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Régionales: l'heure des comptes

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vote Crédits : Pascal Rossignol - Reuters

Régionales : c’est l’heure des comptes, de plus en plus précis à mesure que les chiffres tombent

Et là il ne s’agit plus de sondages, comme le rappelle Alexandre Dézé dans Libération , une mise au point détaillée sous le titre Ce que n’est pas le FN et qui en remontre aux médias trop pressés de lâcher des formules répétitives sur le « premier parti de France » qui serait « aux portes du pouvoir », aurait suscité « un vote d’adhésion », en particulier dans la jeunesse. Ce n’est pas un tiers d’entre elle qui vote FN car ce chiffre est le résultat d’une enquête Ipsos réalisée du 29 novembre au 2 décembre et non pas à l’issue du premier tour, et pas 35% des 18-24 ans qui votent FN, mais ceux qui ont alors déclaré cette intention. Encore s’agit-il d’un pourcentage de votants, soit environ 12% des inscrits de cette classe d’âge. « Il y a donc un peu plus d’un dixième (et non un tiers) des jeunes qui votent FN – conclut le politologue – un niveau qui n’en reste pas moins supérieur à celui des autres formations ». Il faut donc s’interroger autant sur la progression de ce parti que sur le traitement médiatique qui lui est réservé, par exemple le prétendu « vote d’adhésion » qui aurait subitement remplacé le « vote protestataire » alors que la formule ressassée date du milieu des années 90… On peut – je cite « d’ores et déjà parier sur les effets d’amnésie de la campagne à venir. Car les spéculations autour du prochain score du FN auront tôt fait de reprendre, et les explications toutes faites de retrouver leur place dans l’analyse ordinaire du parti. » « À chaque élection depuis plus de vingt ans, c’est la même histoire ; la gauche s’indigne, se dresse, crie au loup, brandit les valeurs de la République pour dénoncer le Front national – s’emporte Denis Jeambar dans l’hebdomadaire Le Un – puis, une fois la séance d’exorcisme achevée, et la droite au passage culpabilisée, elle reprend ses habitudes et se détourne des classes populaires qui ne constituent plus depuis belle lurette le cœur de son électorat. » Pourtant la région Nord-Pas de Calais était un de ses bastions historiques, une région ouvrière désormais affligée par des statistiques qui traduisent une détresse bien réelle : 2 points de plus de chômage que la moyenne nationale qui n’est déjà pas réjouissante, des revenus médians inférieurs de 10%, le PIB par habitant le plus bas, moitié moins qu’en Île-de-France… Bienvenue chez les Ch’tis : « on ne va pas dans le Nord mais on ne le quitte pas non plus – ajoute Denis Jeambar – comme si cette région vivait en anaérobie, à l’écart d’une France plus mobile qu’on ne l’imagine. 13 % seulement de ses résidents sont nés ailleurs ! Dans toutes les autres régions, y compris en Picardie, le chiffre oscille entre 26 % et 47 %. » La terre ouvrière racontée par Zola dans Germinal, celle de Jules Guesde et de la SFIO « se détourne violemment des socialistes ». L’arrivée de Martine Aubry, énarque parisienne à la place de Pierre Mauroy, homme du Nord « issu d’une longue lignée de bûcherons journaliers », est symbolique de ce décrochage car dès le milieu des années 80, le maire de Lille s’inquiétait déjà de la progression du FN : « Les socialistes ne font plus les cages d’escalier. Ils ont cédé la place au Front national… disait-il. Trente ans plus tard – observe le journaliste – nous assistons à la conclusion d’un long cycle que cette figure totémique de la gauche avait entrevu en répétant en vain : « Il faut utiliser les mots de travailleurs, d’ouvriers et d’employés : ce ne sont pas des gros mots. La classe ouvrière existe toujours. » La gauche a perdu le peuple parce qu’elle l’a cru disparu, écrivait Éric Conan en 2004, ainsi le PS est-il devenu le parti des classes moyennes, des bourgeois décontractés ou de la fonction publique, oubliant « le vaste monde dont le revenu est inférieur à 2 000 euros mensuels ». Mais c’est ce peuple « éprouvé, oublié par la gauche et qui va de plus en plus mal qui travaille en silence à déformer le corps électoral ».

Comment reconstruire à gauche, L’Humanité consacre ses pages Débats&controverses à la question

Avec les contributions de Gaël Brustier, du sociologue Gérard Mauger, et de Daniel Mermet qui dénonce une « escroquerie » : au fonds de commerce traditionnel « immigration-insécurité » le FN a rajouté « les luttes sociales, les inégalités, la tyrannie de la finance »… Reprenons nos billes, lance-t-il

Jacques Munier

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