LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Un scrutin historique?

5 min
À retrouver dans l'émission

Nombreux sont les commentaires qui font état aujourd’hui d’un « scrutin historique ».

« Le vainqueur est un novice en politique, l’extrême droite fait un score record et les principaux partis de gouvernement sont défaits » résume Béligh Nabli dans les pages idées de Libération. « Fait sans précédent sous la Ve République, la droite parlementaire ne sera pas représentée au second tour de l’élection gaullienne par excellence. » Même son de cloche chez Pascal Ory dans Le Monde, qui parle d’une « date historique », comme quoi c’est toujours après coup que l’événement peut être qualifié comme tel, même si on l’a vu venir. Jérôme Jaffré souligne dans Le Figaro qu’Emmanuel Macron réalise « le rêve, jamais atteint sous la Ve République, du succès d'une force comprenant le centre gauche, le centre et le centre droit. À gauche, Gaston Defferre, Michel Rocard, Jacques Delors s'y étaient essayés ; à droite et au centre, Raymond Barre, François Bayrou, Alain Juppé en avaient rêvé. C'est dire l'ampleur de l'événement ». Quant à Jean-Marc Vittori dans Les Echos, il file la métaphore tropicale de l’ouragan : « les deux plus vieilles maisons, celles des Républicains et des socialistes, sont dévastées. Une plante étrange sortie de terre, le Macronus juvenatus, a poussé en quelques semaines printanières. Le menhir de Montretout est devenu le principal relief de la lande ». Mais l’éditorialiste nuance : « Tout semble avoir changé. Et pourtant, tout reste pareil, car cette révolution apparente s’inscrit dans une matrice puissante qui structure le paysage » : « le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, issu du droit ecclésiastique », qui favorise la compétition de factions à l’intérieur des camps qui s’opposent. C’est pourquoi, s’ils s’accordent sur l’effet de souffle, tous ont l’œil rivé sur l’horizon du coup d’après, celui des législatives, qui pourrait bien donner son sens définitoire à l’événement. Là où les partis traditionnels disposent d’ancrages locaux, « les nouveaux-venus auront du mal à s’imposer ». Macron, Le Pen ou Mélenchon, qui postulent le dépassement du clivage droite-gauche au nom du peuple souverain, risquent fort de se retrouver face à la réalité du terrain politique. Dans L’Humanité, Aurélien Soucheyre relève, mine de rien, que c’est dans les villes communistes que Mélenchon obtient ses meilleurs résultats. Et le feed-back pour le président fraîchement élu pourrait se présenter comme le retour du refoulé sous la forme honnie de l’instabilité parlementaire, faute d’une majorité solide.

C’est donc le 18 juin, au second tour des élections législatives, que se jouera la vraie victoire ?

Un jour symbolique et « historique » s’il en est… C’est là qu’on pourra juger de la résilience du « système » instauré par le général, ou au contraire du désir de changement institutionnel des Français. Rémi Lefebvre doute que le clivage gauche-droite ait vraiment disparu. « Il s’est peut-être même polarisé plus que jamais », estime-t-il dans Libération. « La gauche esquisse une reconstruction contre le PS fourvoyé dans le social-libéralisme. Le système partisan peut se réaligner à gauche sur de réels clivages idéologiques. » Quant à la droite républicaine, elle « va sans doute remobiliser aux élections législatives des électeurs qui se sentent spoliés. Le clivage gauche- droite traverse même l’électorat d’Emmanuel Macron ». Jérôme Jaffré, toujours dans les pages Champs libres du Figaro, observe que « la Ve République est à la croisée des chemins ». Macron, qui a obtenu moins de 24 % au premier tour, « n'a pas d'alliés et, a priori, n'en cherche pas, attendant tout de l'effet de souffle de son élection et de sa position du juste milieu ». Le politologue voit se profiler un premier tour des législatives opposant cinq forces politiques : le Front national, les Républicains, En marche, le PS et La France insoumise. Seuls les candidats qui auront atteint la barre des 12,5 % des inscrits pourront accéder au second tour. « Du coup, la question pour Macron est de savoir s'il présente partout des candidats EM ou s'il facilite la mise en place d'une coalition en laissant le champ libre à certains députés PS qu'il jugerait compatibles et parallèlement à des candidats de centre droit. » Et « si la droite retouche son projet présidentiel pour s'intéresser davantage aux salariés, elle peut espérer récupérer certains électeurs qui avaient voté pour le FN à la présidentielle ». Bref, c’est parti pour les grandes manœuvres…

La présence du Front national au deuxième tour de la présidentielle, même si elle a été banalisée à force d’être annoncée par les sondages, contribue à faire de cette élection un événement

C’est ce que souligne Florent Gougou dans Le Monde. Depuis la forte poussée du FN aux élections européennes de 2014, amplifiée aux premiers tours des départementales puis des régionales de 2015, la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle est considérée comme un fait accompli. Mais le politiste estime que sa « deuxième position derrière Emmanuel Macron marque un échec pour le parti qui se targuait d'être la première force politique du pays » et qu’une large défaite au second tour entraînerait « son impuissance à gagner des sièges aux législatives ».

Par Jacques Munier

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......