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La Grande mosquée de Strasbourg

Y a-t-il un islam de France?

5 min
À retrouver dans l'émission

La question est controversée, elle se pose notamment au sujet de la Fondation pour l’islam de France

La Grande mosquée de Strasbourg
La Grande mosquée de Strasbourg Crédits : Dominique Gutekunst - Maxppp

L’hebdomadaire Le un préfère titrer sur les musulmans de France, et son directeur Éric Fottorino prend parti : « la nomination de Jean-Pierre Chevènement à la tête d’une fondation culturelle, et non cultuelle, montre que l’enfer est pavé de bonnes intentions. A-t-on jamais imaginé un non-juif à la tête du Crif, ou des non-catholiques siéger à Vatican II ? » Ce n’est pas l’avis de Didier Leschi, qui a publié avec Régis Debray un petit guide pratique sur La Laïcité au quotidien, et qui estime que le rôle d’une telle fondation est d’aider « ceux qui sont prêts à prendre des responsabilités institutionnelles pour servir leur culte à mettre en place ce qui fait aujourd’hui essentiellement défaut à l’islam de France : un institut de théologie qui puisse être le lieu de formation de futurs imams et aumôniers en même temps que le lieu d’une exégèse faisant vivre un islam des Lumières ». L’ancien préfet à l’Égalité des chances en Seine-Saint-Denis affirme qu’ « Islam » est un mot valise. Il existe des islams, traversés par différentes écoles et des pratiques qui sont géographiquement situées, comme il y a des christianismes, des bouddhismes ou des judaïsmes ». Les conceptions et les pratiques peuvent en effet différer entre l’islam maghrébin, africain ou désormais indien que l’on trouve sur notre sol, comme le relève le sociologue et démographe Patrick Simon, qui souligne que « l’émergence d’un islam français est déjà très avancée puisque près de la moitié des musulmans sont nés sur le territoire national, y ont été socialisés et scolarisés ». Qui sont-ils, ces musulmans français, et combien sont-ils ? L’enquête « Trajectoires et origines » réalisée en 2008-2009 par l’Ined et l’Insee a analysé la pratique religieuse de 21 000 personnes et établi leur nombre à 4,1 millions en 2009, soit 6,6 % des Français. C’est une population jeune (67 % a moins de 35 ans) ; elle est issue de milieux populaires (dans près des trois quarts des cas) ; son profil d’éducation est contrasté, avec une surreprésentation des peu diplômés mais aussi une proportion non négligeable de diplômés du supérieur (un quart environ), un taux de chômage moyen de 23 %, ainsi qu’une concentration résidentielle dans les quartiers défavorisés… Son rapport à la religion est plus intense que chez les catholiques ou les protestants, mais autant que chez les juifs : 49 % des musulmans disent que la religion joue un rôle très important dans leur vie, contre 9 % des catholiques, ce qui ne les amène pas forcément à vivre dans des cercles affinitaires et communautariens. Les musulmans ont dans 60 % des cas principalement des amis d’origines ou de religions variées (ou sans religion), soit davantage que les catholiques. « L’enjeu n’est donc pas, pour eux, de « s’intégrer », mais plutôt, pour la société française et ses institutions, de s’ouvrir à la diversité religieuse et culturelle. Ce serait là une politique réaliste et efficace de lutte contre la radicalisation », conclut Patrick Simon dans ce dossier de l’hebdomadaire Le un, où l’on pourra retrouver les contributions d’Abdennour Bidar – la France et l’islam ont tous les deux un problème, et c’est le même – ou encore de Tahar Ben Jelloun qui revient sur les quatre versets du Coran évoquant le voile pour les femmes : « Il n’est question ni de burqa ni de voile intégral. Il n’est pas imposé mais conseillé. Ceci parce qu’à l’époque du Prophète, des femmes qui, à cause de la chaleur, sortaient le soir faire leurs courses, étaient harcelées par des hommes qui les prenaient pour des prostituées ». Enfin Manon Paulic a enquêté pour l’hebdo sur « L’islam des ondes ». À Beur FM l’imam Abdelali Mamoun aide les auditeurs à concilier leur pratique religieuse avec leur quotidien de citoyens français : « « On essaye d’élargir nos réponses pour que l’auditeur ne se focalise pas sur une conception binaire de l’islam qui consiste à se préoccuper seulement de ce qui est licite ou illicite. L’islam est une relation mystique avec Dieu, mais aussi entre les hommes et les femmes. »

Vous avez prononcé le mot « communautarien »… Dans les pages idées de Libération le politologue américain Paul May explique ce courant de pensée venu d’Amérique du Nord.

Il est vrai que le mot fait écran, de même que celui de multiculturalisme, brandi comme une menace contre les valeurs républicaines d’égalité, de laïcité et d’intégration. Charles Taylor ou Michael Sandel ont insisté sur la dimension communautaire de la vie politique, l’idée étant d’ajouter du sens pour chacun à son adhésion au collectif en préservant les cultures, les religions et les langues minoritaires. À la conception libérale d’une société d’individus indifférents les uns aux autres et liés uniquement par des liens contractuels ils opposent une ontologie holiste, selon laquelle la morale se construit en lien avec un environnement social et culturel donné. « Au-delà de la question migratoire et de l’intégration des citoyens d’origine immigrée, le multiculturalisme propose une réflexion plus large, sur le devenir des langues minoritaires, sur les insuffisances de la tradition libérale classique, ou sur les limites du régime parlementaire représentatif » conclut-il.

Par Jacques Munier

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