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Réinventer le quotidien

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Difficile d’échapper aux commentaires sur l’élection présidentielle dans les pages idées de nos quotidiens…

Même chose pour les hebdos : Le un titre aujourd’hui son édition sur le nettoyage de printemps. La fébrilité domestique de saison n’est pas en cause. Le grand air qui souffle sur le pays concerne plutôt les institutions politiques, et ce grand ménage prend à ce jour des allures de démolition. C’est ainsi que Gilles Finchelstein traduit « ce que Mélenchon a appelé le dégagisme. Un phénomène sans précédent, marqué par le renoncement du président de la République à se représenter et les échecs successifs des favoris des primaires ». Le directeur de la Fondation Jean Jaurès estime que l’élection illustre ce qu’il appelle l’état gazeux de notre démocratie. « Au début des années 1980, nous étions dans une démocratie à l’état solide structurée par deux camps, la gauche et la droite. Le comportement des électeurs était assez largement prévisible, avec une mobilité faible. Dans les années 2000, nous sommes passés à une démocratie à l’état liquide : le clivage gauche-droite est concurrencé par d’autres clivages et un troisième pôle politique s’impose avec le Front national. La mobilité électorale grandit. Aujourd’hui, la nouveauté, c’est la démocratie à l’état gazeux : un état informe, instable, une France politique fragmentée en quatre pôles qu’on ne sait comment appareiller. » Dans les trois mois qui viennent de s’écouler, ajoute le politologue « plus de 60 % des électeurs auront changé soit d’intention de vote, soit d’intention de voter ». Autre lacune de « cette campagne évanescente » : elle « ne s’est structurée autour d’aucune thématique publique », à part celle du revenu universel défendu par Benoit Hamon. Et c’est en définitive la politique elle-même qui est devenue sa question centrale.

L’Europe aura quand même été, et reste un thème clairement clivant

C’est l’objet de la page débats de La Croix : L’Union européenne est-elle réformable ? Pour Jean Arthuis, nous avons « besoin de l’Europe dans la mondialisation pour reprendre en main notre histoire ». Mais l’eurodéputé centriste, par ailleurs soutien d’Emmanuel Macron, estime que « pour accélérer les réformes, il convient surtout de créer un budget de la zone euro, avec un exécutif propre, et une chambre parlementaire qui la contrôle. C’est la condition pour impulser la convergence fiscale, sociale et environnementale, sans laquelle il est impossible d’organiser des politiques plus réactives. » Sans quoi, les pays membres de l’Union européenne en sont réduits à se livrer bataille. « On s’offusque lorsque Google ne paie pas ses impôts en Europe – ajoute l’ancien ministre de l’économie (1995-1997) – mais cela cache le vrai scandale : les États membres sont assez stupides pour se faire concurrence en proposant des conditions fiscales ou des dispositions législatives avantageuses. » D’où l’idée de créer un budget de la zone euro, défendue par la Commission européenne et en France par Emmanuel Macron. Pascale Joannin, confirme que sur l’harmonisation fiscale, « on attend davantage de l’Europe » et qu’on a « des marges de progression réelles, qui iront dans le sens de la croissance, de l’investissement. Ce qui permettrait de renforcer l’Europe dans l’innovation et la recherche ». La directrice générale de la Fondation Robert-Schuman déplore que l’Europe ne sache pas toujours communiquer sur ce qu’elle fait. « Par exemple, les Européens se sont mis d’accord pour supprimer les frais d’itinérance pour les communications téléphoniques à partir de juin. » En matière de terrorisme, l’Europe a adopté un arsenal renforcé pour resserrer les mailles du filet. Elle a également arrêté une politique commune sur la question des flux migratoires, de manière à ne pas laisser les seuls États membres en première ligne.

Derrière la question clivante de la souveraineté nationale, les partis anti-européens agitent la bannière du peuple

Dans Marianne, Pierre Rosanvallon analyse cette référence partagée et le plus souvent galvaudée. « On se raccroche à ce terme, ce qui signale en fait un désir frustré de faire société. » Les révolutionnaires avaient déjà conclu à l’équivocité de la notion, lors d’une séance de la Convention nationale en 1792. Aujourd’hui, « l’appel au peuple est un cache-misère de la difficulté à comprendre le monde social ». Le professeur au Collège de France désigne « des mécanismes de domination sociale de plus en plus divers et complexes », et il se réfère à des pratiques ordinaires de résistance que Michel de Certeau avait repérées, les « ruses que l’on déploie face aux contraintes », dans l’invention du quotidien… Je cite un passage du livre : « Saisi dès son réveil par la radio, l’auditeur marche tout le jour dans la forêt de narrativités journalistiques, publicitaires, télévisées, qui, le soir, glissent encore d’ultimes messages sous les portes du sommeil. Plus que le Dieu raconté par les théologiens d’hier, ces histoires ont une fonction de providence et de prédestination : elles organisent à l’avance nos travaux, nos fêtes et jusqu’à nos songes ».

Par Jacques Munier

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