LE DIRECT
Les femmes et le télétravail...

Travail : comme un air de prérentrée

5 min
À retrouver dans l'émission

Le nouveau protocole sanitaire entre en vigueur demain, il précise que chaque entreprise doit déterminer, par le dialogue social, un nombre minimal de jours de télétravail pour les activités qui le permettent.

Les femmes et le télétravail...
Les femmes et le télétravail... Crédits : K-J. Hildenbrand - Getty

On savait que de ce point de vue, rien ne serait plus comme avant. Comme le souligne Frantz Durupt dans Libération, "les signes de cette évolution se multiplient, entre la SNCF qui lance un forfait annuel télétravail sur les TGV et une étude de l’Apec, l’association pour l’emploi des cadres, selon laquelle la possibilité de télétravailler constitue un critère important pour 69 % des cadres en recherche de poste". La fonction publique maintient trois jours de télétravail par semaine et dans le privé, on observe une tendance à un retour très progressif et négocié, dans la perspective d’une remobilisation générale d’ici à la rentrée de septembre. Là-dessus, syndicats et patronat s’accordent : le télétravail intégral, c’est non ! Un consensus semble se dessiner autour d’une organisation hybride, avec une part de travail à distance et une autre sur site. Reste que des inégalités se sont aggravées dans cette situation, notamment entre les hommes et les femmes, dont le travail est beaucoup plus interrompu par les tâches domestiques.

Mariée à la culture du présentéisme qui prévaut en France, cette réalité pourrait conduire les hommes à privilégier le fait d’aller au bureau pour se faire voir de la hiérarchie pendant que les femmes, renvoyées à la maison, dont elles géreraient encore davantage l’intendance, demeureraient invisibles.

L’accord national interprofessionnel signé par le patronat et plusieurs syndicats stipule que le télétravail doit être volontaire, tout en recommandant la négociation collective en entreprise. Mais certaines d’entre elles, pour faire des économies de loyer, seraient tentées de réduire leur surface de bureaux et d’imposer le "flex office", où les salariés n’ont plus de poste attitré. La question se pose alors : "quand on dégrade les conditions de travail au bureau et que cela pousse les salariés à privilégier le télétravail, en quoi ce dernier relève-t-il encore du volontariat ?"

« Reconstituer les collectifs de travail »

Plus de 1 000 accords de télétravail ont été négociés dans les entreprises depuis la crise sanitaire, et dans nombre d’entre elles les discussions se poursuivent. Celles "qui ont déjà communiqué sur l’organisation du retour, calée sur un ou deux jours de travail en présentiel ou sur des rotations par équipes qui avaient bien fonctionné à l’automne 2020, prévoient une vigilance accrue sur la jauge déjà en place" précise Anne Rodier dans Le Monde. De fait, aucune des entreprises qu’elle a interrogées n’envisage un retour à 100 % en présentiel. "L’organisation de travail hybride élaborée durant la crise sanitaire devrait perdurer." Et l’accent est mis désormais sur le critère de la dimension collective du travail. Laquelle ne se limite pas à la pause-café ou aux pots de départs... "Pour le manageur, tout reste à faire" souligne Audrey Richard, présidente de l’Association nationale des DRH. Et pour les salariés, c’est le moment ou jamais d’y penser.

Car ce qui s’annonce, c’est plutôt la segmentation, voire la fragmentation des collectifs de travail. Dans la tendance lourde à la sous-traitance, la filialisation, l’externalisation, le télétravail pourrait bien constituer le stade ultime et déterminant d’une désintégration du travail. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication ouvrent à ce processus un champ immense, comme le montre Patrick Cingolani dans La colonisation du quotidien - sous-titré Dans les laboratoires du capitalisme de plateforme, qui vient de paraître aux Éditions Amsterdam. Le sociologue y étudie l’évolution qui mène "de la reconfiguration de la production à la colonisation de la consommation et des formes de vie", jusqu’aux formes les plus intrusives de surveillance.

Lorsqu’ils extraient de l’attention, de la contention au travailleur à domicile qui effectue des micro-tâches, la plateforme et son client usent de « mouchards électroniques » qui scrutent l’indépendant jusqu’à vérifier sa présence effective devant son écran.

Face à l’effacement programmé de "la séparation spatiale qui a jusqu’ici institué la frontière entre les temps sociaux", Patrick Cingolani invite à "repenser les lois et les modalités de protection du travailleur", mais aussi à retourner "l’usage du numérique dans l’action collective", ou dans des réseaux d’échange coopératifs - dont il donne plusieurs exemples - qui restituent leur "pouvoir d’agir" aux indépendants et aux salariés.

Par Jacques Munier

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

6H45
11 min

Les Enjeux internationaux

Verdict en appel du procès de Ratko Mladic: quelles mémoires de la guerre de Bosnie ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......