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Michelle Perrot

Pour Michelle Perrot

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La dernière livraison de la revue Critique est consacrée à l’historienne Michelle Perrot.

Michelle Perrot
Michelle Perrot Crédits : Ulf Andersen - AFP

Pionnière de l’histoire des femmes et spécialiste reconnue de l’histoire ouvrière, elle a également contribué à la connaissance historique de la vie privée et de l’intime, comme en témoigne son Histoire de chambres. « Lire Michelle Perrot – résume l’édito de la revue – c’est entendre la voix des ouvriers, des femmes, des prisonniers », de tous ceux qui sont restés dans le silence de l’histoire. Joan Scott, l’historienne américaine dont le parcours est comparable au sien – du mouvement ouvrier français à l’histoire des femmes – lui rend hommage en ouverture, en évoquant son goût du langage : « J’aurais voulu vous le faire entendre – écrit-elle en effet dans Les Ouvriers en grève – en ces pages alourdies de citations, non pour donner mes preuves, mais pour faire goûter la saveur des mots. » Le livre, qui est issu de sa thèse, s’efforce d’entrer dans le vécu des grévistes : « La grève dépasse alors le jeu économique. Cri, fête, projet ou rêve, elle cesse d’être démarche raisonnée de producteurs, pour se muer en geste populaire, révolte globale aux significations multiples. » Dans le grand entretien qu’elle a accordé au mensuel Sciences Humaines, Michelle Perrot revient sur son parcours, et notamment sur ce « premier souvenir historique », une grève à l’été 1936, rue Saint-Denis, dans un atelier de confection : « des drapeaux, des jeunes femmes qui chantent et dansent au son de l’accordéon ». Elle se dit fascinée par la philosophe Simone Weil qui travaillait alors dans les usines Citroën et dont on peut rappeler les propos sur la grève des métallos : « Joie de parcourir librement ces ateliers où on était rivé sur sa machine, de former des groupes, de causer, de casser la croûte. Joie d’entendre, au lieu du fracas impitoyable des machines, de la musique, des chants et des rires. Joie de passer devant les chefs la tête haute… » Quoi qu’il en soit pour la suite, « on aura toujours eu ça : pour la première fois et pour toujours, il flottera autour de ces lourdes machines d’autres souvenirs que le silence, la contrainte, la soumission »*. Mais pour un témoignage lumineux, combien d’omissions dans les sources. Michelle Perrot constate que le « ils » au pluriel des archives dissimule souvent des femmes. D’où le projet d’une histoire qui leur donne voix au chapitre. Quand elle sollicite Joan Scott pour un article sur les ouvrières dans son Histoire des femmes en Occident, l’historienne américaine lui envoie une analyse du « regard porté sur les ouvrières par le patronat, par le syndicalisme, par l’économie politique, c’est-à-dire la façon dont le langage et les discours construisent un sujet ». Une manière de déconstruire « plus fine que la simple description que l’on faisait des femmes ».

On revient sur la méthode avec le dialogue avec Michel Foucault

Michelle Perrot adopte son principe critique de « l’histoire du présent », qui consiste à historiciser certaines catégories contemporaines tenues pour objectives et inamovibles comme la grève, qui se transforme au cours de l’histoire. L’autre débat avec Foucault porte sur la prison et sur ce qu’elle considère comme une thèse « intentionnaliste » : chez le philosophe, « la prison s’inscrit dans un ensemble de dispositifs de pouvoir et dessine un certain mode de gouvernement », résume Philippe Artières dans la revue Critique. Mais dans l’entretien qui clôt cette livraison où l’on peut retrouver Arlette Farge, François Dosse ou Pierre Birnbaum, l’historienne rappelle son engagement concret : visites, enseignement et conférences en milieu carcéral, et deux ouvrages – Délinquance et système pénitentiaire en France au XIXe siècle, et L'Impossible prison. Recherches sur le système pénitentiaire au XIXe siècle, collectif, Ed. Seuil, 1980.

DedansDehors, la revue de l’OIP, l’Observatoire international des prisons, consacre un dossier à « L’échec stupéfiant de la guerre à la drogue »

Lequel n’est pas propre à notre pays. Outre que cette vaine guerre « absorbe les moyens des forces de l’ordre, sature les tribunaux, favorise les inégalités sociales et raciales » et « enrichit les narcotrafiquants », elle remplit les prisons déjà combles sans effet notable : « nous avons le niveau d’expérimentation du cannabis chez les adolescents le plus élevé d’Europe », constate la sociologue Marie Jauffret-Roustide, qui enquête sur la politique de réduction des risques, notamment en prison. « Une politique pragmatique – résume-t-elle – qui s’efforce de mettre à distance le jugement moral sur la consommation de drogues et de s’intéresser plutôt aux risques liés à la consommation », en particulier sanitaires et sociaux s’agissant des drogues dures, risques épidémiologiques liés par exemple à l’échange des seringues. Les pays comme la Hollande qui ont opté pour cette politique ont obtenu des résultats, au prix d’une modification des lois prohibitionnistes qui s’avèrent être « un véritable obstacle à la réduction des risques ». Dans les années 80, rappelle la sociologue, l’arrivée du sida a marqué un tournant : « l’urgence n’était plus tant la lutte contre l’usage de drogues que limiter les risques associés aux consommations ». Mais la loi peine encore à évoluer pour consolider le dispositif.

Par Jacques Munier

* La Révolution prolétarienne du 10 juin 1936. Repris dans Simone Weil: Grèves et joie pure, Libertalia

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