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Relations de voisinage entre hommes et animaux

5 min
À retrouver dans l'émission

Suite au dernier plan de dératisation mené par la ville de Paris, Philippe Reigné se demande dans les pages idées de Libération pourquoi l'espace urbain serait-il réservé aux êtres humains ?

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Chiens Crédits : TIZIANA FAB - AFP

Le 8 décembre dernier, la mairie de Paris annonçait le lancement d'un plan pour réguler la population des rongeurs qui envahissent la capitale. Menace sanitaire, problème de propreté, autant d'arguments mis en avant pour légitimer cette dératisation que le professeur du Conservatoire national des arts et métiers considère comme "de mauvais prétextes à l’exclusion des rats, des parcs et des jardins parisiens, ces «terrains» de jeu que quelques fonctionnaires municipaux prétendent limiter aux êtres humains que nous sommes." Philippe Reigné dénonce un acharnement parisien contre les rats relatif à leur appartenance à la catégorie des animaux liminaires. Ni domestiques et pas tout à fait sauvages, cette troisième catégorie a été théorisée par Sue Donaldson et Will Kymlicka, deux philosophes canadiens. Il s'agit en somme d'une grande variété d’espèces qui se sont adaptées aux espaces habités par les humains. Au sein de cette catégorie d'indésirables, on compte aussi des lapins, délogés de plusieurs ronds-points et terre-pleins par la mairie de Paris, et bien sûr les pigeons. Le professeur cite d'ailleurs les travaux du sociologue américain Colin Jerolmack qui rappelait qu'au 19ème siècle, encore perçus comme des oiseaux innocents, "les pigeons avaient fini par recevoir la qualification de «rats avec des ailes» dans les années 60". Philippe Reigné revient sur l'ouvrage Zoopolis, de Sue Donaldson et Will Kymlicka qui comparent le rejet des animaux liminaires "aux dynamiques d’exclusion et d’occultation qui affectent les résidents humains". De la même manière que les hommes sont forcés de choisir entre le statut de citoyen et celui d'étranger, les animaux selon Philippe Reigné n'ont que trois destinées possibles : la domestication, l'expulsion ou l’abattage.

Parallèle entre exclusion de l'espace urbain des hommes et des animaux qui trouve un point de rencontre dans le duo souvent fusionnel formé par les sans-abris et leurs chiens.

C'est à un duo homme-animal, un couple marginalisé, que s’intéresse Christophe Blanchard dans les pages de la revue _Jef Klak._ Contrairement à la majorité des maîtres qui s'occupent de leur animal à mi-temps, le sociologue décrit la «démarche radicalement opposée des maîtres vivant dans la rue qui s'impliquent totalement dans le quotidien avec leur animal. ». A travers ce couple atypique, souvent désigné par le concept de punks à chiens, « l'homme et la bête se retrouvent enrôlés sous une même bannière de mépris stigmatisant, un binôme socio-canin que les pouvoirs publics ne parviennent pas à prendre en charge.» Le maître doit alors « conjuguer son exclusion au pluriel », une situation parfois problématique car ce couple est rarement compatible avec les options sociales proposées, la plupart des structures d'hébergement refusant d'accueillir les chiens de ces précaires. Décrits comme une « ressource facilitant l'intégration à une communauté, celle de la rue, les chiens contribuent à cimenter les relations au sein de celle-ci. ». Mais c'est avant tout les compétences éducatives acquises par les sdf et des individus marginalisés qu'il met en avant. Méthodes de dressage parfois violentes qui découlent de l'impératif de survie pour eux et leur chien, les maîtres ont appris au fil du temps à bricoler des réponses alternatives aux problèmes posés par la rue. Il en parle comme d'une véritable "culture cynotechnique de l'underground urbain", une culture de transmission orale qui a pour but de soigner, nourrir, socialiser l'animal. Il avance même que la possession de plusieurs chiens par une même personne, pourrait s'apparenter sous certains aspects à une démarche politique, comme je cite « un mouvement d'insubordination, de défiance vis à vis des personnes socialement intégrées propriétaires de chiens à mi-temps – c'est à dire en dehors des horaires de bureau – qui peinent quant à elles à gérer leur animal de compagnie ».

Une marginalisation qui pose la problématique de la coexistence dans un même lieu, autrement dit du voisinage.

Le lien par le lieu, c'est ainsi qu'Hélène L'Heuillet définit le voisinage. Dans le dernier numéro de la revue Etudes, la philosophe et psychanalyste propose de comprendre comment se forment de bonnes relations de voisinage. « On appelle voisins ceux qui partagent un espace commun et peuvent dire habiter ensemble un même lieu. » Du voisin du haut qu'on redoute, à celui du bas qu'on écarte, le bon voisinage est avant tout un échange qui résulte de la conscience d'appartenir à un lieu commun : « Les bonnes relations avec les voisins sont d'abord de l'ordre du côte-à-côte. C'est à côté que peut exister une place pour l’altérité.» rapporte Hélène L'Heuillet avant de conclure « Repenser ce que signifie vivre les uns à côté des autres est le premier devoir d'une éthique du voisinage. »

Le journal des idées est présenté cette semaine par Maïwenn Guiziou .

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