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Retours de débat

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Au lendemain du deuxième débat de la primaire à droite, les questions soulevées par ce mode de désignation se multiplient

« Arrêtez de faire de la politique à l’ancienne ! » s’exclame Eric Le Boucher dans Les Échos. « Les primaires, à gauche comme à droite, nous resservent les vieilles méthodes usées. » Libération révélait hier le peu d’enthousiasme des Français pour les mesures annoncées à droite par les « tontons ringards » : supprimer 300 000 postes de fonctionnaires et l’impôt sur la fortune, relever l’âge de la retraite et augmenter la TVA… L’éditorialiste du quotidien économique pointe quant à lui en pages Débats l’incompétence en matière de management : « L’Etat est géré de manière à la fois militaire et brouillonne, les entreprises auraient beaucoup à lui apprendre… Les hommes et femmes politiques ne savent pas gouverner, au sens de gouvernail, savoir donner et plus encore suivre une direction ». Il se réfère au livre de Jean Pisani-Ferry, directeur général de France Stratégie, le néo-commissariat au Plan, et de l’économiste Selma Mahfouz, qui invite notamment au discernement en matière de politique économique, à savoir « distinguer ce qui appartient au politique et ce qui n’en relève pas, fonder ses décisions sur une évaluation systématique et rigoureuse de l’efficacité des politiques publiques ». Et surtout, « Pour remonter dans l’estime des gouvernés, le gouvernement doit organiser « un écosystème du débat » et « une éducation à la critique ».

L’échéance approche, le ton monte à droite, résume Le Figaro, qui met en garde, sur son site, contre le risque de la démagogie

Et dans la dernière livraison de la revue Études, François Ernenwein analyse ce qu’il appelle « l’illusion des primaires » : « Les dérives de la Vème République – la tentation du pouvoir personnel, l’hypertrophie présidentielle – s’en trouvent amplifiées » Le rédacteur en chef de La Croix relève que le candidat choisi n’est pas forcément celui qui dirige le parti, et qu’il n’aura sans doute pas la main sur les investitures au législatives. En 2012, François Hollande avait remporté la primaire mais c’est Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste qui a largement imposé ses vues pour la désignation des candidats aux législatives. Résultat : François Hollande n’a pas forcément eu la majorité qui lui convenait au Parlement… « Les primaires livrent la présidentielle aux sondages » estimait Alain Garrigou, et elles aggravent le risque de surenchère. Elles ne « proposent pas une pluralité d’offres, de contenus tranchés, mais se résument à l’exposition, par chaque candidat, de nuances sur une partition dictée par les circonstances (crise économique, menace terroriste…) Les discours sont lissés et circonscrits à une étroite bande passante.

Le débat porte sur les valeurs de la République dans L’Humanité

Devenue une référence constante du débat public, la République semble avoir perdu en densité de signification ce qu’elle a gagné en omniprésence. Pour Michèle Riot-Sarcey, « ce sont les révolutions qui ont donné un contenu à la République. Celle de 1792 a permis aux citoyens passifs de devenir actifs, c’est-à-dire de bénéficier de la totalité de la citoyenneté. Celle de 1848 avait pour objectif de faire en sorte que les mots et les principes révolutionnaires, liberté, égalité et fraternité deviennent vrais, c’est pourquoi ils avaient ajouté « République démocratique et sociale ». Mais l’historienne observe que « ce n’est pas cette République que nous avons eue ». C’est pourquoi Anicet Le Pors critique le « caractère évanescent des valeurs », qui « permet certes de les évoquer dans le débat politique mais n’en fait pas pour autant des instruments de l’État de droit permettant d’assurer la cohésion sociale et la démocratie. Ainsi, liberté, égalité fraternité seraient des valeurs inopérantes si on ne les déclinait pas en principes, seuls en mesure d’édicter des normes réglant les conditions de la vie harmonieuse en société : « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République » (comme dans la Déclaration des droits de 1789, ou le Préambule de la Constitution de 1946), ou « principes généraux du droit » identifiés par la pratique juridique sur le terrain du droit positif. » Le Conseiller d’état honoraire et ancien ministre de la fonction publique souligne que dans la pratique, certains principes sont difficiles à concilier, comme celui de l’indivisibilité de la République et celui de libre administration des collectivités territoriales. Ou encore, le principe de laïcité avec la pluralité des religions qu’elle protège.

Anne-Sophie Le Tac a lu le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un Président ne devrait pas dire ça…

Elle en livre une savoureuse critique, sur le ton du vaudeville dans les pages Champs libres du Figaro. Sur François Hollande : « Son côté suranné est assorti d’un déficit de curiosité et d’un cynisme moderne, qui traverse ses confidences comme un leitmotiv, ses ministres étant partagés entre « connus et pas connus », ses femmes décrites comme malheureuses et frustrées, sa propre action fréquemment dédouanée, notamment des nombreuses « affaires » qui entachent son mandat. « La république irréprochable, ce n’est pas avoir des entourages irréprochables », dit-il mystérieusement. » La prof note qu’ « Il abuse de la tournure passive, du redoublement de sujet, du « on », et du « il y a », dans une langue souvent inexacte grammaticalement, et… souvent juste sur le fond. »

Par Jacques Munier

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