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Les Baumettes

Prisons françaises

4 min
À retrouver dans l'émission

« Des juges trop laxistes », dénoncent les policiers en colère, non sans arrière-pensées politiques

Les Baumettes
Les Baumettes Crédits : Valérie Vrel - Maxppp

Faut-il rappeler qu’en trente ans la population carcérale a doublé, ce qui ne reflète en rien les statistiques de la criminalité, stables voire en baisse pour les crimes les plus graves ? Le ministre de la justice l’explique dans le rapport qu’il a consacré à la surpopulation dans les prisons : cet accroissement continu de la population pénale est lié à « la suppression des lois d’amnistie », ainsi qu’au « durcissement de la législation pénale depuis de nombreuses années » qui s’est « accompagné d’une sévérité accrue des décisions de justice ». Au terme d’une enquête de trois ans menée auprès des détenus et des surveillants dans les prisons de Fleury-Mérogis, Fresnes, Lille et Saint-Maur, le sociologue Farhad Khosrokhavar publie chez Robert Laffont Prisons de France. Violence, radicalisation, déshumanisation : quand surveillants et détenus parlent. Le tableau est éloquent : la prison française est un condensé des discriminations et de la violence sociale qu’on peut observer à ciel ouvert. Dans Le Monde Jean-Baptiste Jacquin pose la question de la surreprésentation des jeunes issus de l’immigration dans la population carcérale, sujet tabou dans notre pays contrairement aux États Unis, où les chercheurs peuvent enquêter sur les raisons de l’écrasante proportion des noirs en prison. « La politique pénale serait socialement discriminante – écrit-il. La demande sociale, et donc politique, pour la répression de la délinquance de rue (vols à l'arraché, violences, trafics de stupéfiants) est plus forte que pour la répression de la délinquance en col blanc. La volonté d'accélérer la réponse pénale pour les petits délits qui ne nécessitent pas d'investigation longue s'est traduite par un durcissement de la justice. Les procureurs, notamment évalués sur leur capacité à traiter rapidement les affaires, orientent de plus en plus de dossiers vers les comparutions immédiates. Or, ces procédures débouchent le plus souvent sur des peines de prison. » À l’origine, il s’agit donc bien d’une question sociale. « On ethnicise les choses pour occulter le facteur social », affirme Laurent Mucchielli, qui a étudié 489 comparutions immédiates au tribunal de Nice entre 2012 et 2013 (Délinquances, police, justice. Enquêtes à Marseille et en région PACA, avec Emilie Raquet, Presses universitaires AMU, 2016). D’où la question lancinante de l’islam en prison, à laquelle Farhad Khosrokhavar accorde une large place dans son livre. Le spécialiste du jihadisme a recueilli les témoignages de centaines de détenus : « L’islam peut faire partie de l’expression de la révolte en étant un élément de socialisation en prison : je ne suis ni français ni arabe, mais je fais partie d’une communauté qui a une identité universelle. » Et d’observer que « les conditions sociales se culturalisent, se confessionnalisent et s’autonomisent par rapport à leur condition d’émergence ». Ce qui n’enlève rien au problème posé par le risque de radicalisation en détention. D’autant que, constate-t-il, « en raison du vide idéologique, il n’y a plus guère que le djihad sur le marché de la révolte ».

Dans l’entretien qu’il a donné à L’Obs, Farhad Khosrokhavar évoque la culture carcérale, les relations instables entre détenus et surveillants, l’influence des caïds et des islamistes

Lesquels sont en concurrence au palmarès : braqueurs ou salafistes, ils se disputent le podium. Mais à l’ombre des cellules un bon tiers des détenus souffre simplement de problèmes psychiatriques. Prison ou asile, la question est relancée : si l’on a fermé tant d’hôpitaux ces dernières années, c’est peut-être aussi parce qu’un lit coûte 1000 euros en milieu hospitalier contre 100 euros en maison d’arrêt. « La prison est le point aveugle de notre démocratie – conclut le sociologue. Sa suppression est impossible, sauf à créer une société de surveillance généralisée ou de vendetta. Il faut donc travailler à atténuer sa déshumanisation au lieu de faire prévaloir la logique de pénurie, mais aussi remettre en question la politique du tout-répressif et du tout-carcéral. »

C’est à cette tâche que s’emploient les bénévoles du Genepi, (l’acronyme du Groupement Etudiant National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées)

Née dans la foulée du GIP, le groupe d’information sur les prisons lancé par Michel Foucault, l’association publie la revue Passe murailles, dont la dernière livraison est consacrée à la résistance en milieu carcéral. Intervenante à Nanterre, Sophie Malliarakis témoigne de l’entreprise de dépersonnalisation à l’œuvre dans l’univers carcéral. L’incarcération – a-t-elle observé – est conçue par la justice « comme une réponse à une personnalité et non plus à un acte ». Toute tentative de résistance « au statut d’homme-écrou » est donc perçue comme « le signe d’une potentielle récidive ». D’où une résistance qui peut s’exprimer contre les règles, mais aussi « à l’encontre de soi-même ».

Par Jacques Munier

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