LE DIRECT
*

Un peu plus près du trou noir

9 min
À retrouver dans l'émission

Les astrophysiciens s'approchent un peu plus du trou noir supermassif du centre de notre galaxie, les paléontologues découvrent le chaînon manquant entre le dinosaure et l'oiseau, et une informaticienne s'interroge sur l'avenir des robots sexuels.

*
* Crédits : Getty

Se rapprocher du trou noir supermassif 

On en sait plus sur le trou noir du centre de la Voie Lactée avec les dernières données du Très Grand Télescope Gravity de l’observatoire austral européen. Observer un trou noir est toujours un défi puisqu’on ne peut pas le voir : un trou noir n’émet pas de lumière. Depuis longtemps, on sait que ce trou noir supermassif existe. On a vu que des étoiles tournaient autour d’un centre invisible, lequel fait l’équivalent de 4 millions de fois la masse du Soleil. Or, on ne connaît pas d’état de la matière qui ne fasse pas de lumière lorsque celle-ci est si concentrée avec une telle masse. Ce que l’on a observé avec Gravity, c’est l’environnement immédiat du trou noir Sagittarius A *, c’est-à-dire les émissions de rayonnement infrarouge polarisé en provenance du disque d'accrétion qui entoure Sagittarius A*. 

Dans notre compréhension du trou noir galactique, ce qui s’est passé là est une avancée majeure : jamais les astrophysiciens ne s'étaient autant rapprochés d'un trou noir. Thibaud Pomard est chercheur à l’Observatoire de Paris et travaille depuis 15 ans sur la mission Gravity.   

Pour démontrer qu’il s’agit bien d’un trou noir, il faut aller chercher des phénomènes à échelle minuscule. Au cours des années 1990-2000, on a eu des orbites d’étoiles. On a vu une étoile tourner autour d’un point, détectée par onde radio sous forme Sagittarius A *. Mais même l’étoile S2, ça reste assez loin du trou noir, c'est-à-dire que l’étoile est passée à dix sept heures-lumière du trou noir. Or, on veut arriver à quelque chose qui soit de l’ordre de quelques minutes-lumière et c’est ce qu’on a fait dans la publication d’aujourd’hui. Jusqu’à la semaine dernière, on pouvait aussi envisager que ce soit quelque chose d’autre : une étoile bosonique par exemple, c'est-à-dire un objet encore plus exotique que le trou noir, qui ne possède pas d’horizon des événements. Là, en allant voir quelque chose qui tourne aussi près du centre de gravité, on voit que ça ne peut pas être une étoile bosonique, et le seul objet vraiment raisonnable qui reste, c’est bel et bien le trou noir.

Puis, plus récemment, en juillet 2018, deux éruptions de lumière qui ont duré entre 30 et 90 minutes ont permis d’identifier du gaz ionisé - c’est-à-dire des particules qui ont perdu leurs électrons - qui tournent à 30% de la vitesse de la lumière autour de Sagittarius A*. Donc là, il se passe quelque chose qui est vraiment typique d’une très grande concentration de matière - ce qui est ce qu’on attend d’un trou noir. 

Avec l'étude d'aujourd’hui, ce qui est révolutionnaire c’est d’être aussi près du trou noir, et de pouvoir confirmer la théorie de la relativité générale d’Einstein. L’astrophysicien David Elbaz nous en parle.

Les ondes gravitationnelles sont aussi en train de nous permettre d’aborder l’environnement proche des trous noirs et de mieux comprendre cette physique, qui ne s’écarte pas de la théorie d’Einstein. Ce qui peut paraître paradoxal, c’est que pour les théoriciens, c’est surprenant. Alors pourquoi est-ce surprenant que l’on confirme la théorie d’Einstein ? Parce que tout simplement au centre d’un trou noir, l’énergie devient infinie. Or, une énergie infinie c’est quelque chose que les mathématiques et la physique ne savent pas traiter. Et donc, on pense qu’il doit y avoir une façon de compléter la théorie d’Einstein et de l’améliorer. Elle doit être incomplète, imparfaite, et donc on attend de voir en s’approchant des trous noirs, des signatures possibles de cette modification de la loi de la gravité d’Einstein pour voir si d’autres théories commencent à émerger. Et pour l’instant, que ce soit à travers les ondes gravitationnelles ou à travers l’étude d’étoiles ou de gaz qui tournent autours du centre des galaxies, Einstein a raison à 100% et c’est profondément troublant.

La fin de Kepler, le traqueur de planète  

À court de carburant, Kepler, le télescope spatial de la Nasa vient de rendre l’âme 10 ans après sa mise en orbite. Sur les 3.800 exoplanètes connues à ce jour, Kepler en a découvert 2.681 dont 30 considérées comme potentiellement habitables. C'est aussi grâce à lui que l'on sait qu'il y a plus de planètes que d'étoiles dans notre galaxie. Pour de nouvelles explorations astronomiques, la relève est prise depuis avril dernier avec le lancement du télescope TESS, lequel a pour mission d'étudier la composition de leur atmosphère.  

Chez les femmes, le tabac tue deux fois plus qu'il y a 15 ans.  

