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Quel avenir pour la Turquie?

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Istanbul, 28 octobre
Istanbul, 28 octobre Crédits : Osman Orsal - Reuters

Les journaux allongent ou marquent le pas – c’est selon – en prévision de la pause du 11 novembre, et une grève du syndicat du livre oblige les éditions papier à ne paraître qu’en version numérique

On dira que c’est dialectique et ça n’empêche pas L’Humanité d’apporter sa contribution au débat sur le réchauffement climatique, en rappelant notamment le caractère précurseur de la position de Marx à cet égard. Comme le rappellent Roland Charlionet et Luc Foulquier dans les pages Débats&Controverses, l’auteur du Capital n’a pas cessé de « combattre toute rupture entre l’homme et la nature ». « La nature est le corps non-organique de l’homme » affirme-t-il dans les Manuscrits de 1844 et aussi : « Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne signifie pas autre chose (…) que la nature est indissolublement liée à elle-même, car l’homme est une partie de la nature. » C’est pourquoi les ressources indispensables à la vie et au développement de la société doivent être équitablement partagées comme des biens communs, gérés démocratiquement et non accaparés comme sources de profits par le capitalisme qui n’engendre que conflits locaux et mondiaux pour s’en assurer le contrôle. Dans la foulée du sociologue américain John Bellamy Foster, ils récusent l’idée selon laquelle Marx et le marxisme se situeraient du côté d’une modernité prométhéenne et uniquement productiviste. Dans son livre publié en 2011 aux éditions Amsterdam sous le titre Marx écologiste, il soutient, textes à l’appui, que « Marx n’a jamais cessé de penser ensemble l’histoire naturelle et l’histoire humaine, dans une perspective qui préfigure les théories les plus contemporaines de la « coévolution », et qu’il a offert à la postérité une des critiques les plus vigoureuses de la rupture par le capitalisme de « l’interaction métabolique » entre la nature et les sociétés humaines. » Marx, le retour – qui l’eût cru – sur le terrain des défenseurs des pinsons… Dans les pages Idées de Libération , Dominique Méda invite quant à elle à rompre avec la vision productiviste de l’économie et les conceptions qui, « de la Genèse à Descartes » font que « la puissance humaine semble légitimée à avoir une emprise sur la planète ».

Et en guise d’ouverture à notre débat du jour sur les frontières, le philosophe Olivier Abel revient dans les pages Forum de La Croix sur la victoire d’Erdogan aux dernières élections turques et le message qu’elle adresse à l’Europe

« Erdogan a fait la synthèse monstrueuse du kémalisme et de l’islamisme, il a repris exactement les mêmes méthodes auxquelles il s’était jadis opposé » observe-t-il : presse muselée, terreur instaurée « pour ramener dans ses bras la majorité apeurée ». « Il n’a pas peur, comme au bon vieux temps des coups d’État, de manipuler des réseaux extrémistes, ni d’utiliser sa police et son armée pour occuper son propre territoire. » Le philosophe déplore que L’Europe n’ait « pas compris ni entendu ce qu’était jadis le désir d’Europe dans un pays qui n’avait pas « besoin » d’elle, elle n’a pas pris sa dimension politique ni culturelle, elle n’a favorisé aucun débat sur les fins : elle a tout réduit à une accumulation de moyens, à une ingénierie de standards et de normes, à un management de projets à court terme. Elle a été incapable d’inventer une nouvelle forme de rapport à sa propre frontière (et donc d’inventer une nouvelle forme de Constitution) : elle préfère sous-traiter à des pays comme la Turquie, l’Égypte, le Maroc, la fonction de garder la frontière contre les hordes de réfugiés et éventuellement d’ennemis qui pourraient assaillir son statu quo. »

« Au tournant du millénaire, conclut Olivier Abel, on voyait le courage du Bosphore, je veux dire de la ville frontière travaillant à l’échange des flux entre le nord et le sud, entre l’est et l’ouest. Nous avons cru à une évolution profonde de la société turque, travaillée jusque dans sa mémoire enfin émancipée de l’histoire officielle.» La victoire d’Erdogan, avec la prime à la violence qu’elle instaure, n’augure rien de bon pour l’avenir de la Turquie.

Jacques Munier

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