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A Molenbeek

Une enquête à Molenbeek

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Une journaliste belgo-marocaine, Hind Fraihi, vient de publier l’enquête qu’elle a menée dans les milieux intégristes de Molenbeek

A Molenbeek
A Molenbeek Crédits : Winfried Rothermel - Maxppp

Sous le titre prémonitoire En immersion à Molenbeek. L'enquête qui aurait dû nous alerter ! le livre est paru le 10 mars aux éditions La Différence, soit huit jours avant l’arrestation de Salah Abdeslam dans cette commune de Bruxelles devenue une enclave salafiste et djihadiste. Elle explique dans Le Monde avoir mené cette enquête « pour confirmer les rumeurs sur le nombre d'islamistes radicaux et de djihadistes, revenus d'Afghanistan, de Tchétchénie ou d'Irak, qui y vivaient, mais aussi pour en savoir plus sur les recrutements, les prêches, les imams, les publications extrémistes ». « J'ai vu ces signes alarmants – ajoute-t-elle – et j'en suis sortie avec une interrogation : comment peut-on les laisser faire ? » Et pourtant les signaux se sont multipliés, qui établissaient dès 2004 les connexions entre Molenbeek et les attentats de Madrid, avec celui du Musée juif de Belgique à Bruxelles, le 24 mai 2014 ou la tentative d'attentat dans le Thalys. Hind Fraihi évoque aussi « un grand nombre de Belges partis faire le djihad en Syrie. On aurait dû tirer le signal d'alarme. » Son enquête, menée en 2005, avait été publiée par épisodes en 2006 dans le quotidien flamand Het Nieuwsblad. Aujourd’hui elle dénonce l’influence du wahhabisme, qui fait passer la loi islamique avant la loi démocratique, et l’inaction des autorités : « le Centre islamique belge, fondé en 1997 et dirigé par le cheikh syrien Ayachi Bassam, était connu pour être un centre de recrutement djihadiste. Le gouvernement fédéral le savait, mais n'a réduit qu'une partie de ses activités sans jamais le fermer définitivement ». La journaliste est retournée à Molenbeek le week-end du 19 mars, juste après l'arrestation de Salam Abdeslam. « Les habitants de la commune éprouvaient un réel soulagement, ils en avaient marre de vivre sous pression permanente. Depuis les attentats de Paris, en novembre 2015, il n'y avait plus de vie normale à Molenbeek, les médias internationaux les mettaient en état de stress. » Elle a constaté que la situation n’a guère changé, si ce n’est le profil des aspirants au djihad qui s’est diversifié : « Les djihadistes sont des grands ou des ex-petits délinquants. En flamand, on parle de gangsterislam. Quant aux destinations du djihad, elles ont changé. A l'époque, les candidats partaient en Afghanistan ou en Tchétchénie sans revenir en Belgique. Maintenant, ils partent pour la Libye, l'Irak, la Syrie, avec l'idée de revenir commettre des attentats en Europe. »

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Dans Libération Hamit Bozarslan analyse le contexte géopolitique, l’arrière plan historique et les enjeux du conflit. Il met en évidence la montée en puissance du djihadisme. « Dans les années 80, il y avait quelque 35 000 volontaires arabes en Afghanistan et l’Al-Qaeda de 2001 comptait tout au plus 2 000 hommes. Aujourd’hui, de l’Afghanistan au Nigeria, il y a sans doute quelque 150 000 combattants. » Cette progression relève pourtant à bien des égards d’une dynamique suicidaire. « Si l’EI était ancré uniquement dans une construction rationnelle, il ne multiplierait pas les attentats à l’extérieur de son territoire, en particulier en Occident – observe le directeur d’études à l’EHESS. Sans cela, il est probable que les grandes puissances s’en seraient accommodées, d’autant qu’il contrôle espaces et populations. Or, il est devenu l’ennemi pour tous. » On peut ajouter que cette situation n’est sans doute pas étrangère à son succès dans certains milieux, en Europe, au Maghreb ou ailleurs, et qu’elle constitue le noyau radioactif de sa propagande. À cela il faut ajouter le message apocalyptique et la dimension eschatologique avec l’idéal du retour à l’âge prophétique. Le spécialiste de sociologie historique et politique du Moyen-Orient rappelle que dans les années 30 en Allemagne de nombreux intellectuels avaient déjà repéré la résurgence d’une forme de millénarisme. « Certes, l’EI et le nazisme sont des phénomènes historiques différents, mais il y a des caractéristiques communes. A cette époque, Hannah Arendt, Ernst Bloch, Walter Benjamin et d’autres philosophes évoquaient «les forces du non-contemporain dont les calendriers ne comptent pas le temps mais le détruisent».

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Avec des stratégies différentes, l’Etat islamique semble séduire de plus en plus de jeunes. Au Liban « l’accent est mis sur la lutte entre sunnites et chiites tandis que la déstabilisation intérieure contre la monarchie hachémite prime en Jordanie ».

Par Jacques Munier

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