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Recaler le GPS à gauche

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Les pages idées de Libération relancent le débat politique dans la foulée de l’appel lancé par le quotidien à une primaire de la gauche

« Discuter de la primaire ne présente en soi aucun intérêt, sauf si nous pouvons nous en servir pour améliorer la qualité de la triangulation de nos GPS politiques » avance Bruno Latour, qui rappelle le sens que les politologues donnent à ce terme étrange de triangulation, renvoyant en géométrie et trigonométrie à la faculté de déterminer une position par rapport à d’autres points de référence dont la position est connue : « hommes et femmes politiques donnent des directions sans savoir où ils vont et se piquent les uns aux autres leurs agendas confus ». Une confusion particulièrement manifeste à gauche du fait « que les injonctions qui nous parviennent de toutes parts donnent des orientations incompréhensibles: «Tournez à gauche, puis reculez, puis prenez la deuxième à droite en avançant sans crainte, mais faites attention de ne pas aller trop vite au risque de passer pour réactionnaire ». La triangulation mode d’emploi, c’est dans les pages débats du Monde avec Gaël Brustier qui en appelle – pour sauver la gauche – à l’épiphanie d’une vision du monde renouvelée en lieu et place du projet politique à l’obsolescence programmée. « La démission de Christiane Taubira a relancé le débat : le gouvernement est-il de gauche ? » demande-t-il avant de s’engager dans les parages de la dite triangulation des Bermudes : « Le premier ministre développe une vision politique cohérente : changement de culture du Parti socialiste, mutation de son projet, changement d'alliance. Il entend abandonner les références au mouvement ouvrier, c'est ce qui explique d'ailleurs ses assauts fréquents contre le mot " socialisme ". » Conclusion : « Le projet de Manuel Valls est à la fois empreint d'une volonté de rester dans le consensus européen et animé par une vision du monde assez similaire à celle des néoconservateurs américains. »

La gauche déboussolée, c’est la partie visible de l’iceberg politique qui dérive au fil des courants…

Pour recaler nos GPS politiques, revenons un instant à Bruno Latour : « si on nous dit que «gauche» et «droite» ne servent plus à rien, nous ne sommes pas rassurés pour autant » car nous tenons à ces différences qui donnent « un sens à nos indignations comme à nos engagements ». D’où le repli sur des positions familières, identitaires ou nationales, à défaut d’idéaux de progrès. Mais à quoi tenons-nous vraiment ? demande l’anthropologue. Selon certains calculs, « il faudrait 5 planètes pour nous permettre de déployer nos ambitions de développement. Nous n’en avons qu’une. Cela suffit à jeter le doute sur la qualité des idéaux dont nous serions, paraît-il, privés ». « Cette planète est très étrange: à la fois beaucoup plus limitée que ce que la mondialisation nous laissait croire mais infiniment plus complexe et multiple que ce qu’on appelait naguère le simple décor de l’histoire humaine. Se reterritorialiser sur ce sol à la fois familier et totalement neuf permet à tous de redéfinir ce à quoi ils tiennent et où ils vont, et surtout avec qui et contre qui. »

« Il faut de l’oxygène pour faire vivre le débat », entonne à l’unisson Fanélie Carrey-Conte, députée PS de Paris dans L’Humanité

Comment reconstruire la gauche, c’est l’idée directrice de cette série poursuivie dans les pages Débats&controverses du quotidien. Et l’oxygène c’est pour Pierre-Ivorra dans sa chronique économique la fin de la domination américaine sur la finance internationale, celle aussi de l’emprise planétaire de sa dette publique favorisée par « l’omnipotence du dollar, pivot du système monétaire ». Dans Les Échos Virginie Robert analyse les résultats des primaires américaines comme la conséquence d’un sentiment de colère qui explique à la fois selon elle « l’ascension fulgurante de Donald Trump dans les sondages ces derniers mois, l’éclosion d’un candidat « socialiste », le sénateur Bernie Sanders, et le vote très anti-establishment des conservateurs et d’une partie des démocrates lors du caucus de l’Iowa ». « Révolté contre Wall Street et le 1 % des plus riches, fustigeant un système électoral pourri par l’argent, Bernie Sanders exige pour l’Amérique des pauvres et des classes moyennes un système médical universel et des études abordables ». Un discours qui fait mouche, observe Virginie Robert. Et peut-être de l’oxygène pour la gauche européenne, paradoxalement porté par les vents d’ouest qui soufflent depuis la grande Babylone du capitalisme. C’est le monde à l’envers, il va falloir nous y habituer.

Par Jacques Munier

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