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À la St Valentin on s’écrit des billets doux, qu'on appelait les « valentins »

Savoir aimer

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C’est la Saint Valentin ce dimanche, l’occasion de faire le point sur le sentiment amoureux à l’heure d’internet et des sites de rencontre.

À la St Valentin on s’écrit des billets doux, qu'on appelait les « valentins »
À la St Valentin on s’écrit des billets doux, qu'on appelait les « valentins » Crédits : Chris Jackson - Getty

Et d’abord, deux mots sur le saint martyr, qui a bien existé au IIIème siècle, mais la célébration de sa fête par les amoureux semble aussi liée aux Lupercales, le rite de fécondité romain à la mi-février, un syncrétisme courant pour les fêtes religieuses qui se superposent souvent à des cultes calendaires païens pour en capter les énergies collectives. D’ailleurs l’Église a retiré le saint du calendrier liturgique en 1969, année érotique s’il en fut… C’est que le caractère profane du saint patron des amoureux avait fini par l’emporter. Les bijoutiers et les fleuristes le savent bien, qui font un gros chiffre ce jour-là. Pour les sites de rencontres, la fête est l’équivalent du Black Friday. France Ortelli publie chez Arkhê Nos cœurs sauvages, une enquête sur le vertige du choix amoureux - semble-t-il augmenté par la multiplication exponentielle des occasions virtuelles de rencontres. 

Le gouffre spatio-temporel de la rencontre

Elle souligne un paradoxe : alors que nous choisissons désormais nos partenaires en toute liberté, le nombre de célibataires augmente inexorablement. « Dans les années 1950, trois femmes sur quatre se mariaient avec leur premier partenaire. » Et la meilleure opportunité pour former un couple était la rencontre de voisinage. Or, depuis quelques années, selon la principale agence de recensement américaine, les célibataires sont majoritaires dans la population. En France, nous en sommes à 36% pour les femmes et 30% pour les hommes, chiffres de 2018. Paradoxalement, c’est peut-être le caractère pléthorique des lieux et occasions de rencontre qui prolonge indéfiniment le moment de la recherche, reportant sine die celui du choix décisif. À cet égard, les sites de rencontre ne simplifient pas la situation. Le site canadien Plenty of Fish - la pêche miraculeuse - avec ses 90 millions d’abonnés dans le monde, dispose d’un outil « pour ne pas se noyer » : le swipe. D’un côté les profils aimables, de l’autre les rebuts : « avec une moyenne d’environ cinq secondes par profil, une heure de swiping représente le survol d’environ 720 profils ». C’est le « paradoxe du choix ». Si on vous présente un lot de 6 confitures, votre décision sera plus rapide et satisfaisante qu’avec un panel de 24, où elle risque fort d’être un choix par défaut. Des chercheurs en psychologie de l’université du Wisconsin ont appliqué l’expérience au choix d’un partenaire : ceux qui ont désigné l’âme sœur parmi un pool de 24 individus sont moins satisfaits que ceux qui l’on fait sur 6 personnes. François Kraus, le « Monsieur Cul » de l’Ifop - ainsi surnommé par ses collègues parce qu’il s’occupe des enquêtes sur la sexualité des Français - a établi le palmarès des occasions de rencontre amoureuse. En tête de liste, celles du « monde réel » : un contexte festif pour 37% des impétrants, dont la fête privée 11%, le bar 8%, le restaurant 7%, le bal, le bon vieux bal, 7% et la discothèque 6%. En seconde position le travail pour 22% des couples. Les sites de rencontre n’arrivent qu’après pour 11% seulement des couples, et surtout l’augmentation depuis 2011 de leur nombre n’est que de 2%. « Ce n’est pourtant pas faute d’utilisateurs », commente France Ortelli, qui relève que la statistique - réalisée sur une population de Parisiens - s’étend sur une large tranche d’âge incluant les seniors, moins enclins à rechercher un partenaire sur site. Et qu’elle ne distingue pas les couples du même sexe, « alors que 70% d’entre eux reconnaissent s’être rencontrés en ligne ». 