Novembre, c'est le mois sans tabac. Il s’ouvre avec le dernier rapport de santé publique en France : chez les femmes, le tabac tue deux fois plus qu'il y a 15 ans. Entre 2000 et 2014, la mortalité par cancer du poumon a augmenté de 71% chez les femmes. Depuis les années 1970, le tabagisme féminin ne cesse d’augmenter. De plus en plus nombreuses à fumer, 24% des femmes fument aujourd'hui. L’étude dit aussi que dans un avenir proche, le cancer du poumon devrait devenir la première cause de mortalité chez la femme, devant le cancer du sein.

La découverte d‘Archaeopteryx albersdoerferi 

Les chercheurs ont découvert une nouvelle espèce d’Archaeopteryx, baptisé "Archaeopteryx albersdoerferi", il serait le "chaînon manquant" entre le dinosaure et l’oiseau. Archaeopteryx est l’un des fossiles les plus connus on monde, on l’appelle d’ailleurs "l’icône de l’évolution". Sa découverte a contribué à appuyer la théorie de l’histoire évolutive des oiseaux, selon laquelle les oiseaux descendent des dinosaures théropodes.  Il existe douze fossiles de ce dinosaure-oiseau. Les chercheurs ont étudié le fossile géologiquement le plus jeune, vieux de 147 millions d’années. 

Car l’Archaeopteryx fait toujours débat chez les paléontologues : était-il seulement un petit dinosaure couvert de plumes? Et surtout savait-il voler ? La microtomographie synchrotron du fossile a révélé qu’il était plus proche de l’oiseau que du saurien, une espèce en transition. Le paléontologue Per Ahlberg a participé à cette étude. Il nous raconte comment cette technologie a révélé des fragments d'os jamais vus auparavant.   

La machine elle-même est un grand anneau, de quelques mètres de diamètre sous lesquels les électrons volent presque à la vitesse de la lumière. En appliquant un champ magnétique ils émettent ce qu’on appelle un rayonnement synchrotron ce qui est en fait des rayons a très haute énergie avec des caractéristiques qui ressemblent à celle du laser. En fait, nous pouvons prendre un fossile comme celui-ci et nous pouvons visualiser tous les os : ceux qui se trouvent à la surface du bloc et ceux qui sont en dessous du bloc. On peut ensuite les extraire. Après quoi, nous nous sommes dit : "Oui, c’est un Achaeopteryx mais des détails diffèrent du matériel courant des vieux Achaeopteryx". Et d’une façon intéressante, il apparaît des différences qui peuvent être associées à de meilleures capacités de vol. Comme par exemple, les os du poignet qui sont d’une certaine façon plus ossifiés et plus solides que ceux de l’ancien Achaeopteryx. Ils ont comme fusionné avec les os de la main, ce qui laisse entendre une construction plus robuste et solide, et donc une meilleure capacité pour le vol.

60 % des populations d'animaux sauvages ont disparu en 44 ans  

Mardi, la publication du Rapport Planète Vivante 2018 de WWF : 60% des populations d'animaux sauvages ont disparu en 44 ans. En cause: l'ensemble des activités humaines:  agriculture, élevage et pèche intensive, déforestation, dégradation et imperméabilisation des sols, dérèglement climatique, pollution plastique...  Les scientifiques constatent une accélération de la perte de la biodiversité. C'est la fameuse "Grande Accélération". Le rapport parle de « crise biologique majeure ».  À ce rythme, 25 à 50 % des espèces auront disparu d'ici 2050.

Les dauphins changent de fréquence

Selon l’étude du Center for Environmental Science de l’université du Maryland : les dauphins ont modifié la fréquence et la complexité de leurs messages. C’est ce qu’a révélé l’analyse de 200 enregistrements d'appels des grands dauphins. Leurs sifflements sociaux se sont simplifiés. La raison : les dauphins ne s’entendent plus. Entre trafic maritime et exploitation des fonds marins, les océans sont de plus en plus bruyants.

Vers la fin des produits plastiques à usage unique?  

Malgré le lobbying des industriels du plastique, le parlement européen a voté mercredi pour l'interdiction de la production de produits en plastique à usage unique. C'est-à-dire cotons-tiges, pailles, couverts, touillettes : à eux seuls, ils représentent 70% des déchets dans les océans. Les eurodéputés espèrent que cette nouvelle directive aboutisse pour 2019 avec une entrée en vigueur pour 2022.

L’avenir incertain des robots sexuels

Pour finir ce journal : la rubrique des sciences improbables. Dans son dernier essai, la chercheuse en informatique Kate Devlin s’est posée une question qui nous intéresse aussi aux Utopiales, d’autant plus que nous parlons de corps cybernétiques : « les robots sexuels deviendront-ils un jour grand public? » 

On peut se réjouir ou au contraire s’en attrister mais la réponse est non. C’est ce que nous explique cette spécialiste des relations homme-machine dans son essai « Turned On : science, sex and robot » paru en octobre.  L’informaticienne s’intéresse aux effets psychologiques de ces super sextoys améliorés, avec leurs facultés intellectuelles supérieures à celles de la poupée gonflable. Alors, oui un attachement est possible, c’est d’ailleurs ce que l’on appelle « l’effet Tamagoschi ». Mais selon elle, jamais une intelligence artificielle ne pourra produire cette fameuse intimité inter-humaine. Contre tout sensationnalisme, le marché des robots sexuels est une niche et le restera.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......