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Rase campagne

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À mesure que les jours passent, les contours du paysage politique se brouillent et se recomposent

En témoigne le sondage publié par Les Echos : Fillon en chute libre, devancé par Macron, serait absent au deuxième tour, et Hamon qui passe loin devant Mélenchon, se retrouve à 3 ou 4 points seulement de… Fillon. D’où l’appel à saborder le PS « qui a si souvent déçu ses électeurs », appel lancé par Laurent Binet dans _Le Monde_. « Sauver la gauche ou sauver le PS : ces deux propositions ne sont pas compatibles » ajoute l’écrivain, qui observe que « la fuite des cadres chez Emmanuel Macron est déjà commencée, qui va parachever la fuite des électeurs chez Jean-Luc Mélenchon, donc, plutôt que de subir ce long et humiliant supplice de désintégration, autant en être l'acteur ». Une recomposition rapide devrait alors s’engager : Hamon ne peut gagner sans Mélenchon et inversement : « la dynamique est du côté de l'extrême droite et de la gauche, et c'est justement parce que l'extrême droite semble avoir toujours un temps d'avance – Bernie Sanders qui monte mais Donald Trump qui gagne à la fin – qu'il est urgent et vital de construire la nouvelle coalition des gauches pour gagner maintenant », exhorte l’auteur de Rien ne se passe comme prévu. Pourtant, si l’on en croit Jérôme Jaffré dans Le Figaro, personne n’aurait intérêt à l’éclatement du PS. Ni Benoît Hamon « dont l’objectif final est de mettre la main dessus », ni Manuel Valls « qui ne voudrait pas voir ses soutiens filer chez Macron et se priver ainsi de tout appui pour l’avenir », ni « même Emmanuel Macron qui perdrait tout attrait en se transformant en candidat socialiste de rechange ». Le politologue souligne au passage le risque encouru par la coqueluche des sondages, grand favori des médias : on sait aujourd’hui ce que ça peut coûter, d’autant que les primaires ont montré que « le clivage gauche-droite n’est pas mort » et qu’il manque à Macron une base populaire pour assurer son ascension. Quant à Marine Le Pen, « la faiblesse de son positionnement, c’est de trop se tourner vers les thèmes de gauche sur l’économie et le social alors que les difficultés actuelles de la droite devraient logiquement la pousser à aller davantage dans cette direction pour élargir sa base électorale ». Bref, « avec toute une série de grands leaders battus ou remerciés; la légitimité électorale donnée par les primaires réduite; la justice au cœur de la politique », la campagne, aujourd’hui, a tout du « jeu de massacre de fête foraine ».

Dans ce décor de « fête à neuneu » les analyses apparemment les plus baroques peuvent faire l’effet de sages réflexions

Écoutez donc : les primaires marquent un retour au suffrage censitaire. « Avec moins de 13% du corps électoral » elles « n’auront mobilisé que les inclus et offert à une minorité partisane, sociologiquement homogène, le pouvoir de construire l’offre politique ». Et c’est particulièrement vrai à droite : « Jadis Malraux pouvait dire du gaullisme que c’était le métro à l’heure de pointe. Aujourd’hui, le fillonisme ce n’est guère plus que le Rotary à l’heure de l’apéritif. » Dans _L’Express_, Patrick Buisson dézingue à tout va. Fillon, identifié « aux fermiers généraux de la finance globalisée » a-t-il eu raison de se présenter comme chrétien ? Mais « Le christianisme postule le refus de la domination absolue du monde marchand, la malédiction biblique des idoles, que Marx recyclera en se faisant le contempteur du fétichisme de la marchandise. À cette aune, Mélenchon est plus chrétien que Fillon. » Quant à Macron, il est « la preuve vivante que le système n’est pas encore totalement à court de ressources, puisqu’il peut engendrer un candidat qui réussit à se poser en alternative du système alors qu’il en est le produit le plus achevé. » Pour le troll du sarkozysme, Macron est un « homme laboratoire », la parfaite illustration « de la complémentarité dialectique du libéralisme économique et du libéralisme culturel, de la société liquide et de la marchandisation des corps ». L’homme « de toutes les dérégulations qui annonce la future recomposition politique sous la forme d’une réunification des libéraux des deux rives ».

Sur une autre rive, Les Inrockuptibles ont tenu à rencontrer Elisa Lewis, dont certaines idées ont inspiré Benoît Hamon

Coauteur avec Romain Slitine d’un essai sur les initiatives qui réinventent la démocratie, publié à La Découverte sous le titre _Le Coup d’état citoyen_, la jeune « lanceuse d’idées » la joue modeste même si elle ne cache pas son intention de « hacker le système ». C’est notamment pour ses mesures sur la transition démocratique que le candidat du revenu universel a lu attentivement les propositions concrètes du 49,3 citoyen ou de la possibilité pour chacun « d’écrire la loi de manière collaborative, sur le modèle du projet de loi pour une République numérique », dû à Axelle Lemaire. Elisa Lewis se dit « traumatisée » par la victoire du FN aux élections européennes de 2014. Mais pour elle, l’électrochoc n’a pas eu de suites dans la classe politique, « qui reste très verticalisée, hiérarchisée, verrouillée ».

Par Jacques Munier

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