De l’amour

La « cristallisation » des sentiments décrite par Stendhal peine donc à se réaliser sur la toile. Il est vrai que l’idée lui était venue d’un amour malheureux... Aujourd’hui, une nouvelle écriture sans écriture, faite de ready-made à l’heure du digital, de copiés-collés remontés ou détournés, s’emploie à révolutionner la littérature. Franck Leibovici publie chez Jean Boîte Éditions un curieux objet livresque intitulé de l’amour, piratant des discussions en ligne sur l’application Tinder, « une correspondance amoureuse à plusieurs mains, sur plusieurs pays » qui renouvelle les codes de la rencontre. 

Le passage d’une scène et d’une échelle à l’autre permet au lecteur de zoomer puis dézoomer, d’aller au plus fin, au plus intime, à ce qui ne dure que quelques minutes, pour repartir vers des ensembles plus larges, étendus sur plusieurs mois.

Au point de vue typographique, c’est risqué, à celui de la lecture aussi. Une scène de sexe est transcrite à l’aide du système de notation linguistique de l’analyse conversationnelle. Le souffle y est prépondérant, notamment celui qui signale la montée concertée du plaisir.

Par Jacques Munier

A l'occasion de la Saint-Valentin, le pôle « Genre sexualités et santé sexuelle » de l'Ifop publie une enquête pour le Passage du Désir.fr qui montre qu'avec le contexte actuel, le taux de participation à la "fête des amoureux" devrait atteindre cette année un niveau historiquement bas.

1. Dans un contexte de couvre-feux généralisé, la participation à la Saint-Valentin s'annonce cette année historiquement basse avec à peine 49% des couples ayant l'intention de la fêter, soit un taux en retrait de 11 points par rapport à l'an dernier (60% en 2020). Alors que le taux de participation à cette « fête des amoureux » - oscillant entre 55% et 60% depuis un quart de siècle - faisait jusque-là preuve d'une grande stabilité, la crise sanitaire met donc à mal ce moment de célébration de l'amour conjugal qui semblait plutôt bien ancré depuis des années en dépit des critiques récurrentes sur son caractère artificiel et commercial.

L'INTENTION DE FÊTER LA SAINT-VALENTIN : EVOLUTION DEPUIS 2021 -

2. Cette baisse de la célébration de la Saint-Valentin est toutefois loin d'être un phénomène général. En effet, si on observe les évolutions depuis 2014, cette baisse du taux de participation - en moyenne de 7 points - affecte particulièrement les couples aisés (-23 points chez les cadres et professions intellectuelles supérieures) et urbains (-9 points chez les Franciliens, à 47%) plus habitués que la moyenne à fréquenter à cette occasion des lieux (ex : bar, restaurant, théâtre,...) actuellement fermés au public. 

3. A l'inverse, sa célébration reste assez forte dans les milieux sortant moins de chez eux à cette occasion comme les catégories populaires (48%) ou les ruraux (58%). Ainsi, le mépris dont la Saint-Valentin fait l'objet dans les milieux culturellement élevés - la qualifiant par exemple de « Love parade des beaufs » (Cassely) - transparaît plus que jamais en cette année covidée où l'abstention est nettement plus élevée dans les rangs des cadres(63%) et des diplômés de l'enseignement supérieur (55%) que chez les ouvriers (48%) et les non-diplômés (60%). 

4. En revanche, il est intéressant de noter que les jeunes sont aussi nombreux à fêter la Saint-Valentin que les années précédentes (51%), sans doute parce que dans un contexte de fermeture de lieux de sociabilité nocturne, ils saisissent la moindre occasion festive. De même, les personnes ne vivant pas sous le même toit que leur conjoint - dans les rangs desquels on compte beaucoup de « jeunes couples » - restent, comme les années précédentes, beaucoup plus nombreux à célébrer ce rituel conjugal (57%) que les couples cohabitant toute l'année. 

François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle 

« Étude Ifop pour Passagedudesir.fr réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 4 février 2021 auprès d'un échantillon de 1 026 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. »

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