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Rêver la France

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À retrouver dans l'émission

Au seuil de la journée spéciale « Penser la France » sur notre chaîne, on peut encore rêver, entre veille et sommeil…

C’est l’idée de _Courrier international_, qui a interrogé une vingtaine de journalistes, écrivains, artistes, ou entrepreneurs sur « Leur France rêvée ». Pour Adam Michnik, la France reste le mètre étalon de Sèvres, « qui définit ce qu’est l’appartenance à l’Europe » et l’adhésion à ses valeurs. L’historien, directeur du grand journal polonais Gazeta Wyborcza, estime en effet que notre pays est « un pilier de l’Union européenne » et « le gardien de ce qui est le plus précieux dans la culture européenne », tout en parvenant à « marier si magnifiquement ce qui est national avec l’universel ». Avec l’astronome américain Sean Raymond, du laboratoire d’astrophysique de Bordeaux, c’est – au débotté – l’apéro qui s’invite, « partager les bonnes choses, sans le prévoir, comme ça, à l’improviste ». Et que nous soyons « moins obsédés par le travail que les Américains ». Le jeune écrivain francophone sénégalais Mohamed Mbougar Sarr rêve quant à lui d’une France où la littérature sortirait du cadre convenu des « rentrées littéraires », agiterait le chiffon rouge de la révolte, bref d’une « Marianne qui emmerde Platon », ou Descartes. C’est pourtant la pensée française que célèbre le photographe Sebastiao Salgado, « tellement lucide, avec ce don pour l’autocritique permanente ». Après la pensée, la culture ou la gastronomie, l’empire des sens s’ouvre au désir : Susanne Mayer, de l’hebdomadaire Die Zeit, se souvient des « bises françaises » : « un vrai choc au départ, la cavité buccale n’étant pas conçue pour accueillir deux langues à la fois. Mais après ça : Oh la la ! » (En français dans le texte). Et Li Song, fondateur d’un institut de promotion de la culture française en Chine, semble apprécier qu’en France on puisse « parler de sexe à longueur de journée ». Retour au calme, avec Le Bruit du givre : la dessinateur italien Lorenzo Mattotti évoque nos « paysages apaisés, particulièrement ceux de la Bretagne, qui dialoguent parfaitement avec son ciel ».

Le paysage, c’est un trait marquant de – on ose à peine employer ce mot piégé – l’identité de la France

Et une ressource inépuisable pour nos écrivains. La revue Europe consacre un dossier à Pierre Bergounioux. Naître à Brive, cela signifiait pour lui « être condamné à vivre dans un pays prosaïque, où non seulement toute lumière, mais le ciel lui-même sont, sinon exclus, du moins parcimonieusement octroyés », résume Julia Holter qui ajoute, à sa lecture de L’Empreinte, qu’une « officieuse main, disposant dès l’âge permo-carbonifère, les collines en rond, puis en enfonçant le pouce en leur centre, a pris soin de faire que, depuis ce lieu, toute vaste vue sur le monde soit bouchée et ses habitants enfermés dans un cercle paradoxal où le sentiment de l’appartenance, presque fatal, est synonyme à la fois d’atavisme rural et de protection forte. » D’où ce sentiment durable : « S’émanciper sera toujours en même temps s’exiler ». À la manière de Julien Gracq, l’écrivain observe le paysage sous l’angle de la géographie physique. Mais dans le Carnet de notes l’imaginaire vient élargir la perspective par un « brusque flamboiement de couleurs » : « Une lumière crédule venue comme de l’enfance inonde le paysage, embellit pour un moment un fond d’existence ». Et alors, « sur l’arrière-plan sombre du monde, soudain, se détache, dans un clair-obscur caravagesque, un aperçu du paradis perdu ».

Même Paris, la grande ville, peut ainsi réserver de divines surprises

Pour « S’évader à Paris », le mensuel Soixante-quinze suggère 12 balades insolites. Chris Younès se félicite de la reconquête des berges de la Seine. Avec le fleuve et son « miroir d’eau », les deux bois –Vincennes et Boulogne – le tracé « a une puissance de connexion extraordinaire » affirme la philosophe, professeure à l’École spéciale d’architecture. De la Petite ceinture à la Butte Bergeyre en passant par l’Île aux cygnes, la capitale abrite des lieux insolites pour prendre le large. L’île aux cygnes, en face la Maison de la radio, doit son nom au Roi Soleil, qui fit venir les gracieux oiseaux du Danemark. Et le vélib’ mérite un éloge, après dix ans d’existence, avec cette chanson de Florent Nouvel : La vélibération...

Par Jacques Munier

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