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Que reste-t-il de la politique?

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Régis Debray
Régis Debray Crédits : Radio France

Quoiqu’en pense Régis Debray, la politique est toujours bien présente, en particulier dans les pages Idées de nos quotidiens

Régis Debray qui répond dans Le Point à une question sur son dernier livre, présenté comme « un adieu à la politique » : « et si c’était la politique qui nous disait adieu ? » « L’utopie libérale espérait que la Carte bleue gomme les cartes d’identité, en réalité, elle les fait sortir au grand jour. » Dans le grand entretien qu’il a accordé à l’hebdomadaire, il déploie sa vision grand-angle sur l’état du monde. La mondialisation, une nouvelle espérance ? « Les marchandises circulent mieux, les signes et les images aussi, vive la Toile et le conteneur. Mais, du même coup, les traditions, les cultures et les religions se côtoient bien davantage, se frottent l’une contre l’autre et cela fait de l’irritation et de l’inflammation aux jointures. Des réactions allergiques et donc des replis, des paniques identitaires çà et là. La mondialisation techno-économique fomente une balkanisation politico-culturelle. » Car, ajoute-t-il « plus les outillages progressent, plus les imaginaires régressent ». Aujourd’hui, « on remonte de l’État à l’ethnie », « l’archaïsme, ce n’est pas le révolu, c’est le refoulé. » Question : « La gauche a-t-elle perdu la bataille des idées ? » Réponse : « la partie, c’est vrai est devenue difficile. Car ce sont au fond les idées elles-mêmes qui ne tiennent plus devant les images. » Et « Une gauche ton sur ton, qui ne tranche en rien et sur rien, sauf sur le cannabis et le mariage pour tous n’a plus vraiment de raison d’être. » Reste la laïcité, dans ce naufrage annoncé : « Cela ne donne pas une raison de vivre, ce n’est pas la religion des sans-religion, mais ça permet, c’est déjà beaucoup, de respirer côte à côte sans s’entretuer. »

Le Monde pose la question à la une : « les polémistes vont-ils prendre la place des hommes politiques ? » et dans les pages Débats on peut lire les tribunes de Romain Goupil, Jean-François Kahn et Geoffroy de Lagasnerie, avec Edouard Louis

Ces deux-là s’entendent à « occuper l’espace public »… « Ils ne parlent – disent-ils en désignant les idéologues du repli – que de nation, de peuple, de souveraineté ou d'identité nationale, de désagrégation. Nous voulons parler de classes, d'exploitation, de violence, de répression, de domination. » Ils estiment que « la raréfaction de la parole critique s'explique aussi par les campagnes de diffamation dont les grandes figures intellectuelles ont été l'objet depuis les années 1980 » et que règne aujourd’hui chez les intellectuels progressistes une « injonction de dépolitisation ». Et plaident pour un sursaut : « Faire l'expérience de la politique, pour la plupart d'entre nous, désormais, c'est faire l'expérience de l'impuissance. »

Paradoxalement, pour Dominique Moïsi, qui évoque dans Les Échos le cas de l’Angleterre, « l’élection du nouveau leader travailliste anglais est le symbole de la défiance croissante des peuples vis à vis de leurs élites ». Jeremy Corbyn, dont on ne sait pas s’il s’inclinera devant la reine et s’il acceptera « de porter un habit dans les dîners d’État auxquels, en tant que chef de l’opposition, il sera désormais convié », ne sort ni de Cambridge ni d’Oxford et n’a même pas terminé ses études, ayant commencé très tôt une carrière de syndicaliste. Selon l’éditorialiste, professeur au King’s College, il « est le produit direct de cette déception profonde à l’égard du politique et des politiques qui va bien au-delà du Parti travailliste ». Car « contrairement à Joshka

Fisher ou Daniel Cohn-Bendit, cet enfant de 68 n’est jamais revenu au réel ». Quelle sera l’étendue de son influence lors du référendum sur l’Europe, qui devrait avoir lieu dans un an ? On peut tabler sur le pragmatisme des Britanniques : « L’Europe ne les séduit guère, mais la quitter peut apparaître à leurs yeux comme une prise de risque excessive. » Et tout compte fait, « si l’on se place sur le plan des valeurs, comme vient de le faire François Hollande, la Grande-Bretagne en dépit de la faiblesse de ses réponses sur la question des réfugiés, est infiniment plus européenne que ne peut l’être un pays comme la Hongrie. »

Jacques Munier

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