etats Unis reste intacte, alors que dans notre monde réel « l’avenir du pays se trouve engagé dans ces manipulations de cartes truquées, biseautées, superposées les unes aux autres dans un porte-à-faux périlleux ». Et s’il est vrai que, contrairement au modèle immémorial du pouvoir politique se distribuant du haut vers le bas, le château de cartes se construit à partir du bas, son architecture statique reste exposée à tous les vents, et pour filer la métaphore du jeu, l’incertitude en fait partie. D’autant plus qu’aujourd’hui le « bas » est loin d’être homogène, comme au temps où une « classe ouvrière » clairement identifiée disposait d’organisations représentatives, politiques et syndicales. Dans L’Humanité le sociologue du travail Paul Bouffartigue évoque le passage au pluriel des « classes populaires », qui se traduit par une conscience de classe éclatée peinant à opposer « le nous, en bas, aux puissants, ceux d’en haut », car il « ne s’oppose plus seulement à « ceux d’en haut », mais à ceux qui sont encore plus pauvres, vus comme des « assistés », ou ceux dont la couleur de peau est plus sombre ». La notion de discrimination, dont on ne peut nier la réalité, lui semble ajouter à la confusion et la dispersion des luttes pour la reconnaissance et la dignité, car « sur le plan théorique et politique, il faut réhabiliter la critique de l’exploitation et du capitalisme, qui sont la base de toutes ces divisions ». Des femmes de ménage de l’hôtellerie aux jeunes de la restauration rapide en passant par les VTC ou les travailleurs sans papiers, la question se pose, notamment dans le mouvement syndical, de savoir comment fédérer et organiser les luttes pour l’amélioration des conditions. Et comment les représenter politiquement. Comment, en somme « refaire peuple », selon la formule de l’historien communiste Roger Martelli, dans « l’alliance des classes populaires et des classes moyennes contre l’oligarchie financière ». Car « le peuple, comme les classes, sont des constructions politiques ».

Politique et littérature ont su faire bon ménage, comme on peut le voir dans la nouvelle édition du Journal de Mathieu Galey.

Critique littéraire disparu en 1986, et juré de plusieurs prix, il témoigne de la cuisine où les politiques s’invitaient, notamment celle du Goncourt. L’Obs donne à lire quelques-uns des passages expurgés lors de la première édition. En 1983 Mitterrand promet à Michel Tournier, en échange de son soutien à la candidature d’Edmonde Charles-Roux à l’académie Goncourt, celui de la France pour le Nobel. « Ah ! la littérature !… »

Par Jacques Munier

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