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Remaniement: le bilan Fabius

4 min
À retrouver dans l'émission

Alors que notre diplomatie change de tête en pleine tempête, Jean-Christophe Rufin débat avec Renaud Girard de l’héritage Fabius dans les pages Champs libres du Figaro

Le journaliste du quotidien, grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient, considère que « la politique de Laurent Fabius en Syrie s’est révélée contre-productive » puisqu’aujourd’hui « la France, pourtant ancienne puissance mandataire, ne pèse plus du tout dans le dossier ». « L’erreur vient de loin – explique-t-il – quand Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ont décidé de fermer notre ambassade à Damas en mars 2012 » car, on le sait, la diplomatie ne consiste pas à parler à ses amis. « Laurent Fabius a péché par outrecuidance – renchérit Jean-Christophe Rufin. Il s’est pris pour « le ministre des Affaires étrangères du monde » en exigeant de façon ridicule le départ d’Assad sans en avoir les moyens, en se montrant d’une intransigeance totale à l’endroit de l’Iran, ou en adoptant une attitude autiste envers la Russie ». Fustigeant la « diplomatie morale » et allant jusqu’à estimer que « la France porte une lourde responsabilité dans la guerre civile syrienne » en ayant « fait croire à l’opposition qu’on la soutiendrait » Jean-Christophe Rufin ajoute « Nous les avons rendus intransigeants, jusqu’au-boutistes, hermétiques à toute négociation ». L’académicien, ex-humanitaire puis ambassadeur se laisse contaminer par la mégalomanie qu’il dénonce dans la diplomatie française. Les opposants au régime sanguinaire syrien n’ont pas attendu les déclarations de Laurent Fabius pour prendre les armes et s’il y a eu « intransigeance », elle a d’abord été le fait du clan Assad face aux manifestations pacifiques. Même le vice-ministre russe des affaires étrangères, Guenadi Gatilov, qui prévient des conséquences dans le chaos syrien d’un départ de Bachar Al Assad, estime que celui-ci aurait dû prendre « des mesures démocratiques en temps voulu ». de son côté, l’ex-ambassadeur de France nommé par Sarkozy relativise : « Assad est un dictateur violent, mais il n’est pas seul responsable des 250 000 morts de la guerre. Si un peuple est menacé de disparition en Syrie, c’est bien les Alaouites ». On peut rappeler au pionnier de Médecins sans frontières que le bilan approche aujourd’hui les 500 000 morts et que les bombardements russes viennent une fois de plus de viser dans le nord du pays un hôpital soutenu par MSF, privant de l’accès aux soins « 40.000 personnes vivant dans cette zone de conflit ouvert », selon le chef de mission de l’organisation humanitaire pour la Syrie.

Le remaniement ministériel continue à faire des vagues dans la presse

Pour Jean-Marc Vittori, dans Les Échos, « jamais, sous la Ve République, formation d’une nouvelle équipe ministérielle n’aura provoqué pareille amertume, jusque parmi les Français les plus favorables à la ligne du gouvernement ». Mais « pour se consoler », l’éditorialiste s’autorise à rire – « ce que François Hollande n’aurait pas manqué de faire s’il n’avait pas été l’auteur de cette farce. Car jamais sans doute sous la Ve République remaniement n’aura autant prêté à galéjades ». Et d’enchaîner les boutades : « Un Vert ça va, trois Verts… bonjour les dégâts ». « Jean-Michel Baylet à l’Aménagement du territoire ? C’est le Dépêché du Midi, voire le repêché (il était déjà ministre au siècle dernier). Le ministère des Droits de la femme ? Rattaché désormais à la Famille et l’Enfance, c’est au moins cohérent avec l’absence de femmes aux ministères régaliens. La secrétaire d’Etat aux Victimes de Manuel Valls va crouler sous le travail car les victimes de Valls sont nombreuses. » Jean-Marc Vittori garde le meilleur pour la fin : le secrétariat d’Etat de l’Egalité réelle. « François Hollande aurait d’abord songé aux Inégalités irréelles, mais essuyé le refus de Thomas Piketty. La première intéressée, une députée de La Réunion qui a œuvré dans le social, espère une… réunion pour préciser ses attributions. » Pourtant, déplore le chroniqueur, cette question de l’égalité la France se la pose depuis plus de deux siècles, de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, à Jaurès, Blum, Mendès France, Bourdieu…

Le jeu de massacre continue avec la dernière page de La Croix, confiée à François Sureau

L’écrivain conspue le déni de réalité des politiques, dont ce remaniement est une belle illustration. « Il est permis de penser que les gouvernants ne croient pas eux-mêmes aux fables qu’ils nous racontent. On remanie. Personne ne pense sérieusement, j’imagine, que M. Placé va réformer l’État ni M. Ayrault discuter de pair à compagnon avec Poutine. » François Sureau suggère l’instauration de rites destinés à purger la classe politique : « un carême républicain, une période de quarante jours où nul ministre ne pourrait tweeter, imaginer une loi nouvelle, dire du bien ou du mal d’aucun de ses collègues, tenter même de nous faire croire qu’il travaille pour nous. »

Par Jacques Munier

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