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Syrie, le jour d'après

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"Sans doute un demi-million de morts, deux fois plus de blessés et de mutilés, la moitié de la population expulsée de ses foyers, soit déplacée en Syrie, soit réfugiée à l’étranger… Le régime a préféré détruire le pays plutôt que de le perdre, quitte à ne reconquérir que des ruines."

Israël s’engage de plus en plus ouvertement dans le conflit syrien, comme en témoigne le récent raid aérien visant une cible militaire près de Palmyre

« Depuis six ans, jamais une opération militaire israélienne en Syrie n’avait été aussi clairement revendiquée par l’Etat hébreu », observait Piotr Smolar dans Le Monde. La Syrie a répliqué en tirant plusieurs missiles antiaériens, interceptés par le système de défense Arrow, dont c’est la première utilisation connue. Les israéliens veulent à tout prix empêcher la livraison d’armes sophistiquées au Hezbollah libanais. C’est pourquoi leur aviation s’aventure de plus en plus loin dans l’espace aérien syrien. Le correspondant à Jérusalem du quotidien rappelle qu’en visite à Moscou le 9 mars, « M. Nétanyahou a invité Vladimir Poutine à la vigilance afin que la Russie ne permette pas aux ennemis d’Israël, l’Iran et ses associés du Hezbollah, de s’implanter durablement en Syrie ». Si l’on en croit Yaron Friedman, ça n’est pas gagné. Le journaliste du Yedot Aharonot de Tel Aviv constate que « depuis le déclenchement de la guerre civile, les zones occidentales de la Syrie se vident de leur population sunnite et sont repeuplées par des chiites ». Les forces iraniennes et le Hezbollah, présents de longue date sur le terrain « procéderaient au nettoyage systématique des zones sunnites reconquises, sans distinction entre combattants et civils, et en commettant des massacres si nécessaire ». Des miliciens originaires d’Afghanistan, d’Irak et du Pakistan s’y seraient installés avec leur famille et l’on soupçonne le régime syrien de s’employer ainsi à empêcher le retour des réfugiés, majoritairement sunnites. Courrier International consacre un dossier à la situation en Syrie, où l’on peut lire cet article, ainsi que celui d’Akram Al-Bunni dans Al-Hayat. Lequel déplore que les négociations de paix ne progressent pas, alors que les bombardements continuent dans les zones de cessez-le-feu. Rien d’étonnant à cela, puisque « le régime Assad, qui n’a fait aucune concession pendant les années où il subissait des échecs militaires, n’en fera pas plus aujourd’hui alors qu’il a réussi d’importantes reconquêtes. » Et nombreux sont ceux qui ont tout à craindre d’une solution politique, et des poursuites qui pourraient se déclencher « pour l’atrocité des crimes qu’ils ont commis », notamment dans les prisons où l’on estime à près de 20 000 le nombre de détenus morts sous la torture. Enfin, l’allié iranien « de plus en plus préoccupé par la perspective d’un retour des tensions avec les Etats-Unis » n’est pas prêt de renoncer à ses objectifs en Syrie et au Proche-Orient. Dans les pages débats de L’Obs, Jean-Pierre Filiu fait le triste bilan de la révolution syrienne, dont on a célébré la semaine dernière le 6ème anniversaire : « Sans doute un demi-million de morts, deux fois plus de blessés et de mutilés, la moitié de la population expulsée de ses foyers, soit déplacée en Syrie, soit réfugiée à l’étranger… Le régime a préféré détruire le pays plutôt que de le perdre, quitte à ne reconquérir que des ruines. »

Dans la revue Le débat, Xavier Rauffer pose une question troublante : l’Etat islamique recule mais est-ce parce qu’il est battu militairement ou « parce qu’il a joué son rôle » ?

C’est un article très documenté où le spécialiste de sécurité globale et de géopolitique retrace l’histoire de cette organisation, dont les fondateurs ont constamment trouvé refuge dans les pays considérés par eux comme « apostats » : l’Iran chiite et la Syrie alaouite. On sait que dans la région, « toute entité terroriste mute fatalement – et vite – en terrorisme d’État ». Et l’on connaît le rôle joué par la Syrie dans la constitution de l’État islamique en libérant les djihadistes pour apparaître comme le recours. On peut noter en outre que d’après les documents saisis à la suite d’opérations commando américaines, l’organigramme de l’organisation révèle un commandement constitué par d’anciens officiers irakiens, qui reproduisent les méthodes et pratiques sécuritaires baasistes, et qu’« à la tête de cette entité sunnite fanatique, il n’y a pas d’islamistes ». D’ailleurs, lorsqu’ils se répandent en Syrie depuis l’Irak, les combattants de l’organisation se gardent bien de s’attaquer à leur « bête noire, l’alaouite Bachar el-Assad, allié fidèle de l’Iran chiite ». Ils se ruent « sur l’Armée syrienne libre et Jabhat al-Nosra et, sous de fumeux prétextes religieux » ils occupent leurs positions, égorgent leurs chefs et massacrent leurs miliciens refusant l’allégeance au califat. Tous les éléments rassemblés par Xavier Rauffer conduisent à la conclusion effarante que cette organisation État islamique n’est qu’un ramassis de mercenaires œuvrant pour la consolidation de l’hégémonie au Moyen Orient de la République islamique iranienne. Lorsqu’une katiba active à Mossoul apprend que la solde de la troupe baisse de moitié, elle déserte pour rejoindre Jabhat al-Nosra « qui bénéficie des largesses pétro-monarchiques » saoudiennes. Et à Deir Ez-Zor, en Syrie, l’émir en place « disparaît avec toute la solde de ses moudjahidines, leur laissant sur Twitter le testament suivant : Quel État ? Quel califat ? Bande de crétins… » Un article éclairant pour comprendre le terrorisme islamiste au Moyen-Orient, « mais avant tout en Europe ».

Par Jacques Munier

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