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Reconstitution d'un homme de Neandertal au musée Neandertal en Allemagne

Neandertal: toujours plus proche de nous...

9 min
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Le séquençage réussi du génome d’une Neandertalienne qui a vécu il y a 50 000 ans nous en apprend beaucoup sur eux, mais aussi sur nous.

Reconstitution d'un homme de Neandertal au musée Neandertal en Allemagne
Reconstitution d'un homme de Neandertal au musée Neandertal en Allemagne Crédits : HORST OSSINGER / DPA - AFP

L'institut Planck de Leipzig, pionnier de l’ADN ancien, qui publie deux articles déterminants dans la revue Science la semaine dernière, avait déjà réussi en 2014 le séquençage du génome d’une femme de Néandertal, dont les restes avaient été découverts en Sibérie. L'équipe docteur Kay Prufer a réussi, cette fois, à séquencer le génome d’une autre Néandertalienne, dont les restes ont été découverts dans une grotte de Croatie, dans les années 1980. Et l’analyse de ce génome nous en apprend beaucoup, d’abord sur l’évolution de l’homme de Neandertal lui-même, dont on pense qu’il s’est éteint il y a 30 000 à 40 000 ans. C’est le docteur Kay Prufer, auteur de ces deux études qui m’a expliqué comment:

Pour tenter d’en savoir plus sur l’évolution de Néandertal, nous avons fait une analyse très simple. Nous a pris le génome que nous venions de séquencer- celui de cet individu retrouvé en Croatie- et nous l’avons comparé au seul autre génome complet de Néandertal que nous avions - celui d’une autre femme Neandertal, retrouvée, elle, dans les montagnes de l’Altaï en Sibérie. Et ce qui est frappant, c’est qu’il y a très peu de différence entre ces deux génomes. Or, grâce à l’analyse moléculaire, nous savons de façon précise quand ces femmes vivaient. On estime que celle de Sibérie vivait il y a 120 000 ans, et que celle de Croatie, dont nous venons de séquencer le génome, vivait il y a 50 000 ans. Elles ont donc vécu à 70 000 ans d’écart, l’une en Sibérie, l’autre en Croatie, à des milliers de kilomètres l’une de l’autre. Et en dépit de ces grandes distances dans le temps et dans l’espace, il n’y a que 3 différences de paires de bases sur 10 000 entre leurs deux génomes. C’est très peu ! Pour vous donner un exemple, entre le génome de ma mère et celui de mon père, il y a probablement au moins 7 différences sur 10 000, alors qu’ils vivent au même droit et au même moment. Ce que cela nous dit de Néandertal, c’est que c’était certainement une population très réduite. En tous cas à cette période-là, il y entre 120 000 et 50 000 ans, il étaient probablement très peu nombreux.

En revanche, si ces génomes très proches semblent indique une forte consanguinité , cette Néandertalienne de Croatie n’est pas le fruit d’un inceste, contrairement à la Néanderthalienne retrouvée en Sibérie, dont le génome montrait que ses parents était sûrement frère et sœur.

C'est à partir d'un petit os de l'orteil de cette Néandertalienne retrouvée en Croatie que les chercheurs ont pu séquencer son génome
C'est à partir d'un petit os de l'orteil de cette Néandertalienne retrouvée en Croatie que les chercheurs ont pu séquencer son génome Crédits : Max Planck Institut de Leipzig

Neandertal a contribué plus que prévu au patrimoine génétique des populations modernes , en particulier asiatiques

L’analyse de ce nouveau génome complet de Neanderthal nous montre surtout que l’homme de Neandertal est sans doute plus proche de nous qu’on ne le pensait. On sait en effet depuis peu que Neandertal s’est mélangé à Homos sapiens, quand celui-ci a commencé à migrer hors d’Afrique, et que ces croisements ont probablement laissé des traces dans notre patrimoine génétique, du moins chez celui des humains hors d’Afrique (ceux dont les ancêtres n’ont jamais quitté ce continent n’ont pas de gènes néandertaliens). Mais où, quand, ces croisement ont-il eu lieu ? Et surtout quelle part de notre patrimoine devons-nous aux Neandertal ? L’étude là encore des éléments de réponse très intéressant.

