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Une clairière sur les pentes du mont Mikeno, RD Congo

Trump, délinquant climatique

4 min
À retrouver dans l'émission

Les réactions à la décision américaine de quitter l’accord de Paris se multiplient, on parle même de " crime contre l'humanité ".

Une clairière sur les pentes du mont Mikeno, RD Congo
Une clairière sur les pentes du mont Mikeno, RD Congo Crédits : Roberto Schmidt - AFP

C’est ce que dénonce Mark Hertsgaard dans Le Monde, même s’il convient que l'expression doit être employée avec précaution. Mais dans la mesure où cette décision « va accentuer la menace sur des millions de vies », il l’estime justifiée et rappelle que « Timothy Wirth, qui fut sous-secrétaire d'Etat sous Bill Clinton et prit part à la négociation du protocole de Kyoto, a affirmé en 2007 que ceux qui cherchaient à nier les preuves scientifiques démontrant la réalité du réchauffement climatique " devaient être jugés pour crime contre l'humanité. » Le journaliste américain, spécialiste de l’environnement pour l’hebdomadaire The Nation, revient sur le discours du président américain, « qui recyclait des éléments de langage utilisés par les climatosceptiques depuis des années », trouvant « le moyen de faire encore pire en affirmant que l'accord de Paris devait être abandonné parce qu'il n'en faisait pas assez pour protéger les générations futures ». Le journaliste relève les mensonges proférés, comme le fait que l'accord de Paris exigerait la fermeture des centrales au charbon, ce qui est faux puisque les réductions d'émission de gaz à effet de serre se font sur la base du volontariat. Il a ajouté que l'entente était " très injuste " envers les Etats-Unis, mais « bien que l'Amérique soit le plus grand pollueur de l'histoire, elle est traitée de la même manière que les autres pays industrialisés. » Enfin, « l'une des contre-vérités les plus honteuses proférées par Trump visait la Chine, accusée de ne rien faire pour limiter le réchauffement de la planète » alors qu’en 2016 « elle a renoncé à 170 gigawatts d'électricité que devaient produire des centrales au charbon existantes ou en projet et a fait le choix de construire au plus vite des installations solaires et éoliennes ». Selon Mark Hertsgaard, « Le retrait de l'accord de Paris par Donald Trump n'empêchera pas le reste du monde d'avancer. Le solaire, l'éolien et d'autres formes d'énergie propre croissent à grande vitesse, récompensant les investisseurs et employant 3 millions d'Américains. Bien plus que les carburants sales du passé. » Et dans le pays, la résistance s’organise. « Jerry Brown, gouverneur de la Californie, la sixième économie du monde et haut lieu d'innovation en matière d'énergie propre, a réagi en insistant sur l'échec qui attend la politique de Trump. " La dynamique va dans le sens contraire » a-t-il affirmé, alors qu’il doit se rendre prochainement en Chine pour intensifier la collaboration entre la Californie et la deuxième économie mondiale. Par ailleurs, Jerry Brown vient de rejoindre la United States Climate Alliance, qui regroupe les gouverneurs des Etats de New York et de Washington ainsi que des grandes villes comme New York, Los Angeles et Chicago, une alliance qui prévoit d'adhérer à l'accord de Paris en dépit du retrait du gouvernement fédéral.

Sur le plan des idées, la pensée écologique avance, elle est devenue un domaine à part entière des sciences humaines et gagne en audience

Dans La Quinzaine littéraire, Véronique Bergen rend compte du livre d’Eduardo Kohn : Comment pensent les forêts, sous-titré Vers une anthropologie au-delà de l’humain, publié par Zones sensibles. Pour l’anthropologue, « les forêts pensent ; les entités sylvestres constituent des ensembles de signes où humains et non-humains, hommes et animaux, végétaux, esprits des morts nouent des liens ». Selon lui, « si nous voulons survivre à l’Anthropocène, cette ère indéterminée qui est la nôtre, dans laquelle le monde au-delà de l’humain est de plus en plus transfiguré par le trop-humain, nous devons cultiver activement ces manières de penser avec et comme les forêts ». C’est auprès des Indiens Runa d’Amazonie que Kohn a fait l’expérience de cette interdépendance et de la solidarité entre humains et non-humains. « L’histoire globale entre dans la nature ; la nature globale entre dans l’histoire », écrivait Michel Serres dans Le Contrat naturel, pour illustrer ce qu’on appelle aujourd’hui l’anthropocène, le nouvel âge géologique marqué par l’impact des activités humaines sur la planète, et dont le réchauffement climatique est l’indice le plus clair. Ce nouvel âge nous impose de mettre en cause et repenser les couples d’opposition qui ont structuré notre vision du monde : nature et culture, sauvage et civilisé, sujet/objet. Pour le fondateur de l’écologie profonde, Arne Næss, ce n’est pas tant la forêt que la montagne dont nous devons nous inspirer pour refonder la pensée de l’interaction avec la nature. Les éditions du Seuil publient un ensemble de textes sous le titre Une écosophie pour la vie. Il y est aussi question de forêts. Notamment à travers le concept de « cœur de la forêt », « non pas le centre géométrique, mais cette qualité indéfinissable qui confère à la forêt son unité et son identité, cette gestalt si particulière », une forme où nous devenons sensibles « à un réseau de relations au sein duquel chaque élément tire sa signification de la place qu’il occupe dans l’ensemble ». La forêt est un état d’âme, disait Gaston Bachelard.

Par Jacques Munier

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