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Pour René Girard

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René Girard
René Girard

En plein débat sur le rôle et la place des intellectuels dans l’espace public, la disparition de René Girard a quelque chose de fortement symbolique

C’est comme un signe supplémentaire de cette génération qui continue à nous hanter et n’a pas fini de délivrer ses messages. Foucault fait son entrée dans La Pléiade, en suscitant dans la presse le bilan et les perspectives ouvertes par son œuvre Le Seuil publie le cours de sociologie de Bourdieu au Collège de France, qui a rouvert dès hier le débat dans les colonnes de L’Humanité , avec notamment la contribution des sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, et dans le dossier de L’Obs consacré aux intellectuels engagés au présent avec les portraits d’une quinzaine d’entre eux, François Cusset, l’auteur de la « French Theory », nous explique que cette génération antérieure des dénommés maîtres à penser « appartenait à un espace public aujourd’hui révolu », englouti par le spectaculaire que dénonçait Debord, et qui a désormais gagné le terrain des idées. « La nouveauté – ajoute-t-il – c’est que l’on attache moins d’importance aux noms propres qu’aux concepts », et dans ce domaine des concepts nos prédécesseurs conservent une belle longueur d’avance… René Girard et sa théorie du bouc émissaire ou du « désir mimétique » l’illustre parfaitement.

Dans les pages Champs libres du Figaro Benoît Chantre, Olivier Rey et Jean-Luc Marion lui rendent hommage

Pour Olivier Rey, plutôt qu’avoir inventé un concept, René Girard a identifié un modèle, celui de l’origine de la violence. Le désir mimétique, dont on a découvert la base biologique et cérébrale dans les « neurones-miroirs », anime nos comportements sociaux guidés par la convoitise mais il comporte le danger de rivalités sans fin et des conflits qu’elles engendrent « au risque de pulvériser la société ». À moins que surgisse une solution : « la violence de tous contre tous se transforme en violence de tous contre un (ou contre un groupe donné) polarisant contre lui les ressentiments : la victime émissaire ». Son statut est ambigu puisqu’à la fois maléfique et bénéfique car c’est par son intermédiaire qu'au final la société est apaisée. Là résiderait l’origine des dieux et des rites sacrificiels, là aussi celle d’une structure anthropologique fondamentale et pérenne jusque dans nos sociétés contemporaines, même si René Girard s’en sert plutôt pour éclairer le sens du christianisme, né au sein d’une société en crise « dont les membres se rassemblent autour de la mise à mort d’une victime – le Christ –, qui se trouve ensuite divinisée ».

L’autre contribution importante à ce dossier du Figaro est celle du philosophe Jean-Luc Marion

Qui se demande si la lecture par René Girard de la mise à mort du Christ ne manquerait pas sa dimension essentiellement antisacrificielle. « Pourquoi ces désirs ne produisent pas une émulation positive ? Pourquoi et comment deux désirs peuvent se rencontrer ? » La réponse, pour lui, « se trouve peut-être chez Emmanuel Levinas qui considère que le visage devient le phénomène d’autrui » lequel vient inhiber la possibilité du meurtre. « On revient alors à Caïn et Abel – ajoute l’auteur de L’Idole et la distance – qui sont au centre de la problématique de la rivalité et qui illustrent le désir mimétique, mais aussi le visage dans un sens levinassien. » Une question qui, sans remettre en cause la valeur et la portée de la découverte de René Girard, signale l’absence d’un dialogue avec Levinas sur ce phénomène antérieur à la rivalité mimétique : celui du visage de l’autre.

« Un texte sacré n’a pas fini de parler tant que son dernier lecteur n’est pas arrivé », affirme Delphine Horvilleur, rabbin et jeune mère de famille dans les pages Idées de Libération

René Girard aurait cautionné sans réserve une telle assertion. Contre le fondamentalisme qui n’autorise qu’une seule lecture du texte, comme s’il avait dit son dernier mot dès le départ, elle invite à dégager les perspectives ouvertes par une relecture contemporaine, en particulier sur le thème de l’identité, phénomène mimétique par excellence. « À partir du moment où elle dit le tout de mon être », elle vient appuyer les replis identitaires dont souffrent nos sociétés aveugles.

Jacques Munier

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