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Tunis, 5e anniversaire de la révolution de 2011

Printemps arabes

5 min
À retrouver dans l'émission

Dix ans après les Printemps arabes, la demande de justice sociale et de démocratie perdure dans les pays qui les ont vu naître.

Tunis, 5e anniversaire de la révolution de 2011
Tunis, 5e anniversaire de la révolution de 2011 Crédits : AFP

C’est que, mis à part la Tunisie, ces mouvements n’ont pas abouti à de véritables transformations, voire ont sombré dans la guerre civile. L’hebdomadaire Le 1 revient sur cette histoire de « révolution confisquée ». Asef Bayat évoque une faiblesse constitutive, due à l’absence de projet clair. Le sociologue est l’auteur d’un ouvrage non encore traduit, dont le titre résume le problème - Une révolution sans révolutionnaires. Il décrit une mobilisation pour changer la vie, mais sans dirigeants ni « vision claire d’un ordre social alternatif et de la façon d’y parvenir ». Leurs protagonistes « n’ont montré que peu d’intérêt pour la construction d’une organisation et pour le leadership dans ses formes traditionnelles ».

Ils pensaient et espéraient que leur mobilisation populaire contraindrait les régimes à se réformer dans un sens démocratique. Mais la plupart de ces régimes, malgré quelques belles paroles, ont refusé d’entreprendre de véritables réformes en matière de gouvernance et d’économie.

Une soif de justice sociale

L’autre défaut structurel provient selon lui d’un décalage persistant au sein de ces mouvements entre les élites et les classes populaires, qui « imaginaient la révolution autrement que la frange politique qui s’est mise à parler au nom de la révolution. Elles imaginaient un nouvel ordre des choses qui changerait leur vie. » Et mettrait fin à leur « marginalisation économique », aux « terribles disparités de classe et régionales ». Cette soif très forte de justice sociale « s’exprimait essentiellement chez les urbains pauvres, les ruraux marginalisés et dans la classe moyenne pauvre, y compris les jeunes diplômés sans emploi ». Pour y répondre, il fallait repenser radicalement l’économie et adopter « une vision qui remette en cause le modèle néolibéral, que la classe politique tenait largement pour acquis ».

C’est en ce sens-là que les soulèvements arabes étaient des révolutions sans idées révolutionnaires.

Et c’est pourquoi « la justice sociale est restée l’aspiration la plus inassouvie de ces soulèvements », raison pour laquelle ils renaissent aujourd’hui au Maroc, au Soudan, en Algérie, en Irak ou au Liban, dans la continuité des Printemps arabes, et la référence partagée à cette histoire récente.

Révolution et barbarie

À retrouver dans ce numéro le témoignage de Samar Yazbek, qui a pris part dès le début à la révolution syrienne, avant d’être contrainte à l’exil.

La sauvagerie de la répression que nous avons subie pour des manifestations pacifiques dépasse l’imagination et les bouleversements qui ont suivi ont été si rapides et d’une telle brutalité qu’ils ne nous ont pas laissé réfléchir à ce que nous pouvions faire. Nous nous contentions d’encaisser la violence et d’essayer de raccommoder nos vies.

L’écrivaine avoue penser « sans arrêt à cette Syrie que nous avons rêvée libre, unie, indépendante et démocratique », et qui est aujourd’hui « morcelée, écharpée et occupée par des forces russes, turques, iraniennes, américaines, djihadistes ».

"L'université des murmures"

Omar Alshogre a également subi la férocité de la répression du Printemps syrien, alors qu’il n’avait que 15 ans. Dans La Croix L’Hebdo il revient sur la prison, la torture, la faim et la mort de ses proches dans les geôles syriennes *. Lui qui vient d’être admis à l’université de Georgetown, à Washington, se souvient de la solidarité entre détenus : « il y avait des docteurs, qui m’ont appris à prendre soin de mes plaies, et des psychologues, qui m’ont enseigné comment m’adapter à la torture ». Tout cela en chuchotant, à l’insu des bourreaux : c’est ce qu’il appelle son « université des murmures ». Aujourd’hui, il ne cesse de témoigner, en particulier auprès des juges d’instruction européens qui enquêtent sur les crimes commis en Syrie.

Les crimes que l’on tait

Le site d’information Les Jours poursuit son enquête au long cours sur le procès de Coblence, en Allemagne, où l’ancien colonel des renseignements syriens Anwar Raslan est jugé pour crimes contre l’humanité, aux côtés du sergent Eyad Al-Gharib. Au chapitre 14, c’est notamment le recours systématique aux violences sexuelles par le régime de Damas qui est abordé. Lena Bjurström, l’auteure de l’enquête, prévient lectrices et lecteurs : cet épisode contient des scènes violentes.

Les violences sexuelles ne sont pas des incidents isolés. Ce sont des instruments de répression au même titre que la torture. (Me Patrick Kroker, représentant plusieurs victimes parties civiles au procès)

Joumana Seif, juriste et activiste syrienne, cofondatrice du Syrian Women’s Network souligne qu’en Syrie « une femme qui a été détenue est toujours soupçonnée d’avoir été violée ». Un stigmate déshonorant qui isole la victime et l’enferme dans le silence. Les bourreaux le savent bien.

Par Jacques Munier

* Omar Alshogre : Raconter son histoire est ce qui lui a permis de tenir bon à son arrivée en exil en Suède en 2015. Au début, il gardait le silence, songeant que personne ne pourrait comprendre ce qu’il avait vécu. « Mais j’ai compris que si je ne témoignais pas, ça me tuerait de l’intérieur. » Emmanuel Haddad La Croix

"Selon le Réseau syrien des droits de l’homme (SNHR), quelque 215 000 personnes ont été détenues depuis le début du conflit, dont près de 90 % par le régime de Bachar Al Assad. En août 2020, 150 000 d’entre elles étaient toujours disparues ou détenues, dont 130 758 par la Syrie et 8 648 par Daech. Avec le risque de contagion lié à la pandémie de coronavirus, le régime syrien a annoncé une amnistie en mars dernier, dont seulement une centaine de prisonniers de droit commun ont bénéficié, d’après les ONG de défense des droits humains." La Croix

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Pendant une année, Justine Augier fait l’aller-retour entre Paris, où elle habite pour la première fois depuis la fin de ses études, et Berlin où elle rend visite à Yassin al-Haj Saleh, un des esprits les plus libres et les plus lucides de la dissidence contre le régime d’Al-Assad, pour remonter avec lui le fil de sa vie syrienne, de son exil forcé, d’une histoire personnelle intimement tressée à celle, violente, de son pays (seize années dans les prisons du père avant de rejoindre la révolution contre le fils). Présentation de l'éditeur

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