On voulait savoir à quel point cette femme Neandertal retrouvée en Croatie est proche des Neandertal qui se sont mélangés aux populations non africaines. Alors, nous avons pris le génome du Neandertal de Sibérie et le génome de cette femme Néanderthalienne retrouvé en Croatie, et on a regardé lequel des deux était le plus proches des populations non africaines modernes. On les a comparés aux génomes d’individus nés en France, mais aussi en Russie, en Asie, aux Etats Unis, en Australie etc… Et ce qui et intéressant c’est qu’on s’attendait à ce que dans l’Est, ce soit le Neandertal de Sibérie qui ait le génome le plus proche. Et que dans l’ouest, en Europe, ce soit plutôt le génome de l’individu trouvé en Croatie. Cela aurait indiqué qu’il y a eu plusieurs mélanges à plusieurs endroits du monde. Mais, en fait, pas du tout. On s’est rendus compte que c’est toujours le génome du Neandertal de Croatie qui est le plus proche des génomes de toute la population moderne. Et que cette contribution génétique varie entre 1,8 et 2,6 %. Cette contribution est d'ailleurs plus importante chez les populations Le génome du cet individu nous indique donc que Neandertal est plus proche de nous qu’on ne le pensait.

Une équipe de recherche de l’INSERM identifie un mécanisme moléculaire commun à la schizophrénie et au trouble bipolaire

Une équipe française de chercheurs incluant le CEA (Neurospin), l’Inserm (l’Institut Mondor de Recherches Biomédicales ) et l’AP-HP (les hôpitaux universitaires Henri-Mondor) a publié cette avancée importante dans la compréhension des deux maladies dans le Journal of Neuroscience la semaine dernière. En 2010, la même équipe avait déjà mis le doigt sur la variante d’un gène, baptisée SNAP 25, beaucoup plus fréquente chez les patients qui souffrent de troubles bipolaire que chez les sujets normaux . Le but de cette équipe interdisciplinaire était donc de comprendre avec cette étude comment cette variante SNAP 25 pouvait concrètement influer sur le cerveau et augmenter le risque de trouble bipolaire. Les résultats révèlent que la variation du gène SNAP25 change l’expression de la protéine associée dans le cerveau, ce qui impacterait le traitement de l’information entre les régions cérébrales impliquées dans la régulation des émotions. En lien avec ce mécanisme, l’étude d’imagerie génétique, combinant IRM anatomique et fonctionnelle de repos, montre que dans les deux cohortes, le variant à risque est associé à un plus grand volume d’une zone cérébrale, l’amygdale, et une connectivité fonctionnelle préfronto-limbique altérée.

En Bref:

  • Linserm a réuissi à imager pour la première fois de manière non invasive par échographie l’activité cérébrale du nouveau-né. C'est une première clinique et médicale importante, et grâce à cette technique baptisée de neuroimagerie fonctionnelle par ultrasons développée en 2009, qui combine une cadence ultrarapide avec une très bonne résolution spatiale et une grande profondeur d’imagerie, on a de nouvelle perspective de diagnostic neurologique chez les bébés à terme et prématurés.

  • Le conseil Economique et Social préconise la nomination d’un scientifique au plus près du président de la république français, sur le modèle du "chief scientist" en place depuis 1964 au Royaume-Uni, ce responsable viendrait éclairer le gouvernement et aiderait à constituer un réseau de conseillers scientifiques placés auprès des principaux ministres, pour notamment mieux combattre le réchauffement climatique.

  • L'astéroïde 2012 TC4 est passé hier jeudu à 44 000 kilomètres de la Terre, l’a frôlé donc, et la Nasa et l'Agence spatiale européenne ont profité de cet évènement pour s'entraîner et mieux se préparer au passage de ce type d'objets rocheux qui s'approchent parfois très près de la Terre comme celui qui avait déchiré le ciel de Sibérie et fait des centaines de blessés .L'exercice a été une réussite même si plusieurs télescopes ont rencontré des problèmes techniques.

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