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Recul du Front de gauche, influence des néoréacs

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front Crédits : Jean-Paul Pelissier - Reuters

Un fait est resté dans l’angle mort des commentaires toute la semaine passée : le score médiocre du Front de gauche au premier tour des régionales

C’est qu’il n’était pas facile à établir au niveau national, tant ses alliances ou celles de ses composantes ont été différentes selon les régions… Parti communiste seul, Front de gauche rassemblé, Parti de gauche allié à Europe Ecologie-Les Verts, Front de gauche et écologistes sous la même bannière : les combinaisons étaient multiples. « Nous sommes incapables nationalement de proposer une alternative crédible, déplorait alors dans Le Monde Eric Coquerel, du PG et tête de liste à Paris. Le FN se présente partout avec la même étiquette et la photo de Marine Le Pen. Nous, nous avons des noms différents et des accords à géométrie variable. » Aujourd’hui, deux anciens militants du Front de gauche reviennent dans Libération sur le recul de la coalition de la gauche de la gauche, qu’ils désignent comme un « cartel électoral sans cohérence politique forte » et qui « n’a sans doute jamais réussi à se positionner clairement dans l’espace politique ». Sylvie Aebischer et Fabien Marcot soulignent que « les critiques les plus radicales des renoncements du gouvernement Hollande n’empêchent pas l’appel systématique et illisible à se rassembler autour du PS au second tour » et que les classes populaires se sont largement abstenues au premier tour parce qu’elles ne se sentent plus représentées par la gauche. « Alors que les alternances se suivent et se ressemblent – martèlent-ils – alors que le Parti socialiste comme l’UMP appliquent, tour à tour, les mêmes politiques d’austérité, alors que le chômage et la précarité continuent d’augmenter, alors que, plus que jamais, il y a besoin d’une alternative, le Front de gauche n’a pas su l’incarner. » Car – je cite encore : « les mots, les slogans, jamais remis en cause et répétés en boucle entre convaincus, ne parlent plus à personne ».

C’est sans doute aussi un effet collatéral du « grand retournement intellectuel » que vit notre époque

C’est Pierre Rosanvallon qui utilise l’expression à la mode pour justifier sa décision de rééditer le pamphlet de Daniel Lindenberg sur « les nouveaux réactionnaires », une nouvelle édition du Rappel à l’ordre – on s’en doute – augmentée… Car ceux qui lors de sa parution en 2002 avaient protesté d’être qualifiés de néoréactionnaires s’en félicitent aujourd’hui ouvertement. Dans la longue interview qu’il a donnée au Point , Daniel Lindenberg rappelle que « depuis Barrès, des gens contestent la démocratie en se parant des couleurs du non-conformisme. D’où le succès des néoréactionnaires, qui se sont longtemps présentés comme des dissidents et des persécutés… Or ils sont partout. » « Cela me fait doucement rire – ajoute-t-il – quand ces intellectuels pourfendent le politiquement correct, dont ils sont aujourd’hui la plus belle illustration. Sur l’immigration, le féminisme, les droits de l’homme, ils ont gagné ! » Et de relever que, si en 2002 Jean-Marie Le Pen ne s’intéressait pas à eux, ce n’est pas le cas de ses héritiers. Pascal Bruckner, qui figure dans ce qu’Elisabeth Lévy avait finement désigné comme la « liste de Lindenberg », livre son diagnostic dans les mêmes pages du Point. Selon lui le succès du FN s’explique par sa capacité « à porter le discours de la plainte ». Mais qui a relayé sur tous les tons et toutes les ondes la pauvre rengaine du déclin ?

Dans Le Monde, Ariane Chemin a mené l’enquête sur le sulfureux Patrick Buisson

L’ex-éminence grise de Sarkozy, qui lui a inspiré le tournant de la « droite décomplexée » pour siphonner le FN avec le succès que l’on sait, gravite dans une constellation peu reluisante où il s’emploie à répandre ce que Marine Le Pen elle-même appelle sa « contagion ». L’enquête d’Ariane Chemin sur ce personnage qui aime rester dans l’ombre pour exercer son influence est édifiante. « De cet ancien directeur de la rédaction de Minute, dont la France sidérée a découvert la manie d’enregistrer les conversations les plus sensibles, il n’existe que de rares images » rappelle-t-elle. Son enquête détaillée projette une lumière crue sur les obsessions obsidionales et les réseaux mouvants de l’idéologue, une chronique de coups fourrés et de coups bas qui donne une idée de la conception nauséabonde de la politique dans ces cercles confinés.

Jacques Munier

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Daniel Lindenberg : Le Rappel à l'ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil, La République des idées)

Un vent d'hiver souffle sur la vie intellectuelle française depuis quelques années. Il vient de loin, mais porte à de nouveaux combats, hier encore improbables : contre la culture de masse, contre les droits de l'homme, contre 68, contre le féminisme, contre l'antiracisme, contre l'islam... Les nouveaux réactionnaires, grands artificiers de cette levée générale des tabous, déploient leur offensive sur deux fronts - les deux pôles de la culture politique française qui prônent une «société ouverte» : la gauche égalitaire et la droite libérale. Au cœur de cette nouvelle synthèse idéologique de combat, flotte le fantôme d'une politique héroïque qui menace la démocratie.

Cette enquête serrée et touffue dans la bibliothèque des nouveaux réactionnaires est une invitation pressante à prendre ses responsabilités dans un espace public intellectuel qui ne se porte pas si bien. Présentation de l’éditeur

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