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La sieste de Raymond Barre à l'Assemblée

« À quoi sert votre député ? »

5 min
À retrouver dans l'émission

Le débat est relancé sur l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives

La sieste de Raymond Barre à l'Assemblée
La sieste de Raymond Barre à l'Assemblée Crédits : Pascal Pavani - AFP

C’était une promesse d’Emmanuel Macron pendant la campagne. Une réforme qui s’accompagnerait d’une diminution du nombre total de députés. La vague de la République En Marche qui s’apprête à déferler sur l’Assemblée nationale la remet à l’ordre du jour. Même si cette déferlante est aussi liée à notre mode de scrutin qui favorise la cohérence entre élection présidentielle et législative, dans l’esprit de la Ve République, elle fait apparaître des disproportions criantes dans la représentation. « Comment comprendre qu’un parti ayant obtenu 28 % des voix puisse gagner 70 % des sièges ? Et à l’inverse, que certaines formations qui ont rassemblé de nombreuses voix ne soient pas présentes à l’Assemblée Nationale ? » demande Martial Foucault dans la page Débats de La Croix. « Plus de 50 % des électeurs qui se sont exprimés ne seront pas ou faiblement représentés à l’Assemblée », ajoute le directeur du CEVIPOF, qui plaide pour un système proportionnel mixte, à l’allemande, « qui donne tout de même une prime au parti arrivé en tête ». « Des vagues, on en a déjà connu par le passé, même si elles étaient sans doute moins importantes que celle que semble nous réserver cette élection », lui retourne Pascal Jan, qui estime qu’il faut « veiller à l’équilibre entre représentativité et efficacité ». Le professeur de droit public à Sciences-Po Bordeaux rappelle que « lorsqu’en 1986, on a introduit la proportionnelle intégrale pour les élections législatives, ça a certes permis au FN d’avoir des députés, mais cela n’a pas produit une si grande diversité ». Aujourd’hui « le nombre de formations politiques est beaucoup plus important et une élection à la proportionnelle pourrait aboutir à un éparpillement de l’offre et à une pluralité de groupes minoritaires, sans aucune certitude de dégager un axe de gouvernement ». C’est pourquoi le politologue défend lui aussi un système mixte, inspiré cette fois de nos élections municipales et régionales, avec « une prime majoritaire ». Le parti qui arrive en tête aux municipales est assuré d’avoir la moitié des sièges et aux régionales une prime de 25 % d’entre eux.

À ceux qui s’inquiètent de l’inexpérience des nouveaux députés, on peut recommander le témoignage de Monique Rabin

Absence de formation, mépris de la direction et des anciens, la députée socialiste de la 9e circonscription de la Loire-Atlantique était une novice au palais Bourbon en 2012. « « Dès les premiers jours, il y a trois lieux pour lesquels un parlementaire doit se battre : sa place dans l’hémicycle, sa commission et son lit. Il faut choisir ses combats, j’ai abandonné celui de la place ». « Alors que les ténors du parti garnissent les premières rangées des gradins ou s’échelonnent en diagonale selon l’axe des caméras, Monique Rabin s’est vue reléguée parmi les montagnards, dans les hauteurs de l’Assemblée – explique Julien Bisson qui a recueilli son témoignage pour l’hebdomadaire Le un, qui paraît aujourd’hui sous le titre « À quoi sert votre député ? ». « Personne ne nous a aidés – ajoute l’impétrante. Lors du premier vote, nous étions si ignorants que vingt-huit d’entre nous n’ont pas pu voter, faute de savoir trouver le boîtier dans la table. » Quant au lit, lorsque les séances s’éternisent, il reste un privilège obtenu de haute lutte alors que la plupart des bureaux sont équipés d’un maigre canapé… Les commissions « dessinent une hiérarchie au sein des députés, et celle des finances vous vaut le respect mais elle implique de toucher sa bille question économie et équilibres budgétaires ». La députée de Loire-Atlantique raconte qu’elle a laissé passer le premier projet de loi de finances sans en maîtriser les enjeux. « Si bien que j’ai dû, avec quelques autres novices, demander à des administrateurs de l’Assemblée de prendre sur leur temps libre, en secret, pour nous expliquer les mécanismes et le calendrier de la procédure budgétaire. » Au-delà de l’anecdote, Monique Rabin a observé la montée en puissance des lobbys. « Si elle reconnaît leur expertise pour certains projets de loi, la députée s’agace de l’implication croissante de ces groupes d’intérêt dans l’élaboration des textes. Et dénonce ces amendements identiques à la virgule près déposés par des parlementaires qui n’y comprennent goutte, mais recopient les argumentaires qu’on leur a fournis. » Protéger la démocratie des réseaux d’influence, Antoine Vauchez estime dans Libération que la nouvelle loi pour la moralisation de la vie publique manque à l’objectif. « Pourtant – affirme-t-il – une politique de l’influence s’est consolidée, elle colle comme une seconde peau au circuit de la décision politique, administrative et judiciaire (française et européenne). » Dans des domaines aussi divers que la santé, l’énergie, les transports, la banque, les télécommunications… Le chercheur au CNRS en appelle à la transparence « sur les circuits de pantouflage dans lesquels s’inscrivent aujourd’hui les très hauts fonctionnaires et les dirigeants politiques (ministres, membres de cabinets ministériels, cadres dirigeants des agences de régulation) », afin de faire la lumière sur ce pouvoir parallèle qui nuit aux causes citoyennes, qu’elles soient sociales, environnementales ou anticorruption.

Par Jacques Munier

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