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Quelle place pour l’islam en France ?

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À retrouver dans l'émission

Une bonne raison de se réjouir pour ceux que les communicants appellent les « relais d’opinion » – journalistes, éditorialistes et autres chroniqueurs – dans les pages Forum de La Croix.

Tout effort d’information et de pédagogie citoyenne n’est pas vain… Brice Teinturier, pointe une évolution notable dans l’opinion des Français à l’égard de la crise migratoire. Caractérisée « depuis longtemps par une grande défiance à l’égard de l’autre en général et des étrangers en particulier », la société française fait preuve d’une frilosité, d’une angoisse du déclin, d’un sentiment de déclassement et « d’insécurité culturelle » plus élevés qu’ailleurs. Dans ces conditions comment s’étonner qu’au mois de juillet on aie mesuré « une proportion massive de Français (73 %) qui considérait que « même si la situation des migrants est dramatique, la France n’a pas les moyens de les accueillir », le clivage gauche-droite jouant ici à plein : 52 % chez les sympathisants de gauche, 60 % chez les sympathisants UDI, 84 % chez les sympathisants LR et 100 % chez les sympathisants FN. » Or, le directeur de l’institut de sondages Ipsos observe aujourd’hui une évolution significative de 8 à 15 points selon les sources. Environ 1 Français sur 2 approuverait l’accueil sur notre territoire de 24 000 réfugiés. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : l’attitude de l’Allemagne, le choc produit par la photo du petit Aylan, le rôle de l’exécutif, qui « a semblé trouver le bon curseur entre humanité et responsabilité »… Mais sans doute aussi, et peut-être surtout, l’importance du débat public, animé par les politiques et les médias, les autorités morales et religieuses, ou encore les intellectuels et leur expertise – comme en témoignent dans les mêmes pages du quotidien les deux contributions de l’historien Denis Peschanski, qui dénonce la récurrence des déplacements forcés de population et des massacres de masse, ou de la sociologue, spécialiste des migrations, Catherine Wihtol de Wenden qui évoque la crise actuelle en Europe comme le plus grand mouvement de réfugiés depuis 1945.

Ces débats auront aussi été l’occasion, une fois encore, de favoriser la découverte de la diversité dans notre pays. Comme disait Michel de Certeau, pour qu’il y ait un « nous », il faut qu’il y ait des « autres »…

C’est le sens de la démarche de Jean-Pierre Filiu qui dans son dernier livre « Les Arabes, leur destin et le nôtre », remonte au temps de la Nahda, les Lumières arabes au XIXème siècle, pour retracer une histoire largem cv ent commune, même si elle fut souvent violente. C’est ce qu’il explique à Aude Lancelin dans les pages Débats de L’Obs : « La Nahda, la révolte arabe, les luttes pour l’indépendance et les combats contre les dictatures ont fusionné dans la vague de fond de 2011. » Et Pierre Manent plaide dans Le Point pour « un compromis avec les musulmans ». « Le contrat implicite passé entre notre pays et ses immigrés n’inclut pas le renoncement de ceux-ci à leurs mœurs propres, sauf celles qui sont incompatibles avec notre forme de vie, ce qui est le cas de la polygamie et du voile intégral. » Mais – ajoute-t-il « je ne parviens pas à voir un enjeu principal dans la composition des repas à la cantine ». Le disciple de Raymond Aron, qui estime que « la laïcité que l’on propose aux musulmans vise à neutraliser la religion dans l’espace social » et qui constate « l’inefficacité des politiques suivies jusqu’ici », avance dans un livre à paraître le 8 octobre l’idée audacieuse d’un parti politique musulman, afin de faire participer cette communauté à la vie nationale et « d’aider à déployer la variété d’opinions », plutôt que de s’isoler et se taire, laissant la voie libre aux expressions les plus radicales du communautarisme islamiste. « Pierre Manent serait-il devenu un personnage du « Soumission » de Michel Houellebecq » se demande Pascal Bruckner dans les même pages, considérant que ses thèses reflètent un profond défaitisme et qu’il règle ses comptes avec une Europe déchristianisée. Le débat est ouvert, on peut le prolonger dans L’Humanité , qui publie les échanges entre la sociologue Nilüfer Göle, auteure d’un livre éclairant sur les « Musulmans au quotidien, une enquête européenne sur les controverses de l’islam », le psychanalyste Fethi Benslama, auteur de « La guerre des subjectivités en Islam », et l’islamologue Ghaleb Bencheikh.

À retrouver sur franceculture.fr

Nilüfer Göle : Musulmans au quotidien. Une enquête européenne sur les controverses autour de l’islam (La Découverte)

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-musulmans-au-quotidien-revue-commentaire-2015-04-27

Fethi Benslama : La guerre des subjectivités en islam (Lignes)

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-la-guerre-des-subjectivites-en-islam-revue-sociologie-2014-05-1

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