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30 janvier 2017

Trump power

4 min
À retrouver dans l'émission

Big Browser, le blog de la rédaction du Monde.fr, fait le bilan des premiers jours de l’administration Trump.

30 janvier 2017
30 janvier 2017 Crédits : Nicholas Kamm - AFP

« Fuites, paranoïa et management en rodage » : la presse, pourtant considérée comme l’ennemie numéro un, a en effet bénéficié d’un torrent de fuites révélant, y compris de l’intérieur, les débuts chaotiques et ubuesques de la présidence républicaine. Ces fuites dénotent un climat de suspicion généralisée dans les équipes rapprochées du président, entre lesquelles le courant ne passe pas, dans « une ambiance de fin de règne, alors qu’il ne fait que commencer ». Le site Politico affirme que « la paranoïa est aussi alimentée par le fait que personne ne sait s’il est en odeur de sainteté ou non, et sur qui il peut compter ». Parmi les monstrueux cafouillages qui s’accumulent, le décret devenu le « Muslim Ban », destiné à interdire l'entrée des États-Unis aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans, n’a pas été soumis pour consultation aux agences chargées de l’appliquer. L’un de ses rédacteurs, avec Stephen Miller, le sulfureux Steve Bannon qui dirige le site d’extrême-droite, complotiste et suprémaciste Breitbar News, vient d’être catapulté au Conseil de sécurité nationale, organe chargé d’épauler le président en matière de politique étrangère, à un poste réservé aux généraux les plus gradés du pays. C’est le décret en trop, qui est resté en travers de la gorge de Donald Trump, lequel, visiblement, donne du calame sans grand discernement… Selon le New York Times, il serait furieux de ne pas avoir « été suffisamment briefé » avant de signer le document, n’ayant compris qu’après coup qu’il avait nommé le bouffon hystérique et dangereux à ce poste stratégique. La chronique de Jean Rouaud dans L’Humanité propose de relire L’éloge de la folie au regard de notre monde contemporain. Érasme se demande en quels termes interpeller les puissants de son temps : « Vous dirai-je citoyens ? Mais encore faut-il une épithète ? Pourquoi pas maîtres-fous ? »

« Trump est une de ces petites aiguilles qui pourraient crever la bulle financière », s’inquiète l’économiste Jean-Michel Naulot dans les pages idées de Libération

En 2008 « la finance en faillite a fait sombrer l’économie mondiale, exploser les inégalités, bondir la dette publique et disparaître la confiance ». Celui qui a été régulateur à l’Autorité des marchés financiers (AMF) dénonce « un libéralisme économique à bout de souffle » mais en roue libre. Sans contrôle de la puissance publique, et « sans un minimum de gouvernance internationale, c’est un système qui secrète la pauvreté, la violence et la confrontation. Certains observateurs se laissent impressionner par les chiffres du chômage dans la société anglo-saxonne mais la réalité est différente des statistiques officielles. Si le taux de chômage américain est de 5%, c’est parce qu’il est régulièrement nettoyé.» La réalité de la société ultralibérale, c’est qu’« une petite minorité capte la plus grande partie des richesses. Les Etats-Unis comptent 3,5 millions d’enfants qui dorment dans la rue et 15% des Américains se nourrissent avec des bons alimentaires ». Mais pas de panique à Wall Street : « L’indice dit de volatilité des marchés, qui mesure le stress des marchés, était la semaine dernière dans ses plus bas niveaux historiques ». Pour Jean-Michel Naulot, qui s’entretient avec Vittorio de Filippis, « Cela signifie que les investisseurs financiers n’anticipent aucun facteur de risque! L’indépendance présumée des banques centrales est en réalité une dépendance à l’égard de marchés financiers devenus tout-puissants. »

Une dernière « cup of tee » pour la route: un beau cadeau à la finance

Dans Les Echos, Guillaume Maujean décrit la dernière signature présidentielle en date, « mise en scène désormais bien rodée, devant les caméras », « l'executive order, qui donne le coup d'envoi à la dérégulation de Wall Street. Le président entend détricoter la loi Dodd-Frank, le code de bonne conduite imposé à la finance américaine après la grande crise de 2008 ». Par un « incroyable pied de nez, et dramatique signal envoyé au monde », Mister Dollar déroule le tapis rouge aux géants bancaires et financiers des « hedge funds » après que Dr Trash a donné aux chômeurs de la « rust belt » l’assurance qu’il allait s’occuper du mur mexicain. « Le Dodd-Frank Act, instauré par Obama au bout de millions d'heures de négociations au Congrès était loin d'être parfait – ajoute Guillaume Maujean. Mais il avait au moins le mérite de s'attaquer aux marchés les plus opaques, de renforcer la solidité des banques, de mieux protéger les consommateurs et de donner davantage de moyens aux gendarmes boursiers. » Le signal envoyé au monde va « tirer vers le bas la qualité et l'exigence des nouvelles règles ». Conclusion : « Parce que la finance de l'ombre a pris un poids considérable. Parce que les populistes menacent le commerce et la croissance mondiale. Qui pourra empêcher le grand désordre lorsque Trump aura lancé lui-même la première guerre des changes sur Twitter ? »

Par Jacques Munier

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