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Baccalauréat: l'épreuve de philo

Quelques sujets de philo

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Hier c’était l’épreuve de philo du bac. Dans les pages Débats de La Croix, deux philosophes ont planché sur l’un des sujets : « Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? »

Baccalauréat: l'épreuve de philo
Baccalauréat: l'épreuve de philo Crédits : Denis Sollier - Maxppp

Réduire la justice au droit semble insatisfaisant à Céline Spector car « la diversité des lois et des coutumes témoigne des interprétations variables de l’idée de justice ». « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », disait Pascal. On voit bien tout ce qui sépare l’idéal de justice de ces lois contingentes, conditionnées par la géographie ou l’histoire, l’arbitraire du législateur, ses préjugés ou ses passions, comme on peut le voir en ce moment même avec la surenchère pathétique déclenchée à chaud par le double assassinat de Magnanville. La justice pourrait même en fin de compte « n’être que l’effet de la volonté des puissants, désireux de favoriser leur intérêt particulier plutôt que de promouvoir le bien commun ». La question amène donc à « s’interroger sur la nature de la justice, au-delà des normes culturelles et sociales », et elle conduit tout naturellement à l’idée d’un « droit naturel », comme on disait au siècle des Lumières, ou d’un droit international aujourd’hui, ou encore à celle d’un horizon universel de justice pour l’humanité, au-delà de sa diversité. Mais de nos jours l’universalité des droits de l’homme est combattue par des pays comme l’Iran, la Chine ou la Russie, au nom de la « diversité culturelle ». À seule fin de justifier l’absence de démocratie, les inégalités, la domination masculine… « La justice est sans doute la seule aspiration à l’idéal qui nous reste », insiste quant à elle Fabienne Brugère. Et le respect de la loi est toujours comme débordé par une aspiration diffuse : « le souci de justice, ce rapport intime à la justice que nous pouvons porter en nous et qui pousse à la révolte contre l’inacceptable au nom d’une conception de l’humanité ».

C’est notamment le cas de la justice sociale, qui est l’objet d’âpres débats, aujourd’hui même, au Parlement et dans la rue

« L’idée de résister se perd – déplore Slavoj Zizek – il ne reste plus que la colère. » Le philosophe, qui publie chez Fayard La nouvelle lutte des classes, explique dans Les InRocKuptibles qu’il ne fait pas là « allusion à la vieille notion d’antagonisme entre les prolétaires et les bourgeois ». Mais qu’il se réfère à une « nouvelle frontière » apparue dans le cadre de la mondialisation, entre ceux qui en profitent et les autres. « Peter Sloterdijk – dit-il – a proposé une métaphore de la mondialisation et de son inévitable caractère exclusif. Il la compare à une "serre", un monde intérieur dont les limites invisibles sont quasiment infranchissables de l’extérieur. Il y a d’un côté les "gagnants" et de l’autre les perdants ». Dans ce contexte, « la tâche consiste à construire des ponts entre notre classe ouvrière et la leur, les invitant à rejoindre la lutte pour la solidarité – écrit le Slovène dans son livre sous-titré Les vraies causes des réfugiés et du terrorisme. Sans cette unité, la lutte des classes proprement dite régresse en un choc des civilisations. » Et Zizek de citer Walter Benjamin : « Derrière chaque fascisme, il y a une révolution avortée ».

Slavoj Zizek, un lecteur d’Althusser, tout comme Judith Butler ou Anthony Giddens, comme le rappelle Louisa Yousfi dans le dernier N° du mensuel Sciences Humaines

Le dernier des caïmans, comme on dit à Normale-sup, a formé des générations d’intellectuels et il reste l’une des grandes figures du structuralisme. Le diagnostic partagé de la « mort du sujet » par cette génération qui a tourné la page de l’humanisme sartrien semble aujourd’hui terriblement dogmatique, mais on ne peut nier la fécondité de ces travaux qui ont largement inspiré tous les courants « post » de par le monde : post-moderne, post-colonial et subaltern studies, déconstruction et aujourd’hui post-occidental… Derrida, Deleuze, Foucault, Lévi-Strauss, Lacan, Lyotard, chacun dans son registre aura animé la grande époque de la pensée que l’on retrouve dans cette évocation du marxisme anti-humaniste et un peu désespérant d’Althusser, lui-même grand dépressif. Sa philosophie a été de son vivant l’objet de vigoureux débats, comme celui qui l’a opposé à l’historien britannique Edward Thompson, auteur d’un ouvrage mémorable sur La formation de la classe ouvrière anglaise. Dans un livre qui vient d’être traduit et publié à L’Échappée – Contre Althusser et le marxisme antihumaniste – l’historien marxiste soutient que l’existence de déterminations structurelles ne réduit pas les individus à la passivité. « Les êtres humains sont des agents, même limités et même s’ils sont souvent vaincus par les déterminations, ce sont des agents qui façonnent leur propre histoire », écrit-il. On peut retrouver celui que Régis Debray appelle « un personnage de roman noir » mais aussi le prof qui corrigeait les copies en écrivant carrément un texte à côté de la dissertation dans les vingt conversations d’Aliocha Wald Lasowski publiées sous le titre Althusser et nous aux PUF.

Par Jacques Munier

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