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Soirées électorales

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Le rideau est retombé sur la scène médiatique des Régionales et les politologues et autres experts vont pouvoir dormir un peu…

L’un d’entre eux, particulièrement sollicité ces derniers temps, exprime sa lassitude et projette une lumière oblique et crue sur les grands shows post-électoraux. Spécialiste du Front national, il a été sur tous les plateaux, dans tous les studios et les pages des quotidiens et des hebdos. Il suffit de taper son nom – Jean-Yves Camus – sur Google au rayon actualité, car il a aussi la sienne propre ayant publié tout récemment avec Nicolas Lebourg un ouvrage sur Les Droites extrêmes en Europe , pour prendre la mesure de sa fatigue aujourd’hui. Dans la Lettre d’un expert qui en a marre de remplacer les politiques qu’il publie dans Charlie Hebdo , son journal d’adoption, il livre un témoignage éclairant sur l’inanité du traitement médiatique de l’événement politique, sur l’inconsistance de ce qu’est devenu l’espace public à l’ère de la communication, alors même que la question politique s’y invite d’une manière cruciale. Fatigué qu’on lui demande sans relâche « des solutions quand son métier est d’analyser les ressorts du vote et le monde des idées », qu’on le presse de répondre à une avalanche de questions sans qu’il dispose forcément « des données brutes nécessaires à l’analyse », il décrit le vain rituel des soirées électorales où les politiques tournent en boucle d’un plateau à l’autre pour convaincre sans trop y croire qu’ils ont gagné ou qu’ils ont compris le message délivré par les urnes. Vient ensuite la « séquence décryptage » où les experts « sont invités à répondre à des questions qui sont du seul ressort des candidats et des élus : ce qu’il faudrait faire pour que le FN baisse ou pour que les abstentionnistes se déplacent »… « On nous demande de penser non seulement « pourquoi le FN », ce que nous savons faire, mais « comment faire de la politique », si possible autrement » ajoute le politologue tout en constatant que, par ailleurs, le monde politique continue à tourner comme avant. Ces universitaires, avec le temps qu’il faut pour ça, ont pourtant condensé leurs réflexions dans des livres disponibles que ni la plupart des médias, ni les politiques ne semblent se soucier de lire. Alors le temps venu de dormir un peu, leurs analyses « reprendront leur place sur les rayonnages des bibliothèques jusqu’au soir de la présidentielle de 2017 », conclut le chercheur non sans amertume car il est aussi un citoyen.

Les idées refont surface dans Les InRocKuptibles à l’occasion d’une rétrospective en six concepts de l’année qui touche à sa fin

De radicalisation à crime climatique en passant par consolation, repli, intellos de gauche ou fraternité, Jean Marie Durand passe en revue les pulsations artérielles qui ont failli nous conduire à l’accident vasculaire cérébral. Une sorte de Guide Michelin abrégé – deux petites pages pour nous repérer dans l’époque – et nous consoler de ne pas avoir lu le livre de Michaël Foessel, Le Temps de la consolation , paru quelques semaines avant les attentats du 13 novembre, un livre pourtant considéré ici comme une étape à part entière du chemin de croix que l’année nous a infligé.

Et dans L’Humanité l’indispensable duo des linguistes militants Francis Combes et Patricia Latour explore la sémantique « bien pansue » de la bien-pensance, un concept nomade qui s’est également retrouvé cette année sur le devant de la scène intellectuelle

La substitution d’un néologisme laid à l’expression politiquement correct venue des Etats-Unis signale peut-être selon eux un effet d’usure lié à une valeur d’usage dégradée par la mode dont la loi d’airain est de toujours finir par se démoder… Bien-pensant est celui dont les opinions sont jugées conformistes, c’est donc toujours l’autre. L’un des premiers à avoir employé le terme c’est Bernanos dans un livre de 1931, La Grande peur des bien-pensants , en hommage à Drumont, l’antisémite auteur de La France juive . Il est singulier qu’aujourd’hui on le retrouve entre autres sous la plume d’Alain Finkielkraut pour fustiger la pensée de gauche. Mais Bernanos lui-même n’avait pas hésité à tirer à boulets rouges contre son propre camp dans son livre sur la guerre civile espagnole, Les Grands cimetières sous la lune . Preuve s’il en fallait que la bien-pensance est surtout là où on l’invoque.

Jacques Munier

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