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Fin du ramadan, Grenoble

Pratiquer l’islam en France

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À retrouver dans l'émission

Une enquête menée par l'IFOP à la demande de l'Institut Montaigne livre une radiographie des musulmans de France.

Fin du ramadan, Grenoble
Fin du ramadan, Grenoble Crédits : Marc GREINER - Maxppp

Le Monde en analyse les résultats, qui font « apparaître des réalités derrière les controverses et les conjectures qui ont envahi le débat public » prévient Cécile Chambraud. À commencer par « l'ampleur de l'adhésion (28 %) à un islam d'affirmation, critique de la laïcité, d'abord soucieux de la loi religieuse », qualifié de " fondamentaliste " et de " sécessionniste ". « Si la majorité des musulmans ne s'y reconnait pas, la moitié des 15-25 ans se range dans cette catégorie. Il s'agit donc d'une tendance générationnelle lourde – souligne la journaliste – dans un paysage religieux par ailleurs très différencié ». Car « cette population est plus jeune que la moyenne (avec une moyenne d'âge de 35,8 ans contre 53 ans pour les chrétiens et 43,5 ans pour les sans religion), au point que la part des musulmans monte à 10 % chez les 15-25 ans. Française de naissance à 50 %, et par acquisition de la nationalité à 24 %, elle est surreprésentée chez les ouvriers et les inactifs non retraités (parmi lesquels les lycéens, étudiants, jeunes à la recherche d'un premier emploi) et sous-représentée dans les classes supérieures du salariat. « En dépit de cette origine sociale défavorisée, elle approche la moyenne nationale en termes de niveau de diplôme, même si une fraction importante (40 %) demeure sans diplôme ou avec un niveau inférieur au bac. » Comme l’indiquait déjà l’enquête « Trajectoires et origines » réalisée en 2008-2009 par l’Ined et l’Insee, son rapport à la religion est plus intense que chez les catholiques ou les protestants, mais autant que chez les juifs* et « deux éléments apparaissent comme de véritables marqueurs de l'identité musulmane, pratiquante ou non, tant ils sont partagés. Il s'agit d'abord de la viande halal, consommée exclusivement par 70 % d'entre eux et occasionnellement par 22 % » ce qui « conduit huit musulmans sur dix à estimer que les enfants devraient pouvoir manger halal à l'école ». L'autre marqueur est le voile. 65 % des musulmans s’y disent favorables et 24 % au port du voile intégral **, où l’on retrouve cette minorité opposée à la conception française de la laïcité, que le rapport de l'Institut Montaigne qualifie de « sécessionniste » et pour laquelle l'islam est un moyen « de s'affirmer en marge de la société », une minorité très représentée dans la jeune génération. Reste cette « majorité silencieuse » qui « s'inscrit dans un système de valeur et dans une pratique religieuse qui s'insèrent sans heurts dans le corpus républicain », deux tiers de l'échantillon jugeant que la laïcité permet de vivre librement sa religion. Mais c’est « la signification et la portée sociale de cet islam identitaire des jeunes générations, cette sorte de " nouvelle fierté islamique " dont parle l'Institut Montaigne, qui est aujourd'hui au cœur des interrogations ».

Et ces interrogations vont s’avérer évidemment clivantes…

Pour Frédéric Saint Clair sur le site Figarovox, l’enquête fait « l’effet d’une bombe ». « Les chiffres révèlent une sociologie de l'islam en France que beaucoup d'idéologues préféraient nier car ils mettent à mal leur désir de construction d'une société multiculturelle apaisée. » Verre à moitié vide ou plutôt au tiers plein, la proportion de musulmans qui estiment « que la loi islamique, la charia, est plus importante que la loi de la République » assènerait « une gifle à tous les idéologues qui accablent les ondes de leurs discours lénifiants ». Renvoyant dos à dos les « hérauts de l’intégration et du multiculturalisme », l’analyste en stratégie et communication politique invite nos dirigeants « à reconsidérer à la fois leur modèle d'intégration, manifestement en échec, et leurs politiques d'immigration », en oubliant que 50% des musulmans sont nés français.

Dans les pages idées de Libération des enseignants montrent que l’attention portée au « fait religieux » peut éduquer à la tolérance

Sébastien Urbanski évoque le rapport Debray de 2002 qui insiste sur « la recherche, à travers l’universalité du sacré, d’un fonds de valeurs fédératrices ». Pour l’auteur de l’Enseignement du fait religieux, qui vient de sortir aux PUF, « il s’agit d’aborder les débuts du christianisme non par le personnage de Jésus, mais par les croyances ultérieures – celles des chrétiens qui se diffusent au Ier siècle. Concernant l’islam, il s’agit de montrer sa diversité interne, l’intérêt réel qui se développe entre penseurs chrétiens et musulmans à l’époque des croisades ». Un collectif d’enseignants de Seine-Saint-Denis apporte un précieux témoignage de terrain et une réflexion salutaire. Au cours d’une visite de la Basilique Saint-Denis, deux élèves refusent d’entrer. Passe une femme voilée qui leur explique que leur religion n’a jamais empêché d’entrer dans une église, et qu’ils devraient se réjouir d’avoir la possibilité de découvrir de tels lieux grâce à l’école. « Face au refus des élèves, aurait-il fallu hurler à l’atteinte à la laïcité, au renfermement communautaire, au refus de la culture de l’autre ? Non. Car la réaction de ces jeunes témoigne d’une méconnaissance de la séparation entre l’usage cultuel, celui des croyants, et l’usage culturel d’un lieu de culte. »

Par Jacques Munier

* 49 % des musulmans disent que la religion joue un rôle très important dans leur vie, contre 9 % des catholiques, ce qui ne les amène pas forcément à vivre dans des cercles affinitaires et communautariens. Les musulmans ont dans 60 % des cas principalement des amis d’origines ou de religions variées (ou sans religion), soit davantage que les catholiques.

** Les femmes étant un peu plus nombreuses dans les deux cas, même si deux tiers d’entre elles disent ne pas porter le voile, tandis que 35 % le portent, soit toujours (23 %), soit en dehors de leur lieu de travail ou d'étude (7 %), soit rarement (5 %).

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