LE DIRECT
La mosquée de Fréjus

Une charte pour l'islam de France

5 min
À retrouver dans l'émission

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a adopté une « charte de l’imam » pour promouvoir un « islam du juste milieu » attaché au « pacte républicain ».

La mosquée de Fréjus
La mosquée de Fréjus Crédits : Boris Horvat - AFP

Censée devenir un « élément essentiel » du recrutement des imams, elle vise notamment à contenir le développement d’un islam radical, mais elle fait déjà l’objet d’une polémique portant sur le rôle de l’État dans le culte et les choix spirituels d’une communauté très diverse, voire divisée. La Grande Mosquée de Paris, liée à l’Algérie, l’UOIF proche des Frères musulmans, les confédérations turques Milli G.rüs et CCMTF ainsi que l’association Foi et pratique (littéralistes du Tabligh) ont pris leurs distances en affirmant que la charte était encore « en cours d’élaboration ». C’est la question du jour en page Débats de La Croix. Anouar Kbibech, le président du CFCM mais également du Rassemblement des musulmans de France (proche du Maroc), estime « que la majorité des imams adhèrent déjà à ces principes » et que la charte les « incitera à propager un islam du juste milieu, une lecture ouverte et non dévoyée de l’islam », puisque « les valeurs qu’elle affiche ne sont pas contraires à la doctrine islamique », ayant été validées par un « conseil religieux, composé de théologiens ». La charte envisage aussi de « parvenir à une véritable recommandation des imams par le CFCM », de nature à cautionner « leur formation théologique, mais aussi leur formation civile et civique ». C’est la partie qui fait débat au sein de la communauté : quels instituts de formation théologique reconnus dispenseront cet enseignement ? Pour Haoues Seniguer, si le principe « d’une charte qui souligne l’importance des valeurs républicaines et qui prône un islam ouvert sur le monde et la pluralité » ne peut être contesté, surtout dans le contexte actuel, elle « risque d’être vécue ou comprise, par certains musulmans, comme une énième concession du CFCM envers la société et l’État ». Le maître de conférences à Sciences-Po Lyon estime en outre que l’expression « islam du juste milieu » est « un peu fourre-tout ». Mais que la caution que la charte prévoit d’accorder aux imams serait de nature à rassurer les fidèles qui ajoutent spontanément foi au prêche qui leur est dispensé. En revanche, pour Tarik Yildiz, sur le site Figarovox, « une partie non négligeable des musulmans refuse catégoriquement les intermédiaires religieux entre eux et l'Etat » car ils considèrent que leur religion appartient à la sphère privée. Ils estiment que l’intervention de la République dans leur pratique religieuse et leurs choix spirituels relève d’une forme de stigmatisation et d’amalgame liés à une violence terroriste qu’ils rejettent par ailleurs. Et pour le sociologue, auteur de Qui sont-ils? Enquête sur les jeunes musulmans de France, (Éditions du Toucan / L'Artilleur, 2016), le rôle de l’État est bien de faire respecter la loi en prévenant les violences, en sanctionnant le non-respect de l’égalité ou de la laïcité et l’apologie du terrorisme, mais pas de s’immiscer dans les choix spirituels des croyants.

Pour Claude Hagège, « la religion n’est pas un facteur de guerre en soi ».

Le linguiste au Collège de France publie chez Odile Jacob Les religions, la parole et la violence. S’il rappelle dans Le Point que les religions se sont d’abord transmises par la parole, leur mise en écrit « et l’attachement très fort qu’il suscite ne sont pas en soi des facteurs décisifs de l’outrance fondamentaliste, inspirée par le désir de conserver coûte que coûte la lettre de l’écrit ». Même le Coran, décrété « incréé », c’est-à-dire de nature purement divine, a d’abord été colporté par les compagnons du Prophète qui « ont appris par cœur des centaines de sourates et les ont transmises oralement avant que le texte ne soit finalement fixé par écrit plusieurs décennies après la mort du Prophète ». Quant à la violence, elle n’a pas seulement le texte sacré pour fondement ou prétexte : la cause principale des croisades n’était pas la défense du tombeau du Christ à Jérusalem, mais de nature économique et sociale. Selon lui, « les croisés partaient à la recherche d’aventure, de gloire et de fiefs. »

Orientalisme savant et littéraire, leurs rapports multiples fait l’objet d’une enquête approfondie de Pierre Larcher

Le linguiste et philologue, traducteur de la poésie arabe préislamique, la publie chez Sindbad/Actes Sud. De Zadig de Voltaire à Aragon en passant par Goethe, son Divan occidental-oriental, Victor Hugo, ses Orientales et l’époustouflant Les Djinns, ou Balzac et La peau de chagrin, où est inscrite la sentence orientale dont on ne sait si elle est en sanscrit ou en arabe, suivant les versions, Pierre Larcher suit à la trace la circulation secrète des textes d’origine arabe ou persane sous le manteau de lumière des langues. « Depuis la Renaissance jusqu’à une date récente, les orientalistes savants étaient formés au moule des humanités, ce qui suffit à expliquer le tropisme littéraire de beaucoup d’entre eux. » Les littéraires leur ont emboîté le pas tout naturellement. Une enquête littéralement fascinante d’érudition ludique. Avec un chapitre sur l’orientalisme et l’opéra.

Par Jacques Munier

L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......