LE DIRECT
Parc André Citroën, Paris, sous la canicule

Un trop bel été ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Alors que la Chine et les Etats-Unis ont ratifié l’accord de Paris sur le climat, les records de chaleur se multiplient

Parc André Citroën, Paris, sous la canicule
Parc André Citroën, Paris, sous la canicule Crédits : Vincent Isore - Maxppp

Et l’on pourrait bien un jour prochain se mordre la langue d’avoir proclamé qu’on a passé « un magnifique été ». D’après Bruno Latour, celui-ci aura été le plus chaud depuis qu’on mesure le temps qu’il fait. « Mon père, mon grand-père pouvaient prendre leur retraite – écrit-il dans Le Monde – vieillir tranquillement, mourir en paix : les étés de leur enfance et ceux de leurs petits-enfants pouvaient se ressembler. Bien sûr, le climat fluctuait, mais il n'accompagnait pas le vieillissement d'une génération, comme il accompagne la mienne ». Ce nouveau « couplage », cette interaction fatale entre les mois qui passent dans notre histoire personnelle et les mois de l'histoire du système Terre, certains l’ont désigné du nom d’anthropocène : « tout se passe comme si l'histoire humaine et l'histoire géologique embrayaient l'une sur l'autre… Que faire si le beau mois d'août de l'histoire humaine devient le pire mois d'août de l'histoire climatique ? » Montesquieu et sa théorie des climats – rappelle Bruno Latour « voulait que les lois d'un pays soient si bien agencées qu'elles épousent les particularités de la géographie et des mœurs. L'esprit des lois, à ses yeux, c'était le lien du climat et des peuples. Voilà qui prend aujourd'hui une autre résonance ». Et si la politique ne s’emploie pas à dénouer le lien funeste entre notre histoire humaine et celle de la Terre, « comment ferez-vous pour dire à vos petits-enfants : " Tu vois ce beau mois d'août 2016 tout rouge sur la carte des climatologues ? Eh bien c'est moi, c'est ma génération qui l'a fait ! " »

Cette dimension éthique est au cœur de la pensée d’André Gorz, l’un des fondateurs de l’écologie politique

Les pages débats de L’Obs consacrent un dossier à ce précurseur, ami de Sartre et de Marcuse, à l’occasion de la parution à La Découverte de la biographie signée Willy Gianinazzi. Dans le dernier entretien accordé à l’hebdomadaire avant son suicide en 2006, le philosophe évoque l’éthique de Hans Jonas – « nous n’avons pas le droit de compromettre la vie des générations futures dans l’intérêt à court terme de la nôtre » – tout en critiquant son approche kantienne : « il en appelle au sens de la responsabilité de chacun, individuellement. Mais je ne vois pas comment des choix individuels changeront rapidement et radicalement notre modèle de consommation et de production… Le consommateur individualisé est le contraire du citoyen qui se sent responsable du bien commun ». D’où l’importance de l’engagement politique.

On peut aussi mobiliser les ressources symboliques des traditions religieuses, comme le suggère Cécile Renouard dans la revue Études

Dans des sociétés marquées par des conceptions rivales du bien, ces traditions pourraient ajouter du sens au projet politique de la transition écologique. S’il est vrai que certaines d’entre elles sont d’emblée plus soucieuses de la nature, comme le chamanisme ou le bouddhisme, l’idée est de réactiver les courants qui, par exemple au sein du christianisme, postulent l’égalité de toutes les créatures devant Dieu ou la simplicité volontaire, la sobriété heureuse des franciscains. Cécile Renouard se réfère aussi à la Lettre encyclique du pape François Laudato Si’ pour la sauvegarde de la maison commune, qui « propose de considérer l’écologie intégrale comme une écologie économique, sociale et environnementale, une écologie culturelle, une écologie de la vie quotidienne animée par le souci de la justice et du bien commun ».

L’été, c’est aussi désormais trop de touristes… La question est posée par la revue Esprit

On a largement dépassé le milliard et déjà les effets délétères de cette industrie globalisée se font sentir, notamment sur les centres urbains que le business mondialisé d’Aibnb contribue à vider de leurs habitants. Le touriste est-il « cet être vide qui fait le vide » que décrivait Joffre Dumazedier dans ses travaux sur la société des loisirs ? Dans sa contribution Vincent Message relève le paradoxe : « nous voyageons en vantant une diversité que nos voyages concourent à détruire ». Et comme le souligne notre confrère Emmanuel Laurentin qui a coordonné le dossier : « Nous savons tous que ces courants touristiques vont la plupart du temps en sens unique, que là où les frontières tombent pour laisser partir les uns, elles se durcissent au contraire pour en empêcher d’autres de quitter leur terre devenue inhospitalière. » C’est pourquoi la revue ouvre un autre dossier pour accorder la Parole aux migrants et aux réfugiés.

Si l’on veut éviter la foule et le réchauffement climatique, restent les pôles ?

Rien n’est moins sûr… La revue Reliefs leur consacre sa dernière livraison. « Entre réchauffement, mondialisation et confiscation, les pôles sont déboussolés », eux qui constituent par ailleurs de formidables chambres d’enregistrement des évolutions du climat. « Tous profitent des bienfaits climatiques de l’Arctique » rappelle la militante écologiste inuit Sheila Watt-Cloutier. Mais la croissance mondiale ne pourra être durable que si elle prend en compte son importance vitale.

Par Jacques Munier

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......