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1926, course des porteurs de journaux : Suzanne Trébis, gagnante (catégorie dames)

Pour la presse

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Hommage à la grande presse, sa diversité, le contenu de ses analyses et la qualité de ses investigations...

1926, course des porteurs de journaux : Suzanne Trébis, gagnante (catégorie dames)
1926, course des porteurs de journaux : Suzanne Trébis, gagnante (catégorie dames) Crédits : Agence Rol - Maxppp

À son sujet, le ton est plus souvent critique mais sans elle nous en serions réduits à glaner les ragots et les rumeurs qui traînent sur le net. Je commencerai par célébrer sa vertu formatrice en évoquant le témoignage du sociologue américain Howard Becker sur le site AOC. L’auteur de Outsiders ou des Mondes de l’art y explique tout ce qu’il doit à la lecture assidue, depuis sa prime jeunesse, du célèbre magazine The New Yorker. À propos d’Edmund Wilson, le critique de livres, il souligne son goût pour des ouvrages « obscurs », « liés à la guerre de Sécession : des récits militaires, des lettres ou des journaux intimes de gens ordinaires qui avaient vécu la guerre dans de petites villes du Sud ou dans des plantations ».

Le New Yorker a ainsi contribué à m’orienter vers ce qui deviendrait mon propre parcours universitaire – la sociologie fondée sur le travail de terrain où il s’agit de côtoyer, en face-à-face, les personnes sur lesquelles vous allez écrire plutôt que de les étudier via un questionnaire ou autre instrument scientifique.

Howard Becker insiste aussi sur la qualité de l’écriture, érigée en principe éditorial, nourrie par de grandes signatures : Salinger, Nabokov, Philip Roth ou John Updike...

À chaque livraison hebdomadaire du New Yorker, je recevais des piqûres de rappel de « l’écriture sans fioritures ni formules » qui venaient contrecarrer ce à quoi m’exposaient régulièrement les publications professionnelles de sociologie.

L’auteur d’enquêtes sur les mondes de la musique et du jazz, (lui-même pianiste se produisant très jeune dans des clubs de strip-tease en remplacement des musiciens mobilisés à la Seconde Guerre mondiale), se rappelle l’influence du critique musical du New Yorker, notamment sa chronique sur le livre de Leonard Meyer, Émotion et signification en musique, où son impact émotionnel est décrit comme le résultat de conventions sociales, un accord mineur, par exemple, évoquant la tristesse.

En identifiant les éléments musicaux qui sonnaient « tristes » ou signifiaient la fin de quelque chose et, au-delà, tous les autres messages émotionnels, Meyer m’a fourni le lien dont j’avais besoin entre le langage musical et les idées sociologiques. 

En particulier la notion d’ « attentes partagées », « que les participants à des situations récurrentes négocient et renégocient d’instant en instant pour former le fondement de la coopération qui est la façon dont la vie se déroule de minute en minute ».

L’assassinat d’un journaliste

Sur le site En attendant Nadeau, Jean-Yves Potel rend compte du livre de l’écrivain et journaliste slovaque Arpad Soltèsz sur le meurtre du journaliste d’investigation Ján Kuciak et de sa compagne archéologue, conséquence dramatique de son enquête sur les liens entre le pouvoir politique, des oligarques véreux et une mafia italienne, des liens depuis lors avérés. Un récit qui montre l’envers de la Slovaquie d’aujourd’hui, publié sous le titre Le bal des porcs chez Agullo. 

Pas de psychologie, des comportements ; pas de suspense, la logique implacable des intérêts et des pseudo codes de l’honneur.

Confrère de Ján Kuciak, Arpád Soltész est aussi l’une des grandes figures du journalisme d’investigation en Slovaquie. « Quand il veut informer, prouver ou dénoncer, Soltész rédige des articles précis et inattaquables en justice - précise Jean-Yves Potel. Il est réputé pour le sérieux de son travail sur le crime organisé. » Là il suit sa pente ironique, dans le reflet de « l’atmosphère médiatique de son pays, et se présente en « prostitué de journaleux » qui « affabule comme un mécréant », non sans reconstituer « avec un réalisme effrayant les rapports de force, les parlers et les motivations » des voyous haut placés, tout endessinant « le portrait accablant d’une dégénérescence qui prit le nom de transition vers la démocratie ».

La bataille des idées

Sur le site de l’Acrimed, l’Observatoire critique des médias, Frédéric Lemaire s’entretient avec le philosophe Yohann Douet de la pensée de Gramsci sur la presse, lui qui commença sa lutte politique comme journaliste et fonda plusieurs journaux, dont l’Unità. C’est à travers l’analyse du pouvoir de l’information que se forge son concept d’hégémonie culturelle et politique. Dans ses Cahiers de prison il parle de « journalisme intégral », lequel ne cherche pas seulement à répondre aux besoins d’une information de qualité, « mais veut créer son public c’est-à-dire transformer ses lecteurs ».

Par Jacques Munier

« Gramsci analyse longuement le cas du Corriere della Serra, quotidien qui est aujourd’hui le plus lu d’Italie. Sans être exclusivement un journal d’opinion, puisqu’il offre aussi une information de qualité, ce journal édité à Milan est, à l’époque de Gramsci, lié aux industriels du textile du Nord. Il défend ainsi des positions politiques qui correspondent aux intérêts de cette fraction de la bourgeoisie (notamment le libre-échangisme, contre le protectionnisme en vigueur à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle et qui favorisait plutôt l’industrie lourde). Mais il traite également de problèmes fondamentaux de la structure sociale italienne dans son ensemble, comme les problèmes du Mezzogiorno (le Sud pauvre et dominé par le Nord), que les rédacteurs du Corriere souhaitent voir résoudre dans le sens d’une plus grande intégration et d’un plus grand équilibre entre le Nord et le Mezzogiorno. Ce journal élabore bien une ligne politique (opposée en l’occurrence à celle du gouvernement). En organisant le débat en son sein, ou en polémiquant contre d’autres journaux voire contre le gouvernement lui-même, un tel journal d’opinion permet ainsi une confrontation politique entre différentes fractions des classes dominantes, à l’issue de laquelle certains compromis peuvent se dessiner. » Yohann Douet, sur le site de l'Acrimed

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