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Hamon/Valls

Repenser le progrès ?

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À la veille du deuxième tour de la primaire à gauche, les débats se multiplient et les arguments s’affûtent chez les partisans des deux candidats

Hamon/Valls
Hamon/Valls Crédits : Joël Saget - AFP

C’est que les enjeux ne manquent pas, même si le vainqueur ne devrait pas dépasser, selon les sondages, 10% des suffrages à la présidentielle. Des enjeux politiques et sociaux touchant à la conception du travail ou du progrès, mais aussi à la survie du Parti socialiste « Pour la " vieille maison "… Cette ancienne parole de Léon Blum lors de la scission du congrès de Tours, en 1920, peut trouver un certain écho aujourd'hui », estime Alain Bergounioux dans Le Monde. Il rappelle que « l'ancien premier ministre est l'héritier de ce que le PS a acquis difficilement : une culture de gouvernement ». Seul Manuel Valls serait donc en position de rendre possible « une action présidentielle » dans un contexte où « le courant social-démocrate est à la peine dans le monde ». Entre une gauche mélenchonienne « qui n'aspire pas à gouverner réellement, mais se satisfait d'une puissance tribunicienne » et « un centre macronien, façonné à partir d'un parti-entreprise ultrapersonnalisé, fort de ses ambiguïtés où les électeurs sont appelés à projeter ce qu'ils souhaitent », l’historien veut préserver l’avenir et ménager la possibilité d’un retour de la seule force politique apte, selon lui, à « construire le progrès social dans le pays ». Mais pour Dominique Méda, c’est Benoît Hamon qui incarne à la fois la pérennité et le renouvellement du progrès, « en articulant question écologique et question sociale, avenir du travail et qualité de l'emploi ». La sociologue du travail affirme que « les secteurs très émetteurs de gaz à effet de serre sont peu intensifs en main-d'œuvre, alors que rebâtir notre système énergétique, réorganiser notre système productif, engager la rénovation thermique de nos bâtiments (et donc lutter contre la précarité énergétique qui mine la vie de millions de nos concitoyens), réinventer notre agriculture permettront, comme l'ont montré plusieurs études, de créer des millions d'emplois durables ». Et surtout – ajoute-t-elle – les mutations qui affectent nos emplois du fait de l’automatisation devraient conduire, suivant les études, à une perte de 50% d’entre eux, en tout cas à une profonde transformation du travail. Le revenu universel, « correctement mis en œuvre, notamment dans son premier étage – un revenu individuel d'environ 650 euros sous condition de ressources dès 18 ans » serait de nature à « redonner de l'espoir » et à lutter contre la précarisation « que connaît notre voisin allemand, avec plus de 22 % de travailleurs pauvres, contre 8 % en France ».

Redéfinir le travail et le progrès, l’heure est apparemment aux ambitions historiques

La crise est, par l’étymologie et dans l’histoire, le moment où l’on fait la part des choses et où l’on tranche et décide. Va-t-on vers une raréfaction du travail ? Question posée dans la page Débats de La Croix. Paul Jorion estime que le chiffre de 50% des tâches qui pourraient disparaître d’ici à vingt ans du fait de l’automation et de l’informatisation risque d’être inférieur à la réalité. Et que « de nombreux métiers, très qualifiés et très bien rémunérés, vont disparaître à jamais : une personne qui nettoie les bords d’une rivière est difficilement remplaçable par un robot en raison de la multiplicité des tâches à effectuer et des ordres très différents de décisions à prendre. En revanche, des raisonnements emboîtés complexes sont, eux, aisément réalisables au sein d’un algorithme », comme ceux des courtiers en bourse remplacés par des logiciels. Pour l’économiste Thibaut Bidet-Mayer, « tout l’enjeu de la transition est d’accompagner ces transformations en mettant en place les dispositifs de formation adaptés ». Dans Les Echos, Eric Le Boucher revient sur le terrain de « l’affrontement de l’utopiste Benoît Hamon et du réaliste Manuel Valls », qui reconduirait « l’ambiguïté originelle des socialistes français, déchirés entre la volonté d’exercer le pouvoir et le confort d’une opposition anticapitaliste ». L’éditorialiste estime que « comme au Labour de Jeremy Corbyn, les sociaux-démocrates ont perdu la partie ». Selon lui, le renoncement de François Hollande, l’homme de la synthèse, « apporte la dernière preuve que les partisans du socialisme de gouvernement et ceux du socialisme d’opposition ne peuvent plus coexister aujourd’hui sous un même toit ».

L’Humanité ouvre ses pages débats à Willy Pelletier, coordinateur de la Fondation Copernic

Le sociologue lance demain au Foyer Grenelle* à Paris une « bourse du travail intellectuel » pour opposer à « la coalition réactionnaire et libérale » des idées nouvelles. Dans son dernier livre, co-écrit avec Gérard Mauger et publié aux Éditions du Croquant sous le titre Les classes populaires et le FN, il a mené l’enquête sur le conglomérat électoral, hétéroclite et mouvant, du parti d’extrême-droite. Où il démontre que le premier parti ouvrier, c’est plutôt l’abstention.

Par Jacques Munier

* Samedi 28 janvier de 13 heures à 18 heures. Foyer Grenelle, 17, rue de l'Avre, 75015 Paris

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