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Populisme ou République

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L’alternative est cruciale pour la démocratie.

Dans la page Débats de La Croix, Olivier Christin rappelle qu’en France, « la République s’est construite en partie comme une réponse aux défis populistes » : du boulangisme, « à la crise autour du canal de Panama, pendant laquelle l’antiparlementarisme s’est nourri de la dénonciation de la corruption des responsables politiques », en passant par les antidreyfusards, les ligues antisémites ou la tentative de coup d’État avortée de Paul Déroulède. Dans cette « histoire chaotique », la République n’apparaît pas comme « une réalité figée, elle n’est pas, comme l’affirme Jaurès, une doctrine mais une méthode pour surmonter ces crises d’une manière pacifique » et constructive. « Comment est-on sorti de la crise boulangiste ? Par l’avènement de la liberté de la presse, de la liberté syndicale » et des partis politiques modernes. Aujourd’hui, observe l’historien, « nous assistons à une remise en question de la décision majoritaire qui ignore des minorités réduites au silence (les femmes, les immigrés, les jeunes…) et produit une distorsion entre le peuple et ses représentants ». Une conception renouvelée de la république « doit répondre à ces demandes de reconnaissance, parallèlement à son attention à la redistribution des richesses par l’impôt et la couverture sociale ». Dans Les Echos, Frédéric Cherbonnier estime que c’est la crise des subprimes qui a enfanté Trump. « Washington s’est trompé en choisissant d’aider les actionnaires des banques. Il aurait mieux valu soutenir les propriétaires de logements en allégeant leur dette. » Les pages idées&débats du quotidien économique ont recruté un chroniqueur de poids dans la personne de Manuel Valls, qui plaide « pour une mondialisation au service des peuples ». La promesse de plus de prospérité, plus d’emplois, n’ayant pas été tenue pour les classes moyennes et populaires « l’Europe, doit agir pour enrayer les distorsions de concurrence ». Même « si l’on doit pour cela taxer les produits importés de pays qui ne voudront pas mettre en œuvre l’accord de Paris » Suivez mon regard… « Notre identité, ajoute le Premier ministre, c’est aussi le choix d’un certain niveau de protection sociale. » Dans le cadre du grand marché intérieur européen, « il faut établir un socle commun de droits sociaux. L’initiative de la Commission Juncker visant à définir un tel socle doit être soutenue, mais il faut y mettre de la substance : salaire minimum européen, réglementation du travail détaché… » Et « si tous les Etats membres n’y sont pas prêts, allons-y avec ceux qui le sont ! »

L’Obs a ouvert lui aussi ses pages Débats à la question du populisme, avec les contributions de trois intellectuels américains, dont l’écrivain John Irving

Lequel ne décolère pas contre les voix qui ont manqué à Hillary Clinton : « Pour beaucoup, il fallait choisir entre un marginal narcissique et vulgaire et une représentante de l’élite peu loquace et portée sur le secret. Comme l’écrit Marc Aurèle, « les fils jumeaux du destin les ont liés l’un à l’autre ». Et l’écrivain de se poser « des questions sur tous ces manifestants qui descendent dans la rue ces jours-ci pour protester contre la victoire de Trump. Combien d’entre eux n’ont pas voté pour Hillary ? » L’historien Ian Buruma, qui cumule les motifs de discrédit aux yeux des populistes, étant d’origine européenne et professeur de « démocratie, droits de l’homme et journalisme » au Bard College de New York, estime que « tout mouvement qui prétend représenter « le peuple » est antidémocratique. Car « le peuple » n’existe pas. Une société se compose d’individus différents et de diverses classes sociales, dont les intérêts entrent parfois en contradiction. La raison d’être des institutions démocratiques est de résoudre ces conflits par des compromis pacifiques. » À la question de Marie Lemonnier sur les répliques prévisibles du séisme Trump chez nous, Ian Buruma répond que « les électeurs tentés par le FN se sentiront certainement encouragés par cette victoire, qui a fait la joie de Marine Le Pen ». Très consciente de l’histoire sombre du populisme de droite en Europe, « elle a poussé son père vers la sortie ». Avec la campagne ouvertement raciste du candidat républicain, « la droite européenne peut se sentir débarrassée de sa culpabilité historique. Et son populisme, paraître moins entaché par le passé nazi ou Vichy ». Pour Wendy Brown, politologue de Berkeley qui s’emploie à réfléchir au pouvoir moderne en s’appuyant sur les travaux de Marx et de Foucault, la « rationalité du néolibéralisme » réduit la société tout entière et la démocratie elle-même « à un marché, détruisant les valeurs fondamentales : la liberté, l’égalité ou encore la fraternité », qu’elle appelle aussi « l’inclusion politique ». Tous concurrents, avec des gagnants et des perdants, « nous ne sommes que des fragments de capital, un démos désintégré », la proie idéale des démagogues.

Par Jacques Munier

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