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Situation de l'islam

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Les négociations pour la paix en Syrie qui devaient s’ouvrir hier à Genève ont été reportées au 29 janvier dans une grande confusion, les Américains paraissant s’aligner sur la position russe au grand dam de l’opposition syrienne, ce qui n’augure rien de bon

Des pourparlers destinés à durer 6 mois et dont Hélène Sallon dans Le Monde décrit l’imbroglio. C’est pourtant ce pays qui est le point névralgique de la contagion djihadiste qui s’étend sur les deux rives de la Méditerranée. Une mer commune que Thomas Lagoarde-Segot et Bernard Paranque estiment au bord du gouffre. Dans les pages Idées&débats des Échos, ils rappellent qu’elle est toujours « la frontière la plus inégale au monde : le PIB combiné des pays de la rive sud (Egypte, Maroc, Tunisie, Liban, Turquie, Israël et Palestine) est équivalent de celui de l’Espagne ». Et si l’on excepte la Turquie et Israël, ce PIB est inférieur à celui de la Belgique. Les économistes (professeurs à Kedge Business School) soulignent que « les populations du Sud vivent comme une stigmatisation le fait d’être exclues du processus de développement que leur renvoie l’Occident. En même temps, de manière négative et fondamentaliste certes, il y a aussi une contestation de ce modèle fondé sur l’avoir et peu soucieux de la situation des plus démunis ou défavorisés. » La donnée démographique rend cette situation explosive, comme l’attestent les émeutes en Tunisie. Le terrorisme islamiste trouve là son terreau le plus sûr, bien plus que dans les errements diplomatiques des Occidentaux (notamment à la politique américaine des années 2000) ou dans un prétendu « choc des civilisations », estiment les économistes. « Le djihadisme doit une grande partie de son succès à sa capacité à canaliser la frustration économique et politique d’une minorité de la jeunesse, et pas seulement arabe, en lui proposant une pseudo-alternative mythique (le « Califat ») – insistent-ils. Mais il doit aussi son succès au vide moral et éthique que laisse le paradigme financier occidental comme seul cadre d’action pour atteindre le bien-être social. »

Dans les pages Débats du Monde, la sociologue Amel Boubekeur juge quant à elle qu’il faut « repolitiser la parole des musulmans » pour contrer la radicalisation

Elle observe que « depuis le début des années 1980, les gouvernements successifs ont tenté de désamorcer la charge politique des demandes des Français de confession musulmane en les communautarisant au lieu de les intégrer aux préoccupations générales du pays ». Et qu’aujourd’hui leur parole n’est requise que pour dénoncer le terrorisme et assignée à ce rôle. Amel Boubekeur rejoint ainsi les positions de Pierre Manent qui exhorte les citoyens musulmans à investir l’espace public pour exprimer la diversité de leurs opinions au lieu de se replier dans un communautarisme propice à toutes les dérives sectaires. Car sous prétexte qu’il est piégé et sans que les conditions en soient réunies dans la sphère publique et médiatique, renoncer « au dialogue et à la confrontation d'idées dans le cadre républicain crée les conditions de récupération de leur politisation par des groupes radicaux ».

Toujours dans l’orbite de la Méditerranée, la revue Vacarme propose dans sa dernière livraison un grand dossier sur l’Égypte, 5 ans après la révolution

Avec notamment la contribution de Stéphane Lacroix qui analyse l’attitude ambiguë mais révélatrice du parti salafiste al-Nour, entré dans le jeu démocratique sans y adhérer pour être finalement instrumentalisé par le pouvoir militaire dans son offensive contre les Frères musulmans. En concurrence avec eux sur le marché de la prédication et pour le contrôle des mosquées, les salafistes n’ont pas hésité à soutenir le coup d’état du général al-Sissi, œuvrant davantage à la manière d’un lobby religieux que d’un parti politique. Car il est préférable pour eux « d’avoir au pouvoir des acteurs militaires ou même séculiers » qui « n’ont pas, en théorie, de prétention sur le champ religieux », un peu comme « les partis ultra-orthodoxes qui n’hésitent pas, en Israël, à s’allier à la droite laïque ». Mais c’est sans compter sur la base qui a du mal à admettre le soutien aux militaires et qui fraternise volontiers avec les Frères. En témoigne la piètre prestation d’al-Nour aux élections législatives ultra-verrouillées d’octobre-novembre 2015, alors même qu’il était le seul parti religieux en lice. Stéphane Lacroix observe de la part de ses militants un repli sur le religieux en forme de désaveu de l’aventure politique, voire une radicalisation au sein de mouvements violents luttant contre le régime, comme l’organisation État islamique.

Jacques Munier

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