LE DIRECT

Une fête païenne ou religieuse ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Noël
Noël Crédits : Ognen Teofilovski - Reuters

Tout ce weekend les cadeaux ont fait briller dans les yeux et dans les cœurs les reflets du neuf, du clinquant, du désir incarné par les objets

Jusqu’à atteindre parfois aux limites de leur valeur d’usage pour basculer dans leur valeur d’échange… Après les sites qui proposent d’échanger ou de revendre les cadeaux non désirés, inutiles ou inadéquats, sont apparus sous les effets conjugués de la crise et de l’économie solidaire ceux qui permettent de les louer. Cela dit, même si le cadeau ne parvient ainsi qu’en partie à se dégager du côté inutile qu’indique son étymologie, il remplit une fonction éminemment symbolique et sociale, comme le rappelle Gilles Fumey dans un article au titre éloquent : Anthropologie des orgies de fin d’année, publié dans les pages idées de Libération . Le géographe fait un rapide tour d’horizon planétaire des significations et des enjeux sociaux de l’échange des cadeaux, le langage complexe et muet qu’ils expriment, non sans avoir fait l’expérience inédite d’une déambulation dans les rues de Paris à l’approche de Noël en compagnie d’une petite troupe de réfugiés de la jungle de Calais. Il a fallu leur expliquer tous ces gens pressés plein les trottoirs, « croulant sous les paquets devant des devantures aguicheuses comme le palais d’un sultan » et « le potlatch auquel se livrent les pays riches » à l’occasion de ce qui apparaissait à ces migrants comme une sorte de corvée générale et rituelle envahissant de façon ostentatoire l’espace public. Cette distance que ménage le regard du persan devant les saturnales du monde moderne, d’autres que ces visiteurs effarés l’ont cultivée avant eux. « Toutes les époques engendrent leur contestation d’une fête du lien familial et social qui dérape vers la consommation jusqu’à l’excès. » Et Gilles Fumey rappelle que « pour Nietzsche, il y a une exubérance de la bonté qui ressemble à de la méchanceté »…

Les pages débats du Monde reviennent sur la nature religieuse de la fête de Noël en interrogeant la propension à la violence du monothéisme.

Celle-ci viendrait de l’affirmation qui oppose le « vrai dieu » aux soi-disant idoles, la vraie religion à l’idolâtrie à une époque ou dieux et déesses coexistaient en paix, voire en communauté comme en témoigne le tranquille syncrétisme des antiques religions grecques et romaines. L’allégation de vérité relègue dans l’archaïque ou la barbarie tous les autres cultes et engendre discriminations et violences de masse. La Bible en conserve la trace, le Coran également et s’il est vrai que les Évangiles ne comportent pas d’épisodes guerriers ni d’appel à la guerre sainte, les chrétiens ne sont pas en reste quant à leur capacité à imposer la vraie foi à la pointe du sabre ou du fusil. C’est pourquoi Jean-Christophe Attias en appelle dans ces pages à une lecture démilitarisée des textes sacrés. En portant d’abord toute l’attention qu’ils méritent à ceux qui ont su résister : Abraham, qui « renâcle et négocie » lors de la destruction de Sodome, pour sauver quelques justes et des enfants, Moïse qui a recours au chantage à la démission pour réduire la sentence divine contre son peuple. « Ce n'est pas Dieu qui change l'homme. Mais l'homme qui change Dieu, l'humanise, le moralise, et le pousse obstinément sur le chemin du repentir » affirme l’historien du judaïsme avant de conclure avec force : « La Bible n'est rien. Ses lecteurs – et désormais ses lectrices – sont tout. A nous de tuer la lettre, avant qu'elle ne nous tue », renvoyant ainsi à une lecture toujours recommencée à laquelle se réfère également la sociologue Mahnaz Shirali. « Le Coran mérite mieux qu'une interprétation fondamentaliste » affirme-t-elle, dénonçant les effets d’une référence au texte comme à un livre de cuisine, « comme si le message divin ne comportait aucun mystère ni énigme », et déplorant l’absence d’études historiques et philologiques dans le monde musulman. De même « qu’attribuer la détention du sens véritable d'une religion à un groupe d'individus ou à une époque précise relève de la logique qui a animé les guerres de religion tout au long de l'histoire de l'humanité » « Limiter le fait religieux à une dimension uniquement canonique – entendons par là juridique – ôte aux croyants le droit à la réflexion sur le sens du religieux » observe-t-elle avant de conclure : « Cette interdiction de l'exégèse des textes sacrés conduit inévitablement aux contresens et emprisonne les musulmans dans l'ignorance. »

Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......