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Du jour au lendemain, la Nuit Debout

Post-démocratie

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À retrouver dans l'émission

Alors que les indignés de la place de la République tiennent debout jour après nuit, le débat sur la post-démocratie refait surface

Du jour au lendemain, la Nuit Debout
Du jour au lendemain, la Nuit Debout Crédits : Ian Langsdon - Maxppp

Le concept apparu au mitan des années 2000 dans le monde anglo-saxon désigne le stade exténué de la démocratie à l’ère du capitalisme globalisé. Son inventeur est un politologue britannique, Colin Crouch, qui l’a diffusé dans un livre paru en 2004 et publié dans notre langue en 2013 sous le titre Post-démocratie. Sonya Faure le résume ainsi dans les pages idées de Libération : « Derrière leur apparence démocratique – les élections ont bien lieu, la liberté d’expression et le pluralisme sont assurés, les partis politiques existent encore – nos sociétés ne donneraient plus aux citoyens la place qui leur revient. Les décisions sont prises ailleurs, par d’autres : au sein des lobbys, dans les grandes entreprises dont le lien avec les élites politiques s’est resserré ou dans les institutions supranationales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC). » La notion de post-démocratie reflète également un débat sur la gouvernance de nos sociétés hyper-évoluées parvenues à un stade de complexité que, selon certains, seuls des experts peuvent gérer. L’idée était à la base de l’institution des autorités indépendantes de l’Union européenne – la Cour de Justice, la Commission et la Banque centrale – aux mandats précis et techniques, dégagés de la politique et de ses enjeux nationaux, dans le but ultime de réaliser l’unité du continent. Mais l’ambition politique européenne n’a pas suivi, elle n’est pas parvenue à transformer l’essai, et l’Europe est aujourd’hui désignée comme l’incarnation parfaite de la post-démocratie. « La modernité a annihilé les grands récits et nous a fait basculer dans la postmodernité - observe Ahmet Insel. Le néolibéralisme a dépassionné les débats politiques : “There is no alternative”, assurait Margaret Thatcher. » L’économiste et politologue de l’université de Galatasaray étend d’ailleurs l’analyse : « A côté de la post-démocratie technocratique a émergé une post-démocratie autoritariste comme celle de Chavez au Venezuela, d’Orbán en Hongrie ou d’Erdogan en Turquie : ce sont des dirigeants élus et bien élus, mais une fois l’élection passée, ils considèrent que le peuple ne fait qu’un avec eux, qu’il les habite. L’ennemi, pour eux, c’est la séparation des pouvoirs. A l’autoritarisme soft des technocrates répond l’autoritarisme plus sanglant d’un Erdogan. »

À propos du gouvernement des experts une anecdote circule depuis les années 40 sur l’infaillibilité intermittente des économistes

C’est Jean-Marc Vittori qui la rapporte dans Les Échos : « les hauts fonctionnaires du Trésor britannique soutenaient qu’une réunion de cinq économistes débouchait invariablement sur cinq solutions différentes, et même six quand Keynes faisait partie du lot ». Harry Truman aurait même cherché à recruter un économiste manchot, lassé d’entendre ses experts lui dire « on one hand, and on the other hand » (d’un côté… et de l’autre). Alors qu’ils ne peuvent même pas s’accorder sur ce qu’est l’économie, comment pourraient-ils trancher dans l’ordre de la décision politique ? Jean-Marc Vittori cite le tweet malicieux d’Alexandre Delaigue. « Ce professeur confronte deux graphiques bâtis à partir des mêmes données. Le premier, publié par le rédacteur en chef du mensuel « Alternatives économiques », Guillaume Duval, établit qu’il n’y a aucun lien entre protection du marché du travail et chômage des jeunes. Le second, bâti par Eric Chaney, économiste en chef de l’assureur AXA, prouve au contraire qu’il y a une vraie corrélation. Qui croire ? » Conclusion : « Les travaux empiriques vont bien sûr permettre d’avancer, à condition de savoir les inscrire dans une perspective théorique cohérente. La science économique restera longtemps encore une science de débats. Et le politique devra trancher… ce qui est sa raison d’être. »

Dans L’Humanité Jean Rouaud fait de la micro-économie sociale. Il s’inquiète de ceux d’entre nous qui ont préparé l’accueil de réfugiés syriens qu’ils ne voient pas venir

« Moi président » avait promis d’en accueillir 30 000 sur deux ans, « ce qui est assez pingre, la Méditerranée se montre moins regardante, qui pendant ce temps en engloutit des milliers ». Relayant les attentes des nombreuses associations qui se sont démenées pour trouver des logements et les aménager, l’écrivain exhorte les autorités à respecter leurs maigres promesses d’accueil afin « qu’elles ne désespèrent pas le meilleur de ce pays ». Et puis aujourd’hui nouvelle manif contre la loi travail. « Jeudi, il pleuvait comme vache qui pisse – rappelle Luc Le Vaillant dans Libé. La troupe entière des corps de métier et des corps sans métier avait capelé ses cirés pour affronter la houle des pavés et montrer qu’il faut mouiller le maillot. Et c’était une bonne nouvelle que la vie réelle sache encore se crotter les croquenots et ne se contente pas des pétitions numériques à un million qui pourraient inciter à siester derrière son écran. » Voyons tout à l’heure « si cet enthousiasme amphibie prend l’eau ou tient la mer ».

Par Jacques Munier

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