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Les lauréates 2018 à l'Unesco, jeudi 22 mars à l'Unesco

20 ème édition du prix L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la Science

11 min
À retrouver dans l'émission

Crée en 1998, le Prix Pour les femmes et la Science n'a cessé d'évoluer pour permettre un plus grande présence et reconnaissance des femmes dans la recherche scientifique. Il salue chaque année le travail d'une grande scientifique par continent mais soutient aussi de jeunes chercheuses.

Les lauréates 2018 à l'Unesco, jeudi 22 mars à l'Unesco
Les lauréates 2018 à l'Unesco, jeudi 22 mars à l'Unesco Crédits : Christelle Alix /UNESCO

Si depuis depuis la  création de ce programme  1998,  la proportion de femmes engagées dans des carrières de sciences a augmenté de 12%,  les chiffres dans ce domaine  restent alarmants :  moins de 30% des chercheurs sont des femmes, seulement 11% des hautes fonctions académiques sont exercées par des femmes. Et Seulement 3% des prix Nobel leur ont été attribués. Première étape pour tenter de changer la donne:  la reconnaissance. Chaque année le Prix Pour les Femmes et la Science saluent cinq scientifiques, une par continent,  pour leur contribution déterminante. Cette année, c'est la Chinoise Zhang Miman qui  a remporté le prix L’Oréal-UNESCO pour les femmes et la science cette année, pour ses découvertes pionnières sur l‘évolution des vertébrés aquatiques sur le terre ferme.

Moins de 30% des chercheurs sont des femmes, seulement 11% des hautes fonctions académiques sont exercées par des femmes.

Face à elle, nommé pour la région Amérique du Sud,  Amy T. Austin, professeur d'agronomie à l’Université de Buenos Aires. Formée aux Etats Unis, elle travaille depuis 20 ans  sur les écosystèmes secs de Patagonie . En 2006,  elle et son équipe contribuent de manière déterminante  à  mieux comprendre le cycle du carbone, en démontrant pour la première fois que le rayonnement solaire est le principal processus qui commande la perte de carbone dans les écosystèmes secs. 

La découverte très excitante que nous avons fait en Patagonie, c'est que le rayonnement solaire et la photo-dégradation jouent un rôle très important dans le cycle du carbone. Le soleil,  quand il entre en contact avec les feuilles des arbres tombées au sol, libère une partie du CO2 que ces feuilles avait accumulé.  La théorie qui prédominait  jusque-là, c'était que la décomposition biotique des microbes et de la faune dominait le cycle du carbone.  C’est aussi vrai, mais c'est très important de  comprendre qu’une partie de ce carbone retourne dans l'atmosphère grâce au rayonnement solaire.  Et c’est une bonne chose, car sinon il continuerait d’être accumulé dans les écosystèmes ! Cette  découverte du rôle que joue le rayonnement solaire dans ce cycle du carbone a été un tournant, et peut changer la manière dont nous faisons nos prédictions.  Pour vous donner un exemple, dans les écosystèmes très secs, comme ceux de Patagonie,  on se préoccupe de souvent de savoir s’il va pleuvoir ou pas. Mais sans doute faudrait-il plutôt prendre compte  les changements de rayonnement solaire : est-ce que le ciel est plus ou moins nuageux ?  Parce que c'est aussi ça qui modifie profondément le cycle du carbone : plus il y a du soleil, plus l’écosystème va perdre du carbone,  et plus il va en relâcher dans l'atmosphère. Etant donné que l'activité humaine produit déjà beaucoup d'émissions de carbone,  c'est une donnée qu'il faut vraiment prendre en compte. C’est là sans doute que se trouve l'une des applications la plus importante de notre découverte. 

Accompagner les jeunes chercheuses, et convaincre les leaders masculins de s'engager pour une plus grande présence des femmes 

Par ailleurs, en vingt ans d’existence, le Prix pour les Femmes et la Science n'a cessé de faire évoluer son action pour ka rendre plus efficiente. Cette année par expemple,  une initiative intitulée "Les hommes s’engagent pour les femmes en science" va être lancée. Le but: obtenir des leaders masculins du monde universitaires un engagement à encourager les chercheuses. Autre levier:  soutenir ces mêmes chercheuses en début de parcours. C'est le rôle des bourses accordées chaque année par le programme. Parmi boursières, une quinzaine est reçoit chaque année le prix "Talent Prometteur International" qui tente aussi de valoriser des chercheuses qui travaillent sur une meilleure présence des femmes comme objet de recherche. Car ils existe aussi  d'importantes discriminations entre les sexes dans les recherches, comme celles sur l'aspirine, ou la dépression, où les sujets sont sou-représentés, voire absentes des études cliniques. 

"Les femmes asiatiques sont sous-représentées dans les études sur le cancer du sein" 

Toutes les femmes du globe ne sont pas non plus égales face à la recherche. La malaisienne Weang Kee Ho, statisticienne  épidémiologique a reçu cette année l'un des prix "Talent prometteur  international" pour l’Asie. Elle  travaille à  fournir de meilleures données pour mieux traiter le cancers du sein chez les femmes asiatiques, sous-représentées dans les études génétiques dans ce domaine. 

L'incidence du cancer du sein est beaucoup plus importante dans  les populations caucasiennes que chez les Asiatiques. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles, nous les Asiatiques,  avons reçu si peu d’attention des chercheurs. Et c'est assez normal,  mais on sait que dans les vingt prochaines années, le nombre de cancer du sein va augmenter de 50 % en Asie.  Ça veut dire qu’il y a vraiment un besoin urgent d'agir,  et de développer des études de génétiques adaptées.  Parce qu’en dépit du fait que nous représentons une part importante de la population mondiale, il n'y a que 5 % de toutes les études génétiques sur le cancer du sein qui concernent les Asiatiques aujourd'hui ! De plus, particulièrement en Malaisie, le taux de survie à 5 ans pour le cancer du sein est très bas : 49 % contre 89 % dans le pays caucasiens. Le défi aujourd’hui,  c'est de trouver ces femmes avant que la maladie ne leur soit  fatale. Je travaille donc à mettre sur pied des modèles qui peuvent identifier les femmes les plus à risque, pour  pouvoir proposer des mammographies régulières à ce public très ciblé.  Car ici, les mutations du fameux gène BRCA sont ne sont responsables que de très peu de cancers. Qu’en est-il du reste ?  Nous disposons de plusieurs études qui ont identifié plus d'une centaine de mutations génétiques très communes dans la population malaisienne. Aucune de ces variations n'est responsable à elle seule du cancer du sein.  Moi,  ce que j'essaie donc de faire,  c'est de combiner ces mutations génétiques dans différents modèles,  pour pouvoir répartir les femmes dans différents groupes à risque. 